la plage où ne pouvons plus aller

Le raciste du métro

Je n’ai pas toujours vécu au bord de la mer mais assez longtemps à Paris pour avoir fait moisson d’histoires vécues, d’expériences qui m’ont laissé quelques souvenirs emblématiques…
Je vous ai déjà raconté une histoire assez glauque qui m’était arrivée dans le métro.

À la différence de la première, cette fois le métro du matin connaissait une affluence modérée.
Il y avait un type sans âge qui soliloquait à voix assez forte assis sur son strapontin.
On voit souvent dans la ville, de ces gens un peu “borderline” qui parlent seuls ou s’adressent indirectement à leur entourage comme pour le prendre à partie.

Ce type gueulait exclusivement contre “les noirs”. Tous les pires poncifs ignominieux que l’on peut imaginer sortaient de sa bouche comme une vomissure. Un racisme sans fioritures ni gants, direct, vulgaire tout ce qu’il pouvait pour se placer du côté de l’indignité .

Il n’y avait pas que de l’indifférence dans le wagon. De la désapprobation et pour certains une sorte de crainte mêlée de dégoût. Mais personne ne réagissait comme s’il fallait porter son fardeau en nourrissant l’espoir que le type descende bientôt et se fasse oublier dans le tumulte…

Je devais traverser tout Paris et le type ne descendait pas.

A chaque fermeture de portes, il reprenait sa chanson un peu plus fort sans pour autant que personne ne réagisse. Et les noirs patati, les noirs patata, responsables de ci et de çà…

Le flot ne cessait pas et envahissait l’espace devant moi.

Je ne sais pas bien quelle impulsion m’est venue, pourquoi soudainement, brusquement c’est monté. Aucune préméditation, pas le temps de laisser la raison parler. Je suis plutôt conciliant et paisible en général. Mais tout en ne lâchant pas la barre je hurlai avec une assurance qui m’étonna moi même :

Ça suffit ! Je suis noir et j’en ai assez de vous entendre ! “

Le type s’interrompit et tout déconfit, l’air vraiment gêné, laissa tomber sa diatribe et prenant un ton fort civil et même affecté sans la moindre trace de dérision, avec une voix de brave homme :

— Oh ! Pardon monsieur je ne savais pas, je suis vraiment désolé.

Il redoubla d’excuses, l’air vraiment ennuyé. Compatissant presque. Et c’était doublement intéressant. Si vous voyez ma photo, c’est comme dans la chanson de Nougaro, “Amstrong, je ne suis pas noir” .
Et s’il y chante qu’il n’est pas noir, il conclue bien “Noir et blanc sont ressemblants , Comme deux gouttes d’eau “.

Intéressant d’abord parce que dans l’absurde de son emportement le type concédait tout à fait que je puisse être noir.

Ensuite, il faisait bien l’aveu que sa bêtise exprimait un ressentiment à l’encontre d’une entité, d’un genre, d’un groupe… dont il n’avait pas vraiment idée.
C’est “Rome unique objet de mon ressentiment” et tout le délire qui l’accompagne. C’est gueuler pour gueuler et tant pis si ça blesse. Difficile de les renvoyer tous à la lecture de Cynthia Fleury...

Et je crois bien que désigner “les ceci ou les cela” sans connaître les personnes dans un raccourci fulgurant pour exprimer une colère, nous arrive les uns ou les autres… nous, les prompts à la dispute… plus souvent qu’à notre heure d’hiver ou d’été…

Bien à vous.

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