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Cobalt Blue

Avant de mourir, j’espère avoir la chance de découvrir l’Inde. Ce pays continent qui nous est si mal connu, terre de contrastes – c’est le moins que l’on puisse dire – . La modernité vient ,c’est une banalité, y bousculer les traditions.

Netflix propose un film qui dans la panoplie des films d’amour gay se démarque par sa couleur.

Sachin Kundalkar

Scénariste, réalisateur du film, il a aussi écrit pour le théâtre. Il travaille aujourd’hui pour le cinéma marathi (Mollywood) mais Blue Cobalt est en hindi.

C’est à 22 ans qu’il écrivit le roman dont sera tiré ce film.

Modernité

Ce n’est pas seulement une histoire d’amour entre garçons. Ce n’est pas seulement “la concurrence” entre une sœur et un frère épris du même homme, le récit met en exergue toutes les tensions et les pressions qui traversent la société indienne.

La place des hommes et des femmes y est évoquée, le poids des traditions, le mariage… mais surtout la question de l’émancipation : la jeune héroïne, coupée à la garçonne est une sportive de haut niveau qui n’a que faire d’un mariage imposé. Le jeune homme est épris de poésie et rêve d’être publié. L’artiste qu’ils aiment est un créateur d’art contemporain. C’est lui qui pose la couleur bleu cobalt. S’il vit de son art, il sera victime du vol de sa machine à écrire… Sa situation est précaire.

Un professeur, esthète contraint de vivre en cachant son homosexualité, tout en étant assez libre dans son enseignement, rappelle l’ouverture de l’Inde sur le Monde.

Les tensions politiques ne sont jamais loin. La question des castes et des classes.
On voit encore pour les jeunes comme leurs parents, comment le voyage, le départ vers un ailleurs font partie des rêves.
Récit situé dans les années 90, il reste intemporel ce qui donne de l’épaisseur au film. Pèse en arrière plan ce que la colonisation a laissé, y compris en interdits nouveaux qui perdurent dans la législation indienne.

Les nuances de l’amour

Le scénariste a évité une vision trop binaire. Les parents qui voudraient faire respecter la tradition aiment leurs enfants. Le père peut faire preuve du pire machisme, de violence mais il pressent le combat perdu d’avance et d’une certaine façon perçoit la souffrance de ses enfants.

L’ambivalence traverse également le personnage de la mère qui conçoit l’idée de séparation et même y travaille : il faut que ses enfants se marient, quittent la maison…

Une autre sœur, religieuse, va aider la jeune héroïne à se libérer de son destin en l’aidant à partir pour éviter le mariage.

Notre artiste “locataire” dont tomberont amoureux le frère et la sœur fait preuve de duplicité en ne leur disant pas sa double relation, mais il semble sincère dans son amour et surtout apparaît comme le vecteur de leur émancipation.

Le mensonge est la rançon à payer aux règles de la tradition.

Poésie et couleurs

Mais ce qui caractérise le film et permet d’éviter tout risque d’âpreté c’est l’art de jouer avec la poésie, un certain lyrisme et les couleurs.

Le cinéma indien aime volontiers sortir les violons et faire pleurer, ici, on frôle parfois la naïveté au risque de tomber dans les poncifs du genre mais la caméra sait être fluide, jouer des lumières et des couleurs.

Beauté des décors qui nous dépayseront sans sombrer dans la carte postale… les épices, les ocres, les espaces, l’attention portée aux détails du mobilier ou des vêtements et des corps… c’est une vraie peinture touchante qui donne envie au spectateur “d’y être”auprès des acteurs.

Une certaine théâtralisation mais légère ajoute de façon étonnante à la crédibilité du récit.

La musique y compris européenne et classique, le jeu entre art contemporain et architecture coloniale aux couleurs passées, la lumière et les ombres, l’eau, le soleil… le réalisateur a su donner un ton, une tendresse à des personnages qu’il aime et nous fait aimer.

Tout cela en fait un agréable film sur l’amour et l’émancipation…

Une jolie surprise

C’est donc une jolie surprise ! Un film touchant et qui ouvre le cœur et l’esprit à la fois sincère, lyrique, lucide et plein d’espérance.

[a priori sur Netflix seulement]

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