La question première est déjà de savoir ce que l’on veut faire. Il ne s’agit pas de faire pour faire mais de faire pour nous augmenter, nous épanouir y compris en prenant soin de soi et d’autrui. Peut-être faut-il regarder dans ce que nous faisons déjà s’il y a une intention. Ensuite, repérer les obstacles que nous posons-nous mêmes, par peur de l’incertitude, notamment pour éviter que les choses ne s’alignent et que nous puissions tracer notre chemin. Lever les obstacles, fluidifier et créer les conditions de nous plonger dans le « flow » en libérant notre énergie créatrice voilà le premier « travail » pour que la « magie opère ».
Elle veut écrire un roman
Elle me dit qu’elle veut écrire un roman. Elle cherche un sujet. Elle a trouvé sur Internet des académies et des formations, elle me demande laquelle choisir. Les modes d’emploi ne manquent pas. Mais « ça ne vient pas ». Elle tente de planifier, de préparer des fiches. Ce qu’elle écrit reste scolaire et elle s’ennuie déjà.
Une écrivaine ou un écrivain ne peut s’empêcher d’écrire. Si certains planifient, il s’agit de se lancer. Il n’y a pas d’écriture qui se pense autrement que par le geste d’écrire et de se confronter au réel du développement sur la phrase. Un personnage imaginé prend de l’ampleur, un autre s’avère sec et disparaît. Une relecture réorganise le texte et le tapuscrit sera prêt quand tout semblera aligné, cohérent.
Parfois, l’impétueux besoin de raconter une histoire surgit. C’est l’apparente magie d’une inspiration qui est en réalité le fruit d’une maturation, un fruit nourri d’expériences, d’explorations, de rencontres.
Il faut se rendre disponible à son projet, accepter de se laisser surprendre. Écrire c’est comme danser. Il faut se lancer.
Le danseur a beau théoriser son geste, celui-ci ne prendra forme qu’en actes, dans la confrontation dynamique du corps et de l’esprit dans un espace et un temps donnés.
Les apprentissages, l’agilité acquise lors des essais et des entraînements sont des facilitateurs.
De très belles improvisations sont nées d’une capacité à relier son expérience passée à une projection.
Et puis parfois, « ça ne vient pas », ce n’était pas le moment.
Le projet qui va naître à l’intime ne peut être suggéré par autrui. Le coaching extérieur n’est qu’un leurre s’il ne vise pas à émanciper la personne. Le projet qui me mobilise, je pressens qu’il va m’engager dans une création nourrie de mes apprentissages antérieurs, mais il va m’enseigner sur moi-même, il va m’engager dans une exploration qui va m’augmenter c’est-à-dire m’ouvrir de nouveaux territoires intérieurs. Je vais me sentir « enrichi » de cette expérience créée et encore plus enrichi si je partage cette expérience au lieu de la garder pour moi. Un « bon » projet fait du bien à soi et autrui.
Quelle intention mettons-nous dans ce que nous faisons ?
Les reines et rois de la procrastination savent se trouver mille diversions pour ne jamais entrer dans le vif du sujet. Parmi ces diversions, il y a ces choses que nous faisons par habitude et que nous plaçons plus ou moins consciemment dans notre emploi du temps pour nous empêcher de faire ce qui serait autrement plus important.
Quelle intention quand nous nous rendons sur un réseau social, allumons notre télévision, lisons nos mails au bureau dès que sonne la notification, programmons nos rendez-vous, remplissons des tableaux, contrôlons ?
La question est de pouvoir se relier à son présent. Ce rituel me permet-il de mieux vivre l’instant ou fait-il diversion ?
À quel moment nos repères empêchent-ils la rencontre ?
E me racontait hier comment il avait été déçu parce que son ami de l’époque était rivé à ses rituels – l’heure de la télé, celle du repas… – alors qu’il attendait un échange, une attention, lesquels ne pouvaient avoir lieu.
Pour rencontrer autrui, il faut savoir être disponible.
Les obstacles
L’impéritie est un piège. Mais comme le souligne Fabrice Midal dans La Magie de l’Ordinaire (Pocket), la planification en est un autre. À tout vouloir contrôler ou planifier, on s’empêche la véritable découverte. On fait du « tourisme » sur des chemins balisés, on ne voyage pas, on ne rencontre pas. Les circuits ne montrent pas de l’inattendu mais « ce qu’il faut voir » dans une idée déjà préconçue.
Savoir naviguer
La question est de savoir naviguer, reconnaître le bon moment.
Une artiste qui a réussi sa carrière (si tant est que le terme soit adéquat) a su non pas dire qu’elle voulait se trouver en haut de l’affiche, mais reconnaître les opportunités dans ce qui se présentait. Non pas comme une ascension mais comme un cheminement.
Dans ma carrière professionnelle, je n’ai jamais imaginé une ascension, mais des choses nouvelles que je pouvais explorer parce qu’elles se présentaient à moi grâce à mon expérience passée. Des opportunités sans opportunisme.
Quand j’imagine ce site, ce que je recherche, ce n’est pas la notoriété mais à créer un espace cohérent avec mes valeurs où je puisse apprendre, créer, partager en prenant soin de respecter mes valeurs et de respecter autrui.
Le bon alignement pour plonger
Regardez celle ou celui déjà sur le plongeoir qui va se lancer. Même recommencé chaque plongeon est unique. Pour plonger, un certain nombre de conditions doivent être réunies. Quand ce sera le moment, alors celle ou celui qui plonge devra être pleinement à son geste. Mais le plongeur ou la plongeuse ne reste pas indéfiniment sur le plongeoir à peaufiner ce qu’iel va faire.
Celle ou celui qui chante, l’artisan qui conduit la scie, l’écrivain qui écrit sa phrase : chacune ou chacun doit être à ce qu’il ou elle fait. Uniquement à cela et le temps s’abolit alors.
Mon ami le flow
Pour réaliser un projet, il faut créer les conditions pour se mettre dans le « flow ».
Un peu de savoir assez automatisé pour s’en libérer, une disponibilité de l’esprit et du corps pour s’engager.
Il faut à la fois se montrer disponible et reconnaître quand c’est le bon moment.
Sans s’enfermer dans le préjugé, il faut savoir reconnaître parfois qu’on n’est pas au bon endroit ou avec les bonnes personnes, qu’on n’est pas en cohérence avec ses propres valeurs notamment si pour parvenir à ses fins on se fait souffrir ou on fait souffrir l’autre. Alors, ce n’est plus son propre projet, c’est un projet attendu ou voulu par autrui.
On parle parfois de mauvais choix, de faute. D’aucuns invoquent le droit à l’erreur. Il serait mieux de penser cela en termes d’essais. On essaie quelque chose et si « ça colle » si c’est cohérent, alors on le verra, cela apparaît toujours non comme une évidence mais une sorte de révélation. Mais un projet réussi n’est jamais un aboutissement, il doit permettre déjà la naissance du prochain.

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