brassens

Rien ne t’oblige à être heureux… mais rien ne te contraint à la tristesse

Injonction paradoxale et intenable. Tandis qu’on nous agite chaque matin le chiffon ensanglanté des catastrophes du Monde, tandis que le scandale sert d’excuse aux infamies du quotidien, on continue dans les revues à nous parler d’épanouissement et de bonheur…

Les marchands de résilience, les vendeurs de programmes ou de projets en quelques étapes pour nous transformer, les influenceurs des réseaux… tous nous engagent urgemment à changer notre vie pour être enfin heureux et épanouis (de préférence riches) en optimisant nos vies… parce que tu comprends, il faut absolument réussir ta vie et avoir de l’ambition tout ça.

Alors c’est l’étalage de sourires, de lignes parfaites, d’énergie, de tempo au top qu’on se dit que bien sûr, il faut savoir être à la hauteur et se donner des objectifs et manger bio et mieux gérer son temps et faire preuve d’empathie et savoir profiter des moments présents et de ces merveilleux petits bonheurs que nous offre la vie… sans oublier les oligo-éléments et les oméga 3.

On procrastine un peu, mais il faut que ça bouge n’est-ce pas et ce d’autant plus que le temps presse, on a vieilli, on a divorcé, on n’a pas progressé comme on aurait voulu dans sa carrière, mais il faut réussir, oser ses rêves tout ça tout ça…

Regarde un peu sur Facebook. Comme la cousine semble faire des choses formidables. Ses enfants sont bronzés, elle a une piscine, ils partent en vacances, sa fille part vivre en Australie où elle fait des affaires, on dit du bizness, c’est fou comme les gens sont ouverts et dynamiques là-bas, pourquoi tu n’as jamais envisagé d’aller refaire ta vie à l’étranger ?

Oui, mais j’ai mon chien et mon crédit. Et je parle mal anglais et je ne vois pas par où commencer…

Alors, on s’afflige, on s’attriste, on déprime, on s’enferme, on renonce, on s’abonne à Netflix, y a des séries où tu vois que les gens riches, finalement, ils ne sont pas si heureux que cela…

Il va où mon billet du matin ? Qui le lira ? Miroir, miroir ? J’ai quand même bien pris sur la gueule au fil des années.

De quoi j’ai besoin déjà ? Peut-être pas de tout ça. Un peu moins. Sobriété… austérité ? Essentiel ?

Comme la tristesse est une maîtresse exigeante !

On dit qu’en Bretagne les quatre saisons peuvent traverser la même journée. Rien n’oblige à pleurnicher, rien n’oblige à sauter de joie. Rien n’interdit de se laisser traverser par les émotions sans se laisser emporter par les courants.

Les romans, la poésie, le cinéma, les paysages pour mieux comprendre et se comprendre et se relier à soi et aux autres. Jouer rêver, être patient et impatient, régulier et capable d’improviser…

Les conventions, il en faut un peu. Mais rien n’oblige au conformisme. Et si un dîner m’ennuie d’avance, j’irai ailleurs, on se passera de moi. Libre ! Être libre (mais ne pas avoir peur d’être seul comme adorer te retrouver, quand nous en avons l’envie).

Surtout refuser le compte-rendu, d’avoir à témoigner de ses projets ou de ce qu’on fait ou ne fait pas comme s’il fallait se justifier . La vie n’est pas une compétition, encore moins un challenge. Faut juste aimer, ne pas faire de mal. C’est ça une vie réussie. Le bonheur, tu crois le saisir, tu le broies comme le disait Aragon avec la chanson “Il n’y a pas d’amour heureux”. Écoutez bien Brassens chantant Aragon. Mais allez vérifier le texte du poème et vous verrez que Brassens probablement pour une question liée à la mélodie que le dernier vers déséquilibre , a trahi le poème et le sens du texte en terminant la chanson par il n’y a pas d’amour heureux” alors qu’Aragon vient conclure “mais c’est notre amour à tous les deux”. Et ça change tout ! C’est un bonheur imparfait, mais c’est une création unique.

Alors, loin des conformistes, tu fais de ta vie une création – “une recréation” – et c’est ça qui est chouette !

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