paris

Le petit chose

A cette époque le café faisait trembler mes mains
Je me tenais debout dans la cuisine froide
Mes dents claquaient contre le carrelage blanc 
Puis prenant un manteau je sortais par les rues 

Des poubelles livides, le ventre ouvert, me regardaient
Des clochards hébétés, dans l’ombre me frôlaient
J’avais vingt ans peut-être et l’odeur du métro 
Battait seule à mes tempes pour traverser la ville 

La Seine avait cette odeur moite d’haleine croupie
Des mouettes se battaient pour un quignon humide
Des vieilles femmes passaient sales dans leurs jupes
Tout était morne et froissé jusqu’au feuillage des platanes

Dans l’allée des Tuileries, des hommes, braguette ouverte 
Attendaient sourdement des bouches de jouvenceaux 
Qui s’agenouillant se blessaient aux graviers 
Puis repartaient muets vers un autre métro 

Tout ça faisait chanson dans la cour de l’immeuble
La gardienne sifflotait en me dévisageant 
J’offrais un pale sourire à son balais de paille 
Puis montais quatre à quatre vers cet appartement 

A cette époque j’arrivais tout juste de ma province
Sorte de Petit Chose promis aux parisiens 
Dans cette indifférence où se métamorphose 
En douce mélanco ce qui était chagrin 

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