Auray, - Morbihan, France (Union Européenne)
site@vincentbreton.fr

Sommes-nous morts dans ces paysages morts ?

l'écriveur

Sommes-nous morts dans ces paysages morts ?

Ces magnifiques villages bretons, muséifiés, livrés à la vacuité des touristes retraités, ne sont-ils pas devenus que des objets morts, sans vie réelle ?


Si bien fleuris, impeccables de propreté, si “authentiques” ils ne sont plus que l’image désolante d’un passé travesti où des boutiquiers vendent “des souvenirs” – comme si un souvenir s’achetait- , où s’exhibe un art vide de sens et d’imagination, peinture faite pour s’aligner dans des salons où l’on attend la mort.


Il y avait bien à Rochefort en Terre quelques banderoles pour un “libérez Vicenzo” racontant qu’une histoire se joue une fois les vieux partis. La nuit, parmi la population, doivent se cacher quelques résistants, quelques artistes grattant leur guitare … mais ce “plus beau village de France” qui se donne à voir comme on se prostitue est figé, rigidifié, mort.

Plus loin, dans les campagnes bretonnes, on rencontre parfois ces grandes fermes industrielles au milieu de nulle part . Elles sont des plaies ouvertes dans le paysage, à la laideur rentable.
Les ouvriers agricoles y vaquent sur un rythme épuisant et foncent sur des routes trop étroites avec leurs gigantesques tracteurs. Il faut savoir se ranger vite sur le bas côté.

Puis ces petits villages avec en leur centre l’église magnifique et quelques maisons de pierre soigneusement restaurées. Mais rien ne vit. Un boulanger vend du pain surgelé. Le “tabac- café” accueille ses joueurs de jeux à gratter qui à dix heures en sont à leur troisième jaune.

A la périphérie, de sinistres lotissements alignent dans la promiscuité, des maisons qui conjuguent clinquant et fragilité architecturale. Dans trente ans les façades se seront fendillées et les enfants de leurs propriétaires appauvris ne songeront qu’à fuir.
Quels architectes ont osé en signer les plans ? Ils ont passé leur temps à copier ce que donnent à voir les séries américaines. En plus petit …

En ville, où même dans certains villages à proximité de Vannes, ils osent des “résidences de standing” qui ne sont que des clapiers de luxe. Il faudra bien un jour que l’on traduise ces architectes au grand tribunal révolutionnaire du beau . Des placements. Placer son argent dans la laideur plutôt que dans l’invention… Tant de collusions pour tant d’horreurs.
Ah,oui, me souffle-t-on dans l’oreillette, il est en pour trouver ces logements beaux, modernes et rationnels.

Et puis comme partout on a laissé pousser d’ignominieux centres commerciaux où l’on vend de l’inutile et l’on remplit des caddies à la chaîne d’aliments transformés, de fruits rapportés du bout du monde, de vêtements fabriqués au Pakistan par des enfants. Vous avez les mêmes près de Versailles, à Lyon ou à Manosque.

Bien sûr il existe encore un semblant de vie, dans la cour des écoles où l’on enseigne la prochaine fin du monde en osant parler d’environnement durable, où chez ces artisans qui s’épuisent à installer des pompes à chaleur ou tailler des haies dans le jardin pour ne pas déparer à côté de celui des voisins.

Univers lissé et conventionnel surveillé par des caméras et des milices privées.

Dans les villages, on a bâti de beaux EHPAD où l’on a enfermé les trop vieux en hypothéquant leurs maisons. Leurs façades sont souvent plus belles que celles du collège décati. On me propose régulièrement des publicités pour investir dans un EHPAD, jamais pour investir dans un collège.

Entre deux baies étouffées d’algues vertes, les voiliers des parvenus font la danse et l’océan peine à se souvenir qu’il était un univers hostile et sauvage.

Ailleurs, en France, disent les bretons imbus de leur culture elle même momifiée – des étudiants découvrent et apprennent à 25 ans un breton stérilisé qu’ils vont enseigner de travers à des enfants dans des écoles bilingues – , il faut craindre l’ensauvagement. Celui des cités nées à l’ère “pompidolienne” où une jeunesse formatée pourrait un jour à force de désespoir vouloir vomir sa haine en se déversant par les Halles au cœur de Paris.

Comme on en a peur plus encore que de l’épidémie, on affûte de nouvelles armes dans la police.La sécurité d’abord ! Il faut des gardiens pour le musée.

Ils sont si calmes nos villages musées. Calmes comme des cimetières.

Il reste en France de si beaux espaces. On les transforme à leur tour en réserves naturelles et le touriste viendra comme au zoo, admirer ces vieux si typiques qui jouent à la pétanque sur la place du village si charmant et qui râlent avec tant de naturel.

J’irais bien m’ensauvager dans quelque vallée perdue, dans l’un de ces hameaux reclus, un de ces petits villages morts où l’école a fermé depuis un moment, où la Poste limite ses passages, où le médecin le plus proche est à quarante kilomètres, où la connexion Internet défaille. Peut-être y trouverais-je assez de sauvagerie pour aimer encore un peu avant de mourir.

Bien sûr que j’exagère… il fait encore si bon vivre dans notre belle France si réputée pour son art de vivre à la française

“-Art de vivre mon cul !” aurait dit la Zazie de Queneau .

Oui, ma colère est grande. Rochefort en terre. Rochefort qu’on enterre.
Et je me sens presque coupable de m’être transformé en touriste voyeur.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :