L’information télévisée est-elle encore pluraliste ?

Un principe institué par la Constitution et un rôle dévolu au CSA

La Loi de 86 rappelle ce principe de pluralisme des opinions et la nécessité de permettre aux différents courants de pensée de s’exprimer.

Le CSA le rappelle sur son site, je cite :

Le pluralisme politique est essentiel pour garantir que vous receviez une information politique diversifiée. C’est à ce titre que vous pourrez exercer votre liberté d’opinion et de choix, au fondement de la démocratie.

Veiller à la juste représentativité de chacun des courants politiques, c’est le rôle du CSA.

Pour y parvenir, l’institution s’appuie sur un décompte des temps d’intervention des personnalités politiques dans les différentes émissions produites (journaux, magazines et autres). Ce calcul s’effectue à la radio et à la télévision, au cours des périodes électorales mais aussi en dehors de celles-ci, tout au long de l’année.

Le site du CSA souligne encore que tous les éditeurs de services de radio et de télévision, à l’exception d’Arte et des chaînes parlementaires, sont tenus de respecter les règles définies par le CSA.

Le CSA effectue des comptages a posteriori par exemple des interventions des hommes politiques et si besoin effectue des rappels. Il est très difficile d’ailleurs d’aller tout pointer et comparer … il faudrait aussi prendre en compte les heures d’écoute et les modalités d’expression des uns et des autres.

Animateurs, éditorialistes et “experts” détournent cette pluralité

Il fut un temps où un journaliste animant une émission conservait une certaine réserve, posait des questions, veillait à distribuer la parole, équilibrer l’expression des points de vue et s’il pouvait relancer, ne se posait pas en arbitre et juge. Aujourd’hui, poussés probablement par le climat qui règne sur les réseaux sociaux et la volonté de faire de l’audience à tout prix, on note la tendance forte de certains animateurs à “envahir” le plateau de leur point de vue propre, de façon assez péremptoire…

Deux “exemples” frappants de cette dérive s’observent par exemple avec la posture de P. Praud sur CNEWS mais aussi de façon emblématique avec E. Brunet sur LCI.

On est frappé de la quasi absence d’invités de gauche, mais surtout des modalités de leurs interventions dignes de ce que l’on appelait autrefois le “café du commerce”. Les affirmations sont péremptoires, réductrices, les raccourcis nombreux, l’extrême droite mise en avant…

Il est facile comme le faisait ce 17 mai E.Brunet sur LCI d’affirmer que “la France est majoritairement à droite” si en effet, on ne permet pas à d’autres opinions de s’exprimer équitablement, si les invités dits de “gauche” ne sont pas forcément celles et ceux qui pourraient valoriser les idées, un point de vue ou un programme…

Ce qui est dit avec une si belle assurance par un animateur ne cachant aucunement ses préférences semble s’imposer au point que le spectateur pourrait en venir à penser qu’il est minoritaire à ne pas penser comme les intervenants du plateau télévisé.

La responsabilité des chaînes privées

Ce choix éditorial, ce parti pris, cette volonté de préférer le commentaire aux faits, de forcer à gros traits la réalité, de jouer sur le scandale et les peurs ne sont pas nouveaux. On les a connus autrefois dans la presse écrite.

Dans tous les cas, lorsqu’on achete “Le Figaro” ou “l’Humanité” , on s’attend bien à lire un point de vue référé à un mode de pensée, une idéologie ou un parti politique.

Une certaine hypocrisie réside dans l’apparence de neutralité affichée par les télévisions alors qu’il n’en est rien.

Les chaînes publiques qui éludent les sujets qui fâchent (le “13h” de Julian Buger sur France 2 se lançant dans une copie navrante du journal de JP. Pernaut est emblématique de cette approche visant à ne proposer qu’une approche lénifiante) ne savent contrebalancer ces excès.

Les choix des grands entrepreneurs qui gèrent les chaînes privées sont évidemment orientés et chacun perçoit parfois avec inquiétude où vont leurs préférences… ce n’est pas une surprise. Mais comment faire ?

En finir avec l’hypocrisie ?

On en est à se demander s’il ne faudrait pas que ces programmes soient “étiquetés” plus clairement comme les journaux papier.

Si on sait qu’un homme politique parle pour son parti, si on se doute qu’un journaliste du Figaro ne va probablement pas défendre un point de vue “de gauche”, nombre d’éditorialistes, d’invités présentés comme experts, avancent d’une certaine façon “masqués” … Il y a là une forme de brouillage idéologique singulièrement orienté de plus dans la même direction. De même lorsqu’un plateau est constitué pour mettre en minorité ou ridiculiser un point de vue…

Outre le fait que la diversité n’est pas défendue, l’expression de points de vue nuancés est mise à mal…

Mais comment faire ?

Identifier clairement par un bandeau l’émission comme favorable à telle ou telle obédience ? Permettre à des chaînes d’opinions diverses d’accéder au grand public ? Engager les chaînes volontaires à respecter une charte de neutralité et de diversité ?

L’arme du boycott et des réseaux sociaux

Pour ma part, ne serait-ce que pour ne pas apporter ma petite goutte aux taux de fréquentation de certains programmes, maintenant qu’ils sont identifiés dans leurs excès et n’apporte rien en termes d’information, je les boycotte : je boycottais déjà CNEWS depuis plusieurs mois et je le ferai tant que messieurs Praud ou Zemmour y auront guichet ouvert et je vais également abandonner monsieur Brunet de LCI. D’autres animateurs semblent respecter un peu plus les équilibres mais il n’en reste pas moins qu’il est difficile d’accorder beaucoup de crédit au traitement qui est fait de l’information ou au débat sur nombre de plateaux.

De vrais équilibres dans le respect des uns et des autres

On dit souvent que la France est divisée… je n’attends pas que l’on ne me présente que des points de vue supposés en convergence avec les miens. J’apprécie vraiment lorsque des points de vue argumentés et divers s’expriment et justement, j’ai besoin de diversité.

Plusieurs émissions ne semblent avoir vocation qu’à servir le ressentiment, conforter certaines orientations (de droite radicale ou d’extrême droite), leur donner une telle audience qu’on voudrait laisser croire de facto que “c’est ce que tout le monde pense” ou “ce qu’il faudrait penser”… Les sondages venant souvent en appui …et l’on ne donne qu’avec parcimonie les éléments de contexte qui ont prévalu à leur organisation…

Crier fort n’est pas avoir raison

Nous avons besoin de calme, d’arguments, de respect dans les échanges, d’écoute.

Ces plateaux où l’on entend hurler contre l’insécurité et la violence participent activement de la détérioration du climat. Ce qui rassure, c’est que le plus souvent dans les échanges “sur le terrain”, dans “la vie vraie”, notamment dans le quotidien que l’on peut partager localement, si parfois on peut observer des dérives, majoritairement, dès lors que les personnes se connaissent et partagent un espace de vie, ces excès ne sont pas majoritaires… mais il y a une responsabilité de ces chaînes, de ces animateurs, de ces intervenants comme il en est une autre en tant que “citoyens spectateurs de ces médias” de réagir, de ne pas accepter, de nous démarquer, de promouvoir la diversité “malgré tout”…

Et vous qu’en pensez-vous ?

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