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Les arbres verts d’Anne Sylvestre

Ces dernières années j’en ai perdu des voix que j’aime. C’est même l’hécatombe. Greame Allwrigth, Morice Benin, Hélène Martin, Julos Beaucarne… d’autres partis plus tôt. Anne Sylvestre est partie en novembre 2020.

Parmi les albums nombreux, tous ces cédéroms et trente-trois tours que je garde précieusement, l’un de mes préférés est “Les arbres verts”.

Il est sorti en 1998. François Rauber à la direction musicale avec ses fameux arrangements. Philippe Davenet au piano. Et même l’une des chansons mise en musique par Maxime LeForestier… Il y a la voix d’Alice Yonnet-Droux, sa fille. Parce que ça chante dans la famille…

Il suffit que je glisse ce cédé sur le plateau pour que les émotions m’envahissent. Je suppose que c’est aussi la parfaite adéquation entre ces chansons et ce que je vivais au moment où je les écoutais pour la première fois. Il y a quasiment 25 ans.

Équilibre parfait entre les mélodies et les mots.

“Habillez-moi de tous vos mots d’amour
Ceux qui sont perdus,ceux dont on a honte..”

Chacune de ces chansons m’est précieuse, une sorte d’arc en ciel sous la pluie qui va de la tendresse aux rires en passant par les larmes. “Le carnet de tickets” qu’on nous donne pour le grand voyage… “Le petit caillou des rêves” qu’on tient au creux de sa main ou ce “bonheur incompréhensible” où se mêlent les odeurs sur le chemin du retour à la maison. Elle ne cachait pas qu’elle “f’sait la gueule” surtout si on voulait lui imposer une “grande balade”.

A force de mélancolie
On peut apprendre le désert
Ne pas regretter ses folies
Et cultiver ses arbres verts
Ses arbres verts”

Et toujours les personnages comme “le lanceur de couteaux”. “D’accord on est pas des primeurs” avouait-elle… puis laissant soudain l’humour pour un “J’attends” qui décrit si bien cette attente amoureuse. “Je ne connais rien de plus tendre qu’attendre…

Comment cette “reine du créneau” parvenait-elle à nous toucher à l’intime, nous remuer les sentiments et nous révéler ainsi à nous même mieux qu’une thérapie chez le psy ?

Oui, “vous me trottez dans la tête” Madame Anne et souvent des couplets, des bribes de chansons se glissent dans mon quotidien, au détour d’une promenade, lorsque je rêve ici, attends ailleurs…

Bien sûr on a “des vieilles douleurs”. On s’en accommoderait presque, c’est pareil pour le cœur. Mais elle terminait l’album avec “une java des assédiques” où elle osait dire son mot si on on l’énervait.

Voilà. L’album vient de se terminer. C’est le silence dans la maison. Le soleil traverse la pièce.

Ce qui est merveilleux avec les chanteurs, même s’il craque un peu, c’est le disque qui reste.

Je laisse encore passer ce flot de musique, de mots, la voix, la clarinette… La lumière dans les arbres verts et cette rivière qui me traverse. Je suis encore vivant. Et si je suis ce que je suis c’est aussi grâce aux chansons d’Anne Sylvestre. Une sorte de fée pudique, parfois sorcière, gardant sa distance, mais visant juste.

Un peu comme lorsque te faisant masser, des doigts amis touchent un petit nœud de douleurs, puis sachant le délier te donnent ce bonheur que tu n’imaginais même pas.

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