Ça change ?

Changer passe souvent par les retrouvailles. Avec soi, ses valeurs, ses racines intimes, ses amis vrais…
Ce matin une tornade d’eau est venue laver la maison presque colérique. Il fait beau à présent.
Nous restons secoués et essorés.

Pour avancer dans ce Monde qui ne cesse de bouger, incertain, j’ai besoin plus que jamais de renouer avec l’intime de ce que je suis. Pas seulement l’enfant. J’ai été enfant trop brièvement pour me référer à des concepts idéalisés.

Hubert Félix Thiéfaine chante dans la pièce à côté, un peu fort. Mais le soleil joue sur le tapis. Il paraît que c’est la journée de Solidarité.

Je viens de perdre une personne qui s’est perdue elle même. Peut-être bien ne nous reverrons-nous jamais. Il faut avancer, poursuivre le chemin.

En ville j’ai croisé L. L est lumière et son visage est résolu. Nous nous entendons bien et savons faire intimité de tout ce qui nous sépare. Mais L tirait avec peine deux charriots lourds emplis de courses et il y avait une telle tristesse dans le poids de ces courses portées vers je ne sais quel appartement de malheur que je n’ai pas osé m’approcher ou faire signe.

Il y a des gens si courageux qui luttent dans leur quotidien.

J’ai vu à la télévision de jeunes lillois sautant de joie à la victoire de leur équipe. Des feux d’artifice lancés dans la nuit mettaient des jets multicolores et personne n’aurait l’imbécilité de critiquer l’abandon des gestes barrière.

Ce besoin de joie, de fête même au sortir de drames et avant les prochains.

Ces besoins de fraternisation, ces forces aimantes me rassurent tant elles sont les ferments qui préserveront notre liberté.

Les crétins atrabilaires n’aiment pas la jeunesse, pas le rap, tout ce qui pourrait troubler leur ennui.

“On n’oublie jamais nos secrets d’enfant” chante Hubert-Félix. J’espère pouvoir le revoir en scène. “On n’oublie jamais les souffrances, l’instituteur qui nous coursait sa blouse tâchée de sang”.

Je suis en retard dans mes écrits. La chatte dort indifférente aux guitares. Le chien est venu vers moi quêtant quelque promenade, puisqu’il fait soleil.

Oui, nous allons voir la mer mon chien, avant de retrouver la montagne d’ici quelques temps…

Vous le sentez ce changement d’époque, cet inexorable déchirement, ce ciel encore lourd de nuages et cette lumière bizarre qui les transperce comme dans un mauvais film de science fiction ?

Tous mes morts sont là debout tout près.
Ils me regardent.
C’est juste maintenant que nous changeons de siècle. Il était temps non ?

Une page se tourne, encore une autre, ne pas avoir peur, ne pas oublier…

Laisser un commentaire

Retour haut de page