Oh ! Je vais dans la joie du vent !

Il m’aura fallu peu de temps pour me débarrasser des oripeaux, des drapeaux, des uniformes et des décorations qui vont avec la fonction.

Figure toi lectrice ou lecteur assidu, que je conserve encore par devers moi les tampons que j’utilisais lorsque j’étais (petit) chef dans l’administration…

Étranges reliques à l’encre bientôt desséchée. Dois-je vous garder pour que s’interrogent un jour d’obscurs héritiers ?

Mais la tension, le stress, les mauvais rêves, le sentiment du devoir confinant à l’apostolat, la privation de toute insouciance, les loisirs mangés et le rythme infernal … il m’aura fallu plus d’un an en réalité pour m’en guérir enfin et me dire ça y est ! Libre ! Tu es libre !

Si je fais encore des rêves bizarres de réunions improbables, je ne culpabilise plus comme un enfant faisant le chemin des écoliers lorsque je passe à proximité d’une école.

Le bulletin officiel de mon ancien ministère tombe à présent tout seul dans la boite à spam de la messagerie électronique.

Je méconnais les périodes de vacances, les programmes, les directives et les contre-directives. J’ai effacé les plaintes, les longs courriers…

Loin de moi les colloques fastidieux, les séminaires imbéciles, les réunions interminables…

Il n’y eut pas que de tristes moments. L’utilité était souvent au rendez-vous. Accompagner l’une, aider l’autre, trouver une solution pour cet enfant. Parfois, apporter un peu d’éclairage, épauler… mais le prix personnel fut souvent lourd. « Si j’aurais su…  » disait l’autre.

Le plus touchant ou amusant, comme toujours, ce sont les enfants. Certains sont devenus des collégiens. Ils viennent dans la rue me saluer généralement joyeusement. Ils se souviennent. L’autre jour une jeune fille sautait sur ses pieds en me montrant du doigt à ses parents surpris. Peut-être parce que je me suis penché un jour sur leur cahier, ou que j’ai pris la parole dans leur classe, peut-être pour un mot d’encouragement… Ils ont grandi… et c’est étrange cette complicité, leur signe amical, leur caresse au chien tout content… Puis ils partent en troupe légère vers leur avenir de jeunes gens…

Mais c’est seulement maintenant. Allégé du poids. D’ailleurs, je retrouve la ligne. Soulagé, apaisé. Enfin. Il était temps !

Non pas que craintes et doutes ne viennent pas encore se frotter à moi… Ils sont le lot commun. Le Monde frissonne de toutes sortes de catastrophes survenues ou prévisibles. La bêtise et le ressentiment signent de leur amertume nos tentatives d’espoir. Tant de fragilités.

Mais je laisse les sensations de l’enfance remonter. Le vélo qui s’enivre dans la descente, les oiseaux en grand concert chaque matin, la chance de ces paysages ouverts sur l’immensité, cette mystique douce, l’amitié des paysages et des gens…

Tant de choses à faire mais au moment choisi, dans l’ordre voulu. Et si je procrastine un rien c’est pour mieux goûter. Savourer. Il est bien temps que je profite.

Et si je profite assez, ce n’est pas égoïsme, car alors je suis beaucoup plus disponible pour celles et ceux qui ne sont pas loin, qui peuvent avoir besoin.

Je suis l’oreille attentive, la main secourable, tant que je peux encore…

Mais voilà, je m’accorde des droits nouveaux.

Avant même de s’interroger sur le sens de la vie, la goûter, y prendre sa pleine place et sa pleine part. Je fais collection de sensations et de petits ou grands bonheurs.

Si le goût de l’escapade n’est jamais loin, je prends le temps de la flânerie.

Nonobstant, les protocoles, les conventions, les gens de pouvoir – qui cherchent à le conquérir ou le garder- , je ne regarde plus cela que du coin de l’œil. Affligé un rien… Je mets tout cela à distance malgré les tentations…

J’aime ne rien posséder, ni les biens, ni les personnes, ni les bêtes… et je crois plus à présent aux révolutions intérieures qu’aux gourous, aux chefs politiques, aux hommes providentiels…

J’aime ne rien posséder, me défaire, alléger.

Ah, si, j’aime bien mon vélo… pour les libertés neuves qu’il m’autorise…

Mais je crois que c’est plus une rencontre et lui qui m’adopte… une nouvelle histoire…

Publié le
Catégorisé comme journal

Par Vincent Breton

auteur de textes, poésies et chansons, anime le site https://vincentbreton.fr et le site https://numerilibre.fr

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