Niquer la fatalité. Oui, mais !


une femme se parfume en s'envoyant le parfum dans le visage - image libre de droit

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3–5 minutes

Cette fois je peux citer le spectacle. « Niquer la fatalité, Chemin[s] en forme de femme » d’Estelle Meyer est un moment à part, poétique et touchant. Hélas, l’autrice manipule le public et ça, c’est détestable.

Objet théâtral non identifié

Ce n’est pas une pièce de théâtre, ce n’est pas un concert, ce n’est pas un One Woman show. Estelle Meyer a écrit, conçu et interprète seule ce spectacle original où elle convoque la mémoire de Gisèle Halimi.

À la mort de l’avocate, elle a découvert son œuvre. Elle a trouvé l’avocate plus moderne qu’elle. En écho à l’histoire de Gisèle Halimi dont elle reprend des épisodes souvent très connus au risque de paraître scolaire, Estelle Meyer prend le risque de mêler sa propre vie au plus intime.

Elle construit avec l’avocate un habile dialogue où un même corps porte les deux femmes.

Estelle Meyer déploie son énergie par le verbe, une certaine emphase, un réel lyrisme, une vraie poésie, la danse et le chant. Auprès d’elle, présents et s’effaçant parfois, on entend au piano et au clavier, Grégoire Letouvet et face à lui la batterie et les percussions de Pierre Demange.

Le viol

C’est un spectacle où l’on ose parler du sexe de la femme. C’est plus que rare. Il se montre presque, se détaille, se raconte à l’intime. Ce moment où l’enfant devient femme. Au temps de Gisèle Halimi, il fallait cacher les règles honteuses.

Estelle Meyer raconte sa vie, l’énergie, les espoirs. Celui avec lequel elle a vécu sa « première fois » et qui va plus tard exercer sa domination, sa violence, pour finir par la violer.

Et ce mot de viol qu’elle mettra bien plus tard sur cet évènement irréparable.

Elle rappelle le rôle déterminant de Gisèle Hamili dans la criminalisation du viol.

Ce sont des moments terribles et bouleversants, les plus forts du spectacle.

On devrait diffuser largement partout ces passages. Aux garçons surtout.

Moments très forts et rares où l’artiste parvient à dépasser le narcissisme pour se livrer vraiment. Ces quelques minutes valent de voir le spectacle.

Et le consentement du public ?

Je déteste qu’on invective le public pour lui demander si ça va, et les « ça va Figeac ? » Toujours le sentiment qu’on vient parler à des ploucs de la France profonde. Ce reproche, j’avais eu à l’exprimer aussi lors des spectacles précédents. Quand je suis spectateur je veux pouvoir vivre mes émotions, applaudir si je suis content, sans infantilisation. Accessoirement, je suis prêt à tout voir et tout entendre mais qu’on me foute la paix d’une certaine façon.

J’exècre qu’on vienne solliciter des applaudissements, qu’on fasse se lever les gens. Dès le début du spectacle, Estelle Meyer vient dans le public et il faudrait que les gens se saluent comme à la messe. Plus tard, ça vire au cauchemar du stage de développement personnel avec des invitations à l’auto-massage. Quel moment ridicule !

Non seulement je refuse d’obéir à la moindre de ces injonctions, je ne suis pas un pantin, mais je vois atterré comment le public se laisse faire. En mon fort intérieur, je me suis immédiatement dit que ce public de bourgeois bien pensants était donc prêt pour l’arrivée du Front National. Oui, ça m’a mis en colère !

C’est très curieux de parler du consentement dans son spectacle et de profiter de son ascendant d’être sur scène pour manipuler les spectateurs. On se croirait dans les pires émissions de télé.

J’ai lu je ne sais où, qu’Estelle Meyer animait des stages. Eh bien moi, je ne veux ni prêtre, ni cheffe, ni chef, ni coach. Donc je vous prie de croire que je suis resté assis et que j’ai refusé mes applaudissements à ces moments là.

Un spectacle hétéronormé

Féministe et c’est bien, Estelle Meyer veut se montrer optimiste et croire à la réconciliation des deux sexes. Elle évoque même le possible d’un homme féminin…

J’ai tout de même été dérangé par la vision qui m’a semblé réductrice d’une séparation entre les sexes dont la représentation de l’autrice paraît figée. C’était comme si tout un pan était silencié ou réduit aux organes génitaux évoqués à plusieurs reprises dans le spectacle. Féministe oui , conformiste aussi, mais ça c’est l’époque…

Et Gisèle Halimi ?

Ma mère l’appréciait et le me fit la découvrir très tôt. Halimi ne se laissait pas faire et avait appris dès l’enfance à désobéir, à imposer sa propre conduite y compris à son père.

C’est exactement ce qu’on devrait apprendre à chaque enfant, à être désobéissant ou en tout cas, ne faire que des choses consenties, comprises et apprises pour gagner chaque jour de plus en plus d’autonomie.


Comme de nombreux pans de la société en pleine crise de mutation, comme la politique, le théâtre doit se réinventer. J’espère retrouver un jour la joie d’un spectacle que je pourrais quitter enrichi, touché et apaisé. C’est quand même ennuyeux de rester déçu malgré quelques beaux moments…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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