Au revoir l’Océan !

En parvenant au sommet de la dune qui surplombait la plage, le père arrêta le petit garçon qui marchait d’un pas résolu : « tu peux dire au revoir à l’Océan, regarde le bien ! »
« On ne le reverra plus jamais ? » demanda l’enfant de cinq ans prêt à faire son deuil . Il serrait la main de son père tout en fixant courageusement la plage. Il clignait des yeux pour éviter de pleurer.
« Peut-être reviendrons-nous l’année prochaine, mais ce n’est pas sûr… »

Lorsque la fin des vacances venue, les cousins commençaient à quitter la région où nous vivions, au Sud, c’était toujours le même pincement au cœur. Il y aurait la joie de la rentrée, les retrouvailles avec les copains de classe… mais c’en était fini des temps d’insouciance, des jeux dans la colline, des plongeons dans l’eau fraîche, des courses avec les chiens, des petits déjeuners qui duraient des heures avec ce bonheur de voir arriver chaque cousin les cheveux en broussailles et les yeux encore embrumés de rêves. Le soleil allait encore chauffer un temps l’herbe sèche, il fallait se rendre à l’évidence, la rentrée approchait…

Mais l’insouciance fut-elle vraiment de la partie dans cet étrange été ?

L’eau coule sur la fenêtre de toit. Paco Ibanez chante doucement dans la pièce voisine.

Cet été, il fallut secourir des amis, subir une étonnante diffamation, fermer encore un livre avec un cadenas puis cette fois jeter la clé, voir un fantôme du passé venir gratter – non, rien n’est pardonné, tu peux partir -, imaginer la suite, s’inquiéter de la santé de l’un, boire heureusement à la fontaine fraîche de ton regard – quand tu me regardes c’est incroyable, quand tu me parles comme ta voix est résolue et douce à la fois- , goûter la récompense de tes caresses, traverser de nouveaux paysages étonnants…

Plus que jamais les gens sont inquiets et vite amers et vite sur la défensive. Et ils n’osent pas s’accepter dans leur fragilité.

Sur les réseaux sociaux des milliers de procureurs condamnent à des peines définitives la moindre incartade. La dispute et le mépris prospèrent mieux que le chiendent. Ah ! il est rassurant de pouvoir se scandaliser !

Dans mon jardin la vigne vierge, le liseron et les fleurs sauvages sont à la fête. Je tente de canaliser les uns, guider les autres. Vie incroyable de la mauvaise herbe qui ose pousser entre deux pierres. Et je la laisse alors celle-là, pour la féliciter de son courage.

De quoi avons-nous besoin ? Qu’est-ce qui nous rend heureux ?

Un peuple pour se sauver tente de s’accrocher aux ailes d’un avion. C’est l’imagine terrible de notre époque. Une femme a peur d’une injection banale. Non ça ne fait pas si mal. Pour dissimuler qu’il nous ment, le ministre des cerceaux se laisse pousser la barbe. Il est désespérant.

Je suis content que vous repreniez vos activités professionnelles. J’ai tant de choses à faire. Je ne sais pas toujours par quoi commencer. L’an dernier j’ai réussi à mettre le retraité en « burn out« . Oui, j’ai dit le mot « retraité »… J’ai fini de culpabiliser d’être parti plus tôt que prévu. Comme tout cela me semble loin, toutes ces choses inutiles qu’on nous fait faire pour masquer le vide ou plutôt le fait qu’on n’ose pas penser à l’essentiel, au sens de ce que nous faisons…

On avait dit « après la pandémie, plus rien ne sera pareil ». Allons-nous louper la chance de nous reprendre et de croire en nous ?

J’ai tant de choses à faire. J’y vais !

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Par Vincent Breton

Après avoir travaillé longtemps dans l'Éducation nationale, Vincent Breton anime le site "L'écriveur" https://vincentbreton.fr et le site Numérilibre https://numérilibre.fr (site de celles et ceux qui s'intéressent au logiciel libre)

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