Votre journée fut-elle poétique ?

Publié le Catégorisé comme changer de vie
Belcastel

On vous demande parfois si ça va. Mais vous demande-t-on : votre journée fut-elle poétique ? En voilà une question incongrue, limite provocatrice. Vous l’avez peut-être trouvée bien prosaïque, voire merdique, épouvantable, banale ou longue cette journée, alors poétique…

On ne vous demande pas si vous avez écrit un poème ou eu la chance d’en lire un

Aujourd’hui j’ai relu le merveilleux poème d’Adrian Miatlev, « Ravages délicats ». Il faudra retrouver la chanson chantée que j’avais inventée… sa nièce l’avait repérée, amusée.

J’avais pensé à ce poème en réponse à un message condescendant trouvé sur un réseau social…

Je n’ai pas à réfléchir, chaque jour j’ai la chance de pouvoir lire un poème. Cela fait beaucoup du bien, aide à respirer, élargir l’esprit. Une forme de méditation… Si vous le pouvez, lisez un poème par jour. On en trouve partout… Vraiment ça fait du bien pour pas cher et devrait se pratiquer à tout âge… dans chaque classe… C’est tellement devenu une habitude que je n’ai pas à me dire « je vais lire un poème ». Le poème vient à moi. Presque tout seul. Un souvenir qui remonte ou bien je passe devant la bibliothèque ou je me perds chez un libraire… où les rayons de poésie sont de plus en plus exigus, confinés, reclus, exclus…

Je n’ai pas écrit un vers. Je n’écris pas sur commande. Je ne m’assois pas à la table pour dire, « tiens je vais faire un poème » comme je ferais une tarte aux pommes. Il y a des jours où ça ne vient pas, des jours qui peuvent durer… Ou parfois une phrase tourne dans la tête, vient se cogner au front comme une hirondelle perdue se cogne à la vitre. Il faut écrire. Mais ça ne se commande pas.

Une journée poétique ne suppose pas de lire de la poésie ou d’en écrire…

Des morceaux de poésie dans le prosaïque

Corvée de lessive, d’aspirateur, de vaisselle à ranger… pour digérer la chose, un café noir sur le rebord de la fenêtre, je laisse Jean-Sébastien Bach rythmer la manœuvre. C’est poétique. Concentré sur la poussière, le balai à la main, la tâche n’est guère exaltante. Mais on peut se récompenser du fil de soleil qui s’insinue et fait des reflets, de l’ordre et de la propreté qui reviennent pour dessiner une jolie journée… Il y a des messages bizarres dans toutes ces traces que nous laissons, que nous effaçons et nous rangeons, lutte sans fin.

Quand je fais mon ménage, je ne tue plus les araignées, je les évacue avec délicatesse, leur laissant la chance de ne pas se geler les pattes… Préservons la vie.

Ou bien, je laisse les sensations passer dans les chiffres des factures. Le compteur électrique s’envolerait vite, alors, je le fais ployer avec un peu d’austérité. C’est pas si drôle cette affaire. Je ne suis pas pauvre, je tiens mes comptes, alors ceux qui ne peuvent plus payer… La poésie ne nie pas les malheurs du monde, pas plus les siens domestiques que les catastrophes en cours ou annoncées. La poésie est solidaire.

La poésie vote pour la vie.

Je ne suis pas resté à écouter les commentateurs, ceux qui promeuvent le scandale comme un enfant détourne la conversation. Ne pas parler de la vérité, du réel, ne pas y aller vraiment, ne pas dire, ce n’est pas la poésie qui le fait. C’est le buzz, l’impéritie, le clientélisme, le chiffre d’affaires, la pub, le score, les followers, les sondages… Les fausses urgences qui masquent la nécessité non pas de réparer mais de faire autrement, regarder autrement… La poésie sait très bien ce qu’il faut faire. Si on la laissait gouverner, elle ne se tromperait pas longtemps, ou en tout cas, elle ne se laisserait pas commander par la chanson du progrès… ou de la croissance, ou de la course, ou de la compétition… qui ne sont que des promesses de guerres ajoutées.

Je voulais préparer ou avancer sur différents projets, je n’ai pas tout traité, loin s’en faut… Comme il y avait du soleil, comme les chasseurs ont rangé leurs fusils, nous avions besoin d’air avec Galou…

Une escapade poétique

Ce n’est parfois qu’un instant. Quand je travaillais, je m’arrêtais, je volais au moins un moment, le temps d’une cigarette que je ne fume pas, là près d’un monument, ailleurs si je trouvais une plage, une place, un square, une cour, une rue avec un pot de fleurs, un ruisseau, une flaque, un brin d’herbe entre deux plaques de ciment… On trouve toujours un univers dans l’univers pour s’accorder un temps même infime, pour soi, un moment où l’on guette dans le réel un signe, une alliance, une respiration, le souffle de la vie…

Avec le chien nous ne sommes pas privés… nous avons il est vrai une jolie chance.

Grimpés sur le causse nous avons pu voir la mousse blanche de la neige sur les montagnes au loin. Je ne sais pourquoi, je pensais au Japon.

Dans cette escapade, je n’étais pas à me dire que je vivais un fabuleux moment poétique, mais avec le chien nous étions pleinement dans le présent de la marche. Il ne sentait pas trop sa fatigue de vieux chien. Il cherchait les sentiers, humait quelque passage dans pierres et goûtait le paysage…

Maisonnette sur le causse

Il y a toujours des surprises possibles, toujours un lieu qui se prête à l’admiration. Et c’était là… Il suffisait de se laisser porter…

Peut-être avez-vous eu la chance de pouvoir vivre une escapade poétique ?

Prendre soin

Prendre soin de soi, prendre soin d’un autre, appeler l’ami, répondre aux questions d’une personne qui demande des conseils – non, non, je ne donne plus de conseils, j’accompagne un peu, parfois, librement…

J’ai dans la tête des projets. Comme des plantes qui germent encore à l’abri car malgré le printemps, il peut faire froid.

Dans une journée poétique, il faut oser se réserver aussi des moments de soin…

Je ne vous ai pas dit que j’ai passé du temps à apprendre en écoutant Aurélien Barreau, relisant quelques passages d’Edgar Morin… Ai-je vraiment crée aujourd’hui ? En tout cas, j’ai semé.. ai-je transmis ? Vous seul-e le savez… mais si je fais le bilan comptable poétique, oui, cette journée a été poétique…

Non pas fait que de joies, non pas en indifférence aux troubles, au contraire, mais en lien au souffle de vie, cette vie étonnante, hautement fragile, hautement présente et qui ne demande qu’à s’exprimer pour peu qu’on ne trompe pas de priorité…

Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *