Je ne connais pas l’ennui

Publié le Catégorisé comme réflexions
la pluie
« Rain Raining » par Negative Space/ CC0 1.0

Je ne connais pas l’ennui. Je ne l’ai pas connu enfant, je ne l’ai pas connu adulte. Je l’ai mesuré entendant un ami au téléphone se plaindre de s’ennuyer. Ben non, moi jamais. Je trouve les journées trop courtes et rapides. Et je m’inquiète un peu de manquer quelque chose quand je lis qu’il y a des bienfaits dans l’ennui !

« Charlotte Perkins Stetson Gilman » par Ellen Day Hale, 11 Feb 1855 - 10 Feb 1940/ CC0 1.0
« Charlotte Perkins Stetson Gilman » par Ellen Day Hale, 11 Feb 1855 – 10 Feb 1940/ CC0 1.0

Des gens ennuyeux ? Des livres ou des films ennuyeux ?

J’ai souvenir de personnes dont l’univers vide, l’inactivité ou le poids des routines absentes de sens me mangeaient toute énergie. La rêverie prenait vite le dessus… La contention des horaires, les repas assommants… oui là, j’ai pu m’ennuyer surtout de l’impatience que j’avais de pouvoir courir vers autre chose, découvrir un nouvel horizon, retrouver un ami qui allait m’enrichir d’une expérience, d’un partage…

Souvenir d’un petit cousin qui n’avait pas peur de crier à sa mère : « Alors on s’en va quand ? Je me fais ch… ici ! »

Le pouvoir sédatif de la télévision est supérieur à toute potion. L’écran berce ma fatigue. Il faut vraiment que l’émission soit bonne pour que le sommeil ne s’empare de moi… Mais dormir ce n’est pas s’ennuyer, c’est vite rêver !

Parfois un livre peut-être rasoir. Ce n’est pas le bon moment ou il est mauvais. C’est de l’impatience que j’éprouve encore. Il m’est arrivé de quitter des salles de cinéma. Je n’aime pas être captif… mais je conçois qu’il faille parfois se faire douce violence : cette jeune fille ennuyeuse n’était que timide, ce roman méritait qu’on passe les cinquante premières pages…

Dans la salle d’attente, je ne m’ennuie pas. J’ai toujours des choses à lire ou à penser… ou observer.

Dans les faits je me sens parfois captif, mais c’est juste cela que je peux nommer ennui. Captif parce que j’ai l’impatience d’autre chose à faire… Je ne connais pas cet ennui où comme le disent certains enfants « j’sais pas quoi faire ! « 

Môme j’avais les livres, les copains, les cabanes, les bêtises… l’imagination et tôt le matin j’étais – et suis encore – debout avec la belle liste des mille choses à faire et qui en général m’amusent plutôt, même les plus ménagères… Je m’ennuie encore moins seul qu’accompagné. Il y a toujours une chanson qui s’apprête à couler, un texte qui demande à être écrit, un roman à être lu…

Savoir perdre un peu de temps

Je ne me condamne pas à l’action, au temps utile, à la rentabilité. Je peux jouer à des jeux idiots : plaisir de l’addiction et de pouvoir penser, divaguer…

Mais je ne m’ennuie pas quand je rêvasse…

Si je suis bien accroché à mon balai, concentré, je pense à ce que je dois faire ou des idées neuves surgissent…

Il faut s’accorder des temps sans objet particulier, non pour s’ennuyer, mais pour laisser la pensée respirer, voir ce qui va émerger. C’est le miracle de la douche où passé le bonheur de se délasser, des pensées viennent à propos de choses à faire, à inventer…

J’ai parfois peur que mon chien s’ennuie

Galou

Tout à son présent, mon chien s’ennuie-t-il ? Parfois je le contemple au jardin, dans l’inaction. Et je m’inquiète de lui fournir du jeu ou des balades dont il est toujours friand. Je suppose qu’il se sentirait triste d’être seul ou abandonné, c’est plus un besoin d’interactions et une difficulté pour lui de s’imaginer des activités…

Était-ce l’ennui qui le conduisait plus jeune à vider la poubelle et les placards ? Non plutôt le manque.

On peut avoir un manque amoureux, ou amical, « je m’ennuie de toi »... Certains couples fusionnels sont incapables de faire des choses seuls… Souvent j’ai vécu l’inverse… le couple pouvant dans sa routine conduire à l’ennui… S’ennuyer peut-être un signe de manque d’autonomie…

Repos forcé

Une journée où je dis que je ne fais rien, je fais en réalité mille choses. Vous ne me verrez pas à la grasse matinée ou encore moins passer la journée à ne rien faire, de ces choses qu’on ne choisit pas…

De temps à autre je tente de me forcer. C’est dimanche ! N’écris pas… Ça tient rarement car alors les idées surgissent et j’écris dans ma tête.

Être aux choses qu’on fait dans la qualité

Il m’arrive de céder à la facilité : scroller sur un réseau social, regarder une série niaise. C’est bon un temps mais très vite le besoin d’activité qualitative ou enrichissante va reprendre le dessus.

Je vois des enfants aujourd’hui qui méconnaissent tout ce qu’on peut imaginer faire dans un jardin. S’ils ne lâchent pas les écrans c’est juste qu’ils ne connaissent pas la puissance des histoires à lire ou inventer au fond du jardin. Gamins, nous menions nos explorations, prenant du champ d’avec les adultes et nous expérimentions de vrais jeux de rôles, concrets, permettant à notre imaginaire de trouver un débouché… alors, ayant goûté à cette richesse, nous y revenions et développions encore ces univers que nous inventions et renouvelions nous mêmes…

Pour ne pas s’ennuyer peut-être faut il garder cette âme d’enfant qui conjugue jeu et rêverie ?

La prudence

Celle qu’on doit avoir, quand on veut changer sa vie, tient tout de même à la nécessité d’éviter de saturer l’espace. Il ne s’agit pas d’emplir tout moment de la journée. Il s’agit encore une fois de se laisser choisir et de goûter la plénitude du présent qui donne mille choses à voir et ressentir…

Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

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