Auray, - Morbihan, France (Union Européenne)
site@vincentbreton.fr

Autocensure

sans honte ni orgueil

Autocensure

Écrire, c’est oser s’exposer.
Le numérique favorise le risque de laisser passer une coquille ou de céder à l’impulsion. Publier « n’importe quoi ! »

Chanter c’est pire encore.
Tout à l’heure je retrouve ce beau texte d’Aragon. Une mélodie que j’avais s’y marie. Je pensais avoir le phrasé, j’étais content. J’enregistre après plusieurs essais, j’écoute de nouveau et satisfait je mets en ligne. Trop fier le gars !

Quelques heures plus tard, j’y reviens. Et je mesure le ridicule. La chanson est en réalité difficile, faite de mots simples, elle peut laisser sombrer dans l’emphase. J’y chantais trop vite. Ridicule. Oui. Insupportable même. Vite, soustraire ! Et dépublier en espérant que peu de visiteurs y seront allés.

Par la même occasion, j’ai retiré une autre chanson sans intérêt. Nettoyer.

Ce n’est pas d’ailleurs que je trouve grande fierté dans ce que je produis par ailleurs.
J’écris des textes, des chansons comme je fais un gâteau. Pour offrir, pour faire plaisir.
Parfois l’alchimie opère. Parfois la même recette donne un salmigondis immangeable, « lourd et écœurant« .
Ou juste ridicule.
Poubelle !

Ce n’est pas très grave de se sentir ridicule. C’est juste un peu humiliant.
Parfois les gens complimentent à propos d’ une chanson, un texte ou autre chose. Ce qui m’étonne, c’est que ce ne sont jamais les choses à mes yeux importantes qui trouvent écho. Des gens peuvent apprécier des écrits ou des chansons que je trouve insignifiantes, qui ne me touchent guère et se montrer indifférents à des objets qui m’ont demandé plus de recherche, de travail, où je me suis livré.

Peut-être ai je censuré des chansons ou des textes que vous auriez aimés…

Parfois j’aimerais que l’on me dise « Pas ça ! C’est faux, c’est raté , c’est mauvais! » Mais en général les gens sont assez polis et passent à côté ou détournent le regard. Ils s’en moquent, ce n’est pas si important.

Un peu comme lorsqu’on met un vêtement moche….
Le pire c’est qu’on peut porter une horreur persuadé d’être à la mode ou de son effet !

Tout cela n’a pas beaucoup d’importance. La création c’est étrange. Le trait de génie, l’inspiration sont fugaces et ne doivent rien à l’acharnement ou au labeur. Même si elle, la création, a besoin d’un terrain bien travaillé pour surgir, d’une oreille attentive, d’une main sûre et d’une bonne paire de ciseaux pour élaguer, trancher à vif et tant pis si cela saigne.

Un jour, je serai peut être tellement en colère contre mon incapacité à maintenir la vigilance et ne pas m’autocensurer à temps que je dirai : « Stop ! Suffit !« 

Comme ce célèbre chanteur qui autrefois peintre avait un jour détruit tous ses tableaux….

Et vous me retrouverez, jonchant le carrelage de la cuisine, cette bonne paire de ciseaux dans la poitrine, baignant dans le sang de ma honte…
Car oui, on peut parfois avoir honte de ne pas être à la hauteur de ses ambitions créatrices.

Nota bene : je note vu ce qui prolifère, que nombre d’artistes n’ont honte eux de rien. Mais cela ne me console pas.

Bon dimanche !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :