Le devoir de faire la paix

J’assume d’emblée le propos. On me taxera de naïveté, d’angélisme, de neu-neu… Faire la paix quand la guerre frappe à nos portes ? Faire la paix alors qu’on nous dit que mille dangers menacent ? Faire la paix alors que jamais les tensions n’ont été aussi fortes dans la Société ? Oui ! Faire la paix… urgemment y travailler !

Le constat est accablant

La guerre est là. Terrible. Celle qu’on voit en Europe à nos portes. Mais aussi ces guerres que l’on tait. Ce qui se passe au Yémen en est l’un des exemples les plus sinistres. Effrayant. Guerres intérieures, guerres extérieures, répressions multiples… et derrière ces guerres, la faim, les mouvements de population. Il est presque impossible de dresser l’inventaire de tous ces conflits où les armes parlent. Le terrorisme reste une menace… Un feu s’éteint, un autre s’allume… Et sous les lieux communs de cette introduction, la vérité d’enfants qui meurent chaque jour…

Nous aurions tout pour nous désespérer.

En France même, la zizanie instillée depuis quelques années par des esprits malheureux semble avoir tout contaminé. On critique, on conspue, on soupçonne, on clive, on invective, on se radicalise y compris lorsqu’on prétend lutter contre les extrêmes. Spectacle navrant des parlementaires, spectacle affligeant des plateaux de télévision ou des réseaux sociaux… et parfois petits conflits imbéciles et disputes viennent polluer la vie de tous les jours.

Nous sommes tous à fleur de peau. Sur la défensive, à nous justifier, à nous étiqueter, cherchant mille prétextes pour la critique négative. Nous nous pensons libres alors que nous sommes seulement les petits perroquets de la défiance.

Il est facile et confortable de détester

Avoir un ennemi, passer son temps à le disqualifier, nourrir son mépris d’anathèmes et ajouter des adjectifs peut conforter un temps, mobiliser peut-être quelques troupes dans le but de gagner ou préserver un rien de pouvoir ou de maquiller ses propres faiblesses… La légende des bons et des méchants évite d’avoir à s’interroger sur sa propre éthique. L’arrogance est un signe de faiblesse. L’énervement et la colère ne sauraient durer sans venir nous détruire nous mêmes.

Mépriser autrui c’est mépriser souvent une part de soi même. Se refuser à la bonté confondue avec la faiblesse.

Rien n’est plus facile que d’allumer de nouvelles guerres, de se persuader d’avoir raison pour ne rien changer surtout… Si une bataille semble gagnée un matin, le lendemain ceux qui se sentiront lésés voudront leur revanche. Et ce sera infini.

L’assertivité comme éthique

Nous devons apprendre à nous affirmer sans nous opposer. Si nous nous exprimons au nom de valeurs que nous pensons universelles, nous devons les incarner. On ne peut prôner la tolérance en étant intolérant. Le risque démocratique c’est de laisser en son sein le germe de ce qui détruira la démocratie. Mais c’est en cherchant les causes du ressentiment et en luttant contre les causes et non l’expression de la colère qu’il nous faut agir. L’intégrisme se nourrit si bien de cela.

Ne rien céder aux urgences

S’il est des priorités et si nous devons agir vite sur bien des sujets, nous devons cesser de n’être guidés que par l’actualité, le buzz, le cri, le scandale. Nous ne faisons pourtant que ça. Une info chasse l’autre et l’info aujourd’hui c’est un drame, un scandale qui va appeler chacun à dire, réagir, cliver mais pas réellement à unir les forces pour faire ensemble.

Se laisser commander par les urgences c’est se laisser entraîner et nous placer tous en état de stress permanent. C’est oublier la réflexion, la rationalité, l’attention … c’est mortifère.

La récompense de la compassion

La compassion est une graine que l’on sème. C’est la force de la fraternité, de la solidarité. Sur le terrain des catastrophes, heureusement, nous savons encore agir.

La force de la compassion c’est sa capacité à convaincre, à entraîner… Quand le drame absolu touche tout le monde, ne pas agir nous est impossible. Les fourmis elles mêmes savent le faire quand la fourmilière s’effondre. Chacun agit et seule l’action individuelle au service du collectif permet de reconstruire… Toute la difficulté étant de faire assez civilisation ou Société pour accepter d’anticiper, avant la catastrophe… C’est le sens que devrait avoir l’impôt. L’impôt n’est pas méprisable en lui même s’il permet la solidarité et si tout le monde fait des efforts…

La compassion est un mouvement dont le sens est une évidence. Elle suppose la confiance réciproque. Le contrat. La clarté.

La compassion doit savoir obliger sans complaisance en restant exemplaire et désintéressée. Mais c’est parce que je donne sans attendre que je reçois en retour.

Le miracle de la réconciliation

Certaines réconciliations sont impossibles. La victime ne peut pas devenir l’amie de son bourreau. Cependant, elle peut retrouver un sentiment de sécurité si le bourreau mis à l’écart, si possible répare ou si c’est impossible est neutralisé et désarmé. C’est à la Société de veiller à cela et sur la victime pour qu’elle soit protégée et malgré tout sur le bourreau pour qu’il s’amende, répare ou hélas reste à l’écart…

Mais rien n’est plus beau que deux personnes qui se réconcilient. Douce force de la parole qui aura besoin d’actes. Joie des retrouvailles, dépassement des dissensions. Pour guérir de la dispute, il faut faire ensemble.

Se réconcilier avec soi-même

Pour que le miracle puisse avoir lieu, celui de la réconciliation qui mène à la paix, il faut d’abord entrer en dialogue avec soi même. Se réconcilier avec soi-même commence par s’accepter dans ses imperfections, ne pas se stresser inutilement mais savoir oser son courage.

Le courage est cette force que tu réunis pour oser plonger, créer, inventer quelque chose de nouveau… Peut-être un petit dépassement, mais cette beauté de l’aventure qui commence par la rencontre d’une nouvelle personne ou l’exploration d’un lieu nouveau.

Se réconcilier avec soi même permet d’expérimenter et mieux comprendre la vie. Et si les expériences manquent, il y aura les romans. C’est la force de la littérature que de nous aider à comprendre la vie des autres. Et si la souffrance est trop forte, la poésie viendra nous soigner affectueusement, drôlement parfois de façon caustique ou provocatrice mais elle saura dire. Et nous relier au beau, au mystique, à l’humain, au vivant.

La paix est nécessaire et joyeuse

La joie sur les visages à la Libération. L’énergie retrouvée ensuite pour reconstruire. La paix nous permet de faire, de construire, de regarder le monde et les autres de façon positive.

On se sent respecté, reconnu, toléré et en échange on préserve la liberté d’autrui. Chaque individu est reconnu et convoqué non pas pour son apparence, ses croyances ou sa position mais pour ce qu’il apporte aux autres. La paix suppose cet équilibre. C’est à dire que la pression des pouvoirs (de l’argent, de la force, politique…) reste supportable et puisse être comprise… c’est à dire n’engendre pas une inégalité qui viendra nourrir le ressentiment futur.

Faire la paix n’est pas rester béat. C’est un travail constant de recherche d’équilibre. Cela suppose que chacun puisse s’exprimer en égale dignité et puisse recevoir la même attention. Ainsi, ce sont les droits qui donnent du sens aux efforts exigibles en termes de devoirs. Les droits sont premiers.

Une méritocratie sans éthique n’engendre qu’une aristocratie de plus où le mépris et la condescendance vont ternir la possibilité pour chacune et chacun de se sentir reconnu.

Inlassablement nous devons travailler à défendre et promouvoir la paix. C’est à dire au quotidien de nos vies, dans nos paroles et dans nos actes, nous devons nous demander si ce que nous faisons est utile pour la paix. Paix avec soi, avec les gens que l’on croise, avec nos proches ou nos semblables jeunes, vieux, citoyens, humains rencontrés ici ou ailleurs… alors il faut un peu de disponibilité, d’ouverture d’esprit et de patience… mais quel sel, quelle récompense, quelle joie de pouvoir rencontrer, partager et faire ensemble !

En écrivant ces mots j’ai dans la tête l’image précise de musiciens de pays étrangers, qui n’ont que la musique pour langage commun et parviennent pourtant à improviser ensemble et créer quelque chose de nouveau dans une joie incommensurable !

La poésie est au service de la paix

Il n’est pas de poète belliqueux qui érige la guerre en modèle. Alors il tuerait la poésie. Ce serait de l’art officiel, de a propagande, du mensonge…

Les poètes sont au service de la paix. Intensément pourvoyeurs de paix intérieure et extérieure ! Voilà pourquoi il nous faut lire de la poésie et si nous le pouvons en écrire un peu !

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