unerose

Le gang des voleuses de fleurs…

On parle peu de la vie de nos paisibles petites villes de province. Il est vrai que le calme y règne en apparence et que ces jolies bourgades un rien endormies semblent protégées.
Mais, la vérité est tout autre et depuis le début de la semaine je découvre une réalité insoupçonnée de l’insécurité qui règne à présent dans ce chef lieu où j’imaginais pouvoir couler des jours paisibles.

Lundi :

Rentrant d’une pérégrination vélocipédique qui m’avait quelque peu essoufflé, au moment de pousser le portail, j’entrevois à vingt mètres, la silhouette d’une retraitée penchée par dessus le mur de pierres de la voisine. Nul doute ! Sous mes yeux ébahis, dissimulée par ses lunettes noires, ayant revêtu la tenue désuète mais sage d’une respectable retraitée, une dame équipée d’un sécateur tranchait la tige des roses magnifiques de la voisine pour faire tomber sa récolte dans un vaste sac de papier. Elle jetait de temps à autre des regards à droite et à gauche et pensait que le naturel déconcertant avec lequel elle effectuait son infâme besogne lui permettrait de se fondre dans le paysage, que je ne la verrais pas tout occupé à descendre de ma monture et défaire mon casque.
C’est mal me connaître ! Si mon âge est avancé et mon souffle saccadé, mon œil reste vif. Je décelai qu’il ne s’agissait en rien de la voisine ni d’une personne familière des lieux.
Plutôt qu’une intervention musclée ou l’appel aux forces de l’ordre, je pris le parti de la confondre avec humour.
Le vélo fixé sur la béquille, le casque au bras, je l’attendis fermement.
Lorsque son sac rempli de son larcin, elle parut comblée, la klephte reprenant sans vergogne sa route parvint à la hauteur de ma demeure. Je me tenais derrière le mur, décontracté sans nonchalance excessive , la saluai brièvement puis lui lançai : “Que choisirez-vous comme fleurs chez moi ? Dois-je vous faire un bouquet ? “
Se comprenant démasquée, la coupable choisit l’offensive : “Gardez-vos leçons de morale pour vous ! ”
Eussions-nous été en Amérique, pensais-je en mon for intérieur, j’aurais déjà tiré à vue sur la malotrue. On la verrait au sol, gisant dans son sang, les roses rouges y baignant lamentablement. Le trottoir souillé en aurait longtemps porté les sinistres stigmates.
Je répartis simplement que ne savais s’il y avait affaire de morale, mais que j’avais été le témoin d’un vol.
Le mot brutal était pourtant le seul à pouvoir qualifier l’inqualifiable.
Elle poursuivit sa route revêtue de mon opprobre. J’ose imaginer que sa journée toute entière fut nimbée de honte. Que sa main aura tremblé au moment de composer le bouquet dans le vase, que peut-être celui-ci se sera-t-il brisé sur le carrelage de son logis douteux. Oui ! Car si les caméras municipales n’ont peut-être pas saisi les traits de son visage blême sous les lunettes noires, Dieu lui voit tout et note tout dans son grand livre.

Vendredi :

La vie avait reprit son fil et j’avais presque oublié cette affaire préoccupante, lorsque ce matin, m’apprêtant pour quelques emplettes, mon regard fut attiré cette fois par une autre dame, également retraitée qui opérait alors de l’autre côté de la rue auprès d’un magnifique parterre municipal.

Autre personnage, mais même modus operandi. Un grand sac en papier, des cisailles, l’allure discrète et honorable d’une digne dame bien mise. A l’instar de sa camarade du début de semaine, elle poursuivait presque nonchalante et sans culpabilité apparente, son forfait au mépris du bien public et de la collectivité.

Aurais-je dû lâcher mon chien sur la sexagénaire , traverser la rue, m’emparer du sac et conduire la coupable au poste de police ?

J’avoue avoir été saisi d’effroi devant la réitération du scandale.

Quoi ? Dans ma commune où la bien-pensance embourgeoisée désigne volontiers le jeune ou l’étranger comme les vecteurs impérissables de la dégradation de la sécurité, ici, ce sont de petites vieilles qui opèrent en toute impunité ?

Que faire ?

Faut-il en saisir l’édile, le procureur, les réseaux sociaux, le député ? Devons-nous imaginer une brigade citoyenne pour protéger nos fleurs de ces aventurières ? Existe-t-il un trafic de la fleur au mépris de l’impôt et du droit de propriété ? Ne sont-ce là que les prémices d’un vaste scandale capable de secouer le milieu des fleuristes ou plus loin encore ? Un lien avec les réseaux du grand banditisme et du blanchiment de l’argent sale est-il possible ? Qui est complice ? Toutes ces questions m’assaillent à présent et je n’ai pu faire ma sieste. Ma soirée risque d’en être gâchée.

Je pense équiper chaque fleur d’une mini caméra, d’une clochette ou d’un poison. Des consignes strictes ont été données à mon chien. Quelle époque !

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