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Je voudrais écrire sur tout…

sans honte ni orgueil

Je voudrais écrire sur tout…

Il me faudrait plusieurs vies car je voudrais bien avoir le temps de tout lire et d’écrire sur mille sujets : l’art, la science, la poésie, la politique, la cuisine ou la façon d’être, le comment exister dans ce monde où les images vont en accéléré.

La lecture a été petit la première formidable fenêtre sur le monde intérieur et le monde extérieur : la clé pour mieux comprendre les humains et leur monde. Avec les livres, tu pouvais apprendre en prenant le temps… Peut-être apprendre des erreurs, mais tu entrais dans la logique du développement long. Lire enseignait la patience ou autorisait à s’emparer du temps, le tordre pour le détourner à son profit et entrer dans de nouvelles aventures, de nouveaux paysages, de nouvelles histoires, de nouveaux récits scientifiques… Lire m’autorisait enfant à entrer dans le monde des adultes. Entrer dans le secret de l’âme, dans le trouble, nommer les désirs, humer les interdits, découvrir la force des émotions… Lire est subversif et ce n’est pas pour rien que les catholiques mettaient des livres à l’Index librorum prohibitorum tandis que d’autres décidèrent d’autodafés.
J’ai toujours eu cette grande chance de ne jamais connaître la censure et de pouvoir très tôt aller aux livres que je pouvais lire, le seul barrage étant au fond ma capacité à les comprendre…

Lire était s’émanciper, apprendre à avancer seul. Les gens ont peur d’être seuls aujourd’hui, ils ont peur du silence. Il leur faut toujours une musique, un bruit, une télévision qui tourne seule…

Le premier choix, celui du livre dans la bibliothèque – et ce temps pour le choisir, comme une rencontre – ou cette joie du premier livre choisi et acheté avec son propre argent de poche dans la confiance maternelle… A l’époque, là où ma mère achetait ses journaux ou son tabac, il y avait un vaste rayon de livres pour enfants… Les « bibliothèques vertes » qui certes n’étaient pas toutes de haute littérature, se trouvaient partout… Je ne fais pas mon regretteux parlant ainsi… Les bibliothèques étaient parfois poussiéreuses… ce n’était pas des médiathèques confortables, on n’y faisait pas d’animations et de promotions à renfort de jeux vidéos. C’est ainsi, le temps a passé, mais quelle chance fut la mienne de naître juste avant…

L’écriture a été la première façon de prendre ma place dans le monde et d’agir sur le monde. Petit, vers huit neuf ans, j’écrivais des chansons, des journaux dupliqués à la main en utilisant le procédé de « la pierre humide » qui était une plaque de kaolin sur laquelle on passait des stencils à l’encre hectographique… Je crois bien que c’est avec ça que nous éditions les premiers programmes des pièces de théâtre que nous allions jouer plus tard avec la bande de copains du collège, ou ensuite les premiers tracts militants avec les copains du lycée lorsque nous organisions notre première grève…

Plus tard, vers vingt ans, mon premier achat de jeune instituteur, fut un duplicateur à alcool… On s’en mettait plein les doigts avec les différentes couleurs d’encre. Machines à écrire, puis ordinateurs, mais aussi stylo pour les écrits plus intimes… tout était bon pour écrire…

Et puis, il y eut ces années formidables où l’on écrivait encore des lettres, des lettres d’amitié, à sa famille, des lettres d’amour… et cela le courriel et l’Internet, l’ont tristement tué. Je me souviens d’un ami qui non seulement m’écrivait longuement et régulièrement, mais pouvait me copier des pages entières d’extraits de textes ou de romans qu’il aimait, au lieu de m’en faire de froides photocopies. Il y avait cet effort de l’écriture, ce lien, cette attente, ce bonheur à recevoir une lettre et l’attention toujours à la conserver dans de grandes boites ou des chemises…
Je me souviens que parfois on accompagnait la lettre d’un collage, d’un dessin, d’un objet… d’une mèche de cheveux (j’ai toujours quelque part la mèche rousse des cheveux de Nathalie glissée dans l’enveloppe bleue). Il me semble que c’est à cette époque avec du trichloréthylène (produit dangereux s’il en est, et qui sentait fort) que nous transférions les photos de magazines sur la feuille pour créer des papiers à lettres originaux… La lettre, son enveloppe dont nous nous amusions à changer parfois la forme, la couleur… tout cela donnait lieu à grande créativité et nous ne rechignions pas à l’effort….

Je n’écris plus de lettres ou presque. J’avais tenté un moment d’inciter des amis, des lecteurs, mais on dirait que cela ne prend plus . Les gens préfèrent écrire des « tweets » souvent lapidaires…

Écrire. Si certains animaux communiquent entre eux avec des bouts de langage, je crois bien que nous sommes les seuls à pouvoir le faire. Cela n’ôte rien à la beauté des traditions orales. Cela ne confère aucune supériorité même si très vite celui qui savait écrire et garder trace ou mémoire eut droit aux égards…. mais écrire ouvre tout un champ de possibles et sans ce savoir là, je n’aurais pas su trouver un travail, pas su garder contact avec les gens que j’aime, pas su réfléchir aussi bien, pas su partager mon savoir professionnel…

Il parait que je fus l’un des premiers enseignants à mutualiser sur l’Internet en publiant régulièrement des outils pour les jeunes enseignants. Je me suis fait quelques amis par ce biais là.

Bien sûr on est heureux d’être lu, d’être publié…. J’ai eu la chance de voir un jour un de mes textes affiché dans le métro parisien (délice de passer discret devant l’affiche dans un format immense…), de voir ici ou là des textes, des articles publiés, d’entendre des acteurs jouer « une dramatique » que j’avais pu écrire pour la radio… mais le premier besoin d’écrire c’est pour soi, se poser soi, se construire soi. C’est très égoïste. Parfois des livres ou des textes peuvent s’écrire à plusieurs, mais l’écriture c’est d’abord un dialogue intérieur… une confrontation.

J’écris ce texte directement en ligne, en utilisant un célèbre « CMS » (WordPress) et mes doigts ripent quelque peu sur le petit clavier de l’ordinateur portable, posé devant moi, sur la table de la cuisine à côté de la tasse de thé.

Ce n’est pas que j’aime écrire, c’est que cette activité quotidienne m’est aussi indispensable que manger … C’est presque une fonction vitale….

Et forcément je pense à la chanson d’Anne Syvestre « Ecrire pour ne pas mourir »
Écrire pour ne pas mourir
Écrire grimace et sourire
Écrire et ne pas me dédire
Écrire ce que je n’ai su faire
Dire pour ne pas me défaire
Écrire habiller ma colère
Écrire pour être égoïste
Écrire ce qui me résiste
Écrire et ne pas vivre triste

Peut-être un jour n’aurais-je plus l’envie ou la force d’écrire. Je le vivrais douloureusement… parce qu’écrire aide à vivre forcément…

Je pense à ceux pour qui l’écriture est un mystère, une impossibilité, une étrangeté. Je pense à ceux qui peut être vont se dire qu’après tout, pourquoi pas, ils possèdent cette liberté d’oser écrire. Peu importe en réalité le talent ou l’espoir d’être lu… On tenait parfois au sein des familles de simples livres de raison dont la banalité apparente des sujets n’ôtait rien au lien formidable qui permet cette mise en scène de la mémoire pour que se crée l’Histoire humaine… J’aime bien l’idée du citoyen-écriveur, du particulier qui sans se dire forcément artiste ose cette magie des mots… Et tant pis pour les imperfections, les erreurs, pourvu que la sincérité soit là. Écrire c’est aussi être soi et se révéler à soi !

Imaginez le bonheur de vos enfants lorsqu’ils tomberont sur vos écrits trouvés quand vous ne serez plus là, dans un tiroir, dans une malle, un grenier… Et ainsi grâce à vous, ils en apprendront un peu sur eux mêmes…

Belle journée !


 

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