mur

Blanquer et les pauvres

Je suis tombé sur ce visuel du ministère : « Aller à l’école c’est rester en bonne santé ».

visuel ministere education

Le ministre à la voix de plus en plus blanche, n’en a pas fini de se faire étriller.
Les parents d’élèves commencent à s’inquiéter des cas de contagion dans les écoles.

Les annonces se succèdent, Monsieur Blanquer a annoncé qu’un seul cas d’enfant contaminé dans une classe suffirait à faire fermer la dite classe.. si on est dans l’un des départements concerné par les mesures renforcées … façon de fermer bientôt nombre d’écoles sans le dire, manière élégante de différer le moment où les parents pourront toucher le chômage partiel.

Il a promis de recruter des remplaçants. Ce qui a dû faire rire jaune en Seine-Saint-Denis où l’on attend depuis des années – hors COVID – de pourvoir tous les postes, où les remplacements dans certaines zones sont si mal assurés.

Pensée pour cet ami professeur de français contractuel que l’on recrute chaque année « en urgence » fin septembre début octobre, mais dont le contrat prendra fin opportunément pour ne pas avoir à lui payer de vacances. Fin de la parenthèse.

Mais retour sur le visuel qui présente deux arguments :

– celui de l’éducation physique à l’école d’abord.

Le ministre depuis qu’il est devenu aussi ministre des sports, non seulement donne de sa personne en s’exposant dans des séances dignes des shows télévisés de « Véronique et Davina » d’antan, tout en n’étant pas très au clair sur la différence entre sport et éducation physique, mais promeut trente minutes d’éducation physique par jour. Super !

On ne lui fera pas l’injure de rappeler qu’une activité physique quotidienne était déjà demandée dans les programmes de 2008 (Il faut également que chaque élève puisse s’épanouir par une pratique sportive quotidienne. – BO 3 du 19 juin 2008). Une telle activité nécessaire, n’est pas toujours simple à mettre en œuvre lorsqu’on manque de locaux, de matériel et lorsqu’on sait que depuis quelques années tant dans la formation initiale que dans la formation continue, l’éducation physique est devenue peau de chagrin. Une association comme l’USEP dirait mieux que moi qu’il y a loin de la coupe aux lèvres… Je me souviens des batailles menées par les conseillers pédagogiques de circonscription en EPS pour que les élèves puissent bénéficier du temps exigé pour l’enseignement de la natation etc.

Le deuxième argument : « pour garantir à tous les élèves socialement défavorisés au moins un repas équilibré par jour » mérite un temps d’arrêt.
Qui pourrait être contre ?

Mais vous aurez noté, on ne dit pas « les pauvres »

On ne dit pas « les pauvres », on dit les « socialement défavorisés ».

« Si tu ne travailles pas assez en classe, tu deviendras SDF » entendait-on dire rue d’Auteuil…
Pauvres ? Ils l’ont un peu cherché non ?

« Suffit de traverser la rue pour trouver un job » disait… qui déjà ?

Maintenir les écoles ouvertes, c’est donc insidieusement suggéré pour les pauvres.
« Et en plus on doit se sacrifier pour eux ».
C’est l’antienne connue dans certains milieux notamment de classe moyenne et supérieure où l’on paierait tant d’impôts pour « ces assistés ».

La vision de Blanquer c’est une vision caritative.

« Heureusement qu’il y a des pauvres, sinon comment ferions-nous pour faire la charité » disait-on autrefois dans certains milieux catholiques aisés.

On notera aussi le souci « d’éduquer les pauvres ». Et pas que les enfants…
Pour mieux comprendre l’état d’esprit, on reviendra à l’opération menée par le ministère dès avril 2019 visant à piloter l’instauration de petits déjeuners dans les écoles situées dans les territoires prioritaires.

Bonne initiative ? Oui…oui….
Sauf que derrière les budgets annoncés, c’étaient surtout les collectivités locales qui se trouvaient devoir tout organiser, voire les enseignants eux-mêmes…
Le site du ministère donne à voir un tweet qui dit tout de l’état d’esprit, il est signé du ministre  en personne : « Ici c’est deux fois par semaine pour que les familles prennent l’habitude d’y veiller les autres jours… ».

blanquer tweet

Et cela me renvoie à une discussion avec des mamans de l’éducation prioritaire l’année dernière quand je leur parlais du projet : « Nous, ils mangent bien au petit déjeuner, on leur fait des bons petits déjeuner avec des laitages, des céréales…et s’il faut je me prive moi pour mon fils qu’il ait tout ce qu’il faut.. »

Oui, ces mamans étaient un peu vexées. Ces familles mesuraient la condescendance du ministre. Oui, nous avons tous avec les élus, perçu le ridicule de la situation quand pour que le projet fonctionne, il faudrait dire aux familles de « ne pas donner de petit déjeuner ce jour là à leur enfant parce qu’il allait le prendre à l’école ».
Autrement dit d’apprendre à avoir faim ! Message très clair pour un petit de quatre ans par exemple !
Et venir quand ? Avant la classe ? Surveillé par qui ? Pendant le temps scolaire ?
Et les vraiment pauvres, pour les autres jours, on prévoit quelque chose ? Ou pas…
Non, tout pour la communication avec de jolis flyers… Je ne vous dis pas les relances du ministère adressées aux directions académiques et aux services locaux. Il fallait faire du chiffre, tant pis si ce n’était pas “vraiment” en secteur prioritaire et puis finalement on ne pourrait engager des fonds qu’une semaine ou deux… et puis les collectivités “n’avaient qu’à continuer” si ça les intéressait tant…

Pensée pour mes anciens élèves de la rue de Tanger à Paris qui n’allaient pas à la cantine, trop chère, et se contentaient d’un paquet de chips à midi.
En classe de découverte, ils s’étonnaient parce qu’on dînait « encore » le soir après le goûter : « on mange deux fois ? » Des vrais pauvres s’il en était. Avec la faim au ventre. La vraie et dure.

Alors, la petite mise en scène dérisoire et assez honteuse d’un ministre qui en même temps aura divisé par deux les fonds sociaux n’aura pas fait long feu.

Je veux m’en arrêter là mais pourtant tout le système Blanquer repose sur ce double jeu permanent. Manipulation assez « maligne » qui vise à faire croire que l’on « aide » le plus démuni tout en le maintenant dans sa condition en ne s’attaquant pas aux causes de manière systémique. C’est la force d’une logique qui confine à la perversion.

Un jour je reviendrai sur le leurre des classes dédoublées, des évaluations , des « stages » dits de réussite où on laisse croire que le préceptorat ferait mieux que la différenciation…

Bien sûr, je conçois qu’il n’est pas facile quand on n’a connu que le collège privé catholique Stanislas et vécu une jeunesse aisée dans un grand appartement du boulevard Hausmann de mesurer ce que c’est « un pauvre ». Ah ! on va me dire que je fais du racisme “anti-riches”. Eh bien non, les mômes du village d’Auteuil que j’ai connu par ailleurs ils en bavaient aussi, dans un autre registre, mangeant des raviolis à la cuisine avec l’employé pakistanais tandis que leurs parents recevaient dans la salle à manger, les carences affectives, ils en avaient… au moins ils mangeaient. Non, mais sincèrement, j’imagine bien que c’est plus difficile de comprendre la pauvreté quand on ne l’a pas vécue ou ressentie.

Mais peuvent-ils comprendre au ministère l’infamie pour un pauvre de n’être vu que par sa condition et non dans sa dignité ?
L’école de la République, inclusive pour tous, doit bien sûr compenser, on n’est pas dans l’uniformité, dans l’égalitarisme réducteur mais chacun doit y être accueilli de pleine et égale dignité, sans aucune forme de stigmatisation.
Quand j’étais môme en classe, outre les livres et les cahiers, chacun recevait la même boite de crayons et stylos. Au moins ça aidait y compris à mesurer la valeur des choses, car il fallait montrer au maître le crayon usé pour en obtenir un nouveau.
Le bibliobus venait à l’école. Et j’empruntais autant de livres que possible.
C’était gratuit pour nous tous, c’était structurant.
Pardon pour la minute “ancien combattant”. Mais c’est aussi grâce à l’école publique que je découvris que des copains vivaient en famille dans une seule et immense pièce. J’avais ma chambre, une baignoire à la maison. Mais on s’accueillait mutuellement. Fraternité du verre de lait et des cerises partagées.

Et je ne vous causerai pas des associations et mouvements de jeunesse tués par les amis de monsieur Blanquer.
Le pauvre est un objet extra-terrestre pour le ministre.


“Ça n’a pas d’éducation un pauvre, ça n’a pas de valeurs… ça n’a pas d’ambition, ça sait pas…

Entendons-nous bien. Si avec ce ministre nous avons touché au paroxysme de la mise en scène, de la tromperie, ses prédécesseurs lui ont bien préparé le terrain… son départ que tant espèrent ne résoudrait pas tout.

Pour confirmer la tromperie sur la marchandise, je note que le premier ministre vient d’écarter ATD Quart-Monde de la nouvelle composition du conseil économique, social et environnemental (CESE). Mais ça, c’est Castex et les pauvres !

Laisser un commentaire

Retour haut de page
%d blogueurs aiment cette page :