villon

Dix poètes

La nuit n’est pas terminée
Dix grands poètes se sont assis
Dans l’herbe bleue du pré
Juste devant la maison
Verlaine fume sa pipe
Lamartine opine
Je crois reconnaître Villon
Il a les joues creusées

Dans l’ombre je pressens
Les sillons aux paumes de leurs mains
Pas un souffle on n’entend
Aucun oiseau sur le chemin

Ils regardent vers ma fenêtre
Caché je cherche à reconnaître
Leurs visages incertains
Je n’ose point paraître
Mais ils m’attendent dans le pré
Ce sont mes frères, ce sont mes maîtres
Ils sont venus pour me chercher

Je prends un air endimanché
Prendrais-je ma plume et mon papier
Je sais à peine versifier
Soudain j’ai peur en vérité

J'étais un enfant prometteur
J'avais l’élan, j'avais le cœur
Et du talent en vérité
Pour bien rimer et même chanter
Mais lors devenu fonctionnaire
J’ai perdu la rime et mes vers
Je n’ai plus l’art ni la manière

Est-ce pour me vilipender
Me chicaner ou se moquer
De leur piètre thuriféraire
Qu’ils sont venus en ce matin
M’attendre en mon modeste jardin

Et descendus de leur Parnasse
Comment ont-ils trouvé ma trace
Oui tout cela certes me dépasse
Je tremble dans ma chambre
Hélas, sous ma carcasse
Je décide d’y aller pour voir
Et je rajuste mon peignoir
Dix poètes dans mon jardin
Si c’est pour moi on verra bien
Le temps que je pousse la porte
Et que très dignement je sorte
Sur l’herbe il n’y avait plus rien

Je n’ai plus que cette chansonnette
Et mon enfance est bien fluette
Il faudra bien le reconnaître
Je n’ai pas l’ombre d’un poète
Je suis rentré dans la maison
Où j’ai retrouvé la raison
Pas même une oraison

Zon zon !

in #Le Listoir”- mai 2016

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