Résister (Salomé Saqué)


Résister - la couverture de l'ouvrage de Salomé Saqué chez Payot

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3–5 minutes

L’édition de 2024 s’était vendue à plus de 400 000 exemplaires. Celle de 2026 revue et enrichie, éditée chez Payot se trouve pour 5 euros. L’ouvrage qui se lit vite, précis et documenté, peut constituer une piqûre de rappel utile pour celles et ceux qui auraient oublié comme pour celles et ceux qui voudraient trouver des informations utiles pour ne pas se tromper ou se laisser faire en 2027.

Ne pas s’habituer

Si ses représentants ont dorénavant leur rond de serviette dans les émissions de télévision, si face à eux sous prétexte de neutralité les journalistes se montrent souvent bien timides, l’opuscule nous rappelle les raisons qui font qu’il n’est pas possible de banaliser l’extrême droite et ses dangers.

Je rappelle souvent que si Marine Le Pen avait vraiment voulu rompre avec le Front National, elle n’aurait pas repris le parti fondé par son père. Elle aurait quitté ce mouvement et en aurait crée un autre.

Le RN parle beaucoup de racines, d’identité. Et il suffit de regarder qui fonda le FN pour être inquiet. Les liens n’ont pas disparu.

Trump et ses adeptes dans le monde

Les Français qui se plaignent sans cesse du prix des carburants aujourd’hui savent que les augmentations récentes sont notamment la conséquence de la guerre imbécile et mortifère de Trump contre l’Iran. Je me souviens très bien du soutien direct apporté par Bardella au milliardaire américain comme dans un autre registre de celui de Marine Le Pen à Orban.

Trump est aussi celui qui s’en prend à la recherche, aux universités, aux connaissances, qui nie le réchauffement climatique etc.

Le livre évoque l’internationale de l’extrême droite.

Il y aurait certainement à développer ces aspects comme les liens avec les grandes fortunes.

Quand la tolérance devient laxisme

Il y a le lexique qui glisse et se trouve repris et banalisé. Le moment où la tolérance nécessaire et le droit d’expression laissent passer. On entend à droite, au centre, parfois à gauche des propos nourris du rejet d’autrui. Certains pensent que pour contrer l’extrême droite il faudrait reprendre son discours et la devancer. C’est une erreur et une grave responsabilité.

Vigilance

Il faut une vigilance de tous les instants, sans pour autant s’exposer outre mesure dans un monde où le flot d’informations peut vite nous saturer, nuire même à la prise de recul nécessaire. Il importe de ne pas penser par exemple que parce qu’on serait « un français mâle éduqué de la classe moyenne », on ne serait guère concerné par les conséquences de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite.

Le RN a plus voté avec la droite et le gouvernement que contre. Cette réalité renverse l’idée d’un parti « anti-système ». Nonobstant, si le RN fait le choix de défendre le système économique actuel, contrairement à ses assertions, il fonde aussi sa politique sur la précarisation des plus faibles et de l’autre. C’est d’ailleurs un versant qui manque un peu dans l’ouvrage de Salomé Saqué : le programme de l’extrême droite n’aiderait pas les défavorisés y compris dits « nationaux » à progresser.

Résister ?

Parmi les pistes de résistance, l’ouvrage en propose plusieurs dont l’appel à la créativité.

Il est désolant de constater que la gauche, LFI comprise, ne réussit pas à élaborer une alternative constructive dynamique qui propose d’abord une démarche pour favoriser le lien social, la solidarité en énonçant clairement ses valeurs et leur intérêt pour la collectivité comme les individus.

La droite dans son ensemble, « centre » compris, se compromet en tentant de jouer le pire pour sauver ses meubles. Il ne s’agit pas de courir derrière l’extrême droite en tentant de s’approprier ses thèmes pour résoudre les difficultés. Vouloir ajouter chaque matin une nouvelle loi répressive quand un problème se présente est la course à l’échalote vers la privation progressive des libertés de la population toute entière.

Résister c’est à la fois dire en quoi l’extrême droite est un danger pour le pays, que le RN est hélas clairement d’extrême droite et que jamais à aucun moment, nulle part dans l’Histoire, celle-ci n’a permis le progrès.

Dans un monde interrelié, ouvert, interdépendant, prétendre à la possibilité du progrès par l’autarcie est une bêtise crasse. « Seul on va plus vite (pas sûr), ensemble on va plus loin » dit l’adage.

Quand les feux de forêt dévastent le pays, les images de solidarité devraient démontrer clairement qu’on ne peut s’enfermer dans l’indifférence ou le consumérisme.

Cela suppose que l’on promeuve d’autres modèles, que l’on rappelle les vertus de la coopération. Mais pas seulement une coopération réduite au voisinage immédiat. La puissance européenne, celle d’un État, des collectivités assurant réellement leur rôle notamment en anticipant les crises, en régulant les équilibres dans la société, tout cela devrait être mis en avant comme des réponses utiles pour la collectivité, comme chaque individu.

Résister, c’est ne pas se laisser entraîner dans la facilité du ressentiment, des anathèmes et des réponses binaires.

Le petit ouvrage de Salomé Saqué, a le mérite d’inviter à une posture résolue qui ne se limite pas à « faire barrage » pour faire barrage.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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