Quelle intention donner à mon quotidien ?


Composition 22

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9–14 minutes

Cette question de l’intention , je peux la considérer d’un point de vue philosophique, moral, éthique, social ou du point de vue du développement personnel. Style de vie, la volonté de donner du sens à ce que je fais touche étroitement le quotidien. Chacune, chacun peut ainsi lire son quotidien au prisme de l’intention portée au présent, c’est à dire la façon d’habiter son présent…


L’intention au fil des âges

Je crois profondément que tout enfant à soif d’apprendre, c’est à dire possède une curiosité qu’il faut certes stimuler mais ne demande qu’à s’exercer en explorant par les sens, en comparant (c’est pareil/pas pareil), en repérant les effets de son action propre (transformation dans l’espace ou le temps…) et en mettant des mots là-dessus. Comme tout ne peut s’apprendre ou se redécouvrir par soi-même, nous avons besoin d’interactions. Observer l’autre, l’imiter, essayer à son tour, se sentir en confiance pour le faire et inventer sa propre approche « experte » sans se limiter à reproduire une méthode, c’est pouvoir donner du sens à sa vie, s’y sentir « agissant »et tout en prenant sa place, pouvoir s’émanciper. Dès que le petit enfant a appris à marcher seul, il déteste qu’on le tienne en laisse et veut explorer le monde. Il possède aussi le goût de la liberté, l’envie d’explorer…

Dans notre monde occidental, obsédé par le sur-contrôle nombre d’adultes veulent tout savoir des faits et gestes de leur enfant. Sous prétexte de protection, ils continuent d’alimenter la dépendance et s’étonnent ensuite de la difficulté de leur enfant à se débrouiller et se projeter.

Petit garçon je mis beaucoup d’énergie à apprendre à lire. N’en déplaise aux puristes adeptes de la méthode syllabique, j’ai appris à lire par le « c’est quoi ça » c’est à dire en demandant la même lecture de textes déjà connus, puis en repérant parfois des erreurs, en faisant le lien entre l’énoncé oral et le mot, en cherchant le pareil du « pas pareil » et par comparaisons et répétitions successives, j’ai su être assez bon lecteur pour qu’on me propose de sauter le cours préparatoire. Lorsque je me retrouvai à cinq ans et demi dans « l’école des grands », je fus fort déçu. Non seulement on s’y ennuyait mais le maître était bête et méchant. Je continuais à me gaver de lectures à la maison, c’était ma chance de pouvoir le faire, d’interroger les adultes sur tout et n’importe quoi et je me tournais alors avec passion vers les amis, les jeux, le jardin. Je lisais un album où un petit garçon partait en Afrique avec un avion fabriqué de ses mains, j’allais à mon tour chercher planches et cartons pour tenter de fabriquer une machine volante. Peu importe le fait qu’elle ne vole pas (heureusement d’ailleurs) mais j’étais pleinement dans l’action pour m’approprier l’état d’esprit du héros de mon histoire. Car dans cette histoire, ce qui comptait au delà du récit, c’était l’incitation à se rêver un projet mais surtout à passer à l’action. Même naïves j’ai toujours adoré ces histoires d’enfants se construisant des cabanes, transformant leur vélo en vélo-taxi pour gagner leur vie, partant en voyage pour explorer le monde… Ces contes, ces albums, ces romans, je les jouais et les vivais avec intensité avec mon ami d’enfance. Nous étions pleinement dans le « flow » de notre jeu, non seulement cela renforçait notre amitié, mais nous développions nos capacités d’imagination, notre mise en situation dans des aventures qui étaient toujours pleines de bons sentiments et de fraternité.

Cette flamme, il serait bien que les adultes ne la tuent pas chez leurs propres enfants et qu’ils aillent aussi de temps à autre, rallumer la flamme de leur enfant intérieur, ce petit soldat nu, sans uniforme, mais vaillant et plein d’espoir !

Adolescent, j’ai tenu grâce au théâtre. Là aussi, il y avait un va et vient entre les petites pièces que j’inventais et la troupe de copains qui allait jouer ensuite. Aux sensations de l’enfance, j’ajoutais les émotions et les troubles de l’adolescence, je surinterprétais certainement de petits évènements, le cerveau était en ébullition. La contrainte de l’emploi du temps, l’absence de maîtrise sur des contenus qu’on nous déversait souvent de façon assez ennuyeuse, le poids du déterminisme social… C’était difficile. Personne ne s’intéressait à nous. Vers douze ans, je refusai même d’aller au collège, c’était avant de découvrir le théâtre. Tout cela aurait pu mal finir.

C’est au lycée que j’appris à me projeter. Mais à 17 ans, j’étais furieusement sérieux. Je voulais être autonome financièrement, alors je renonçai à une proposition « artistique » pour un concours d’instituteur. Au moins, je savais que je comprenais les enfants et les voir apprendre me plaisait bien. Je voulus leur offrir tout ce que je n’avais pas reçu en classe (à l’exception d’un maître chouette) c’est à dire des encouragements, la possibilité d’apprendre en se trompant sans risque, de devenir autonome et choisir le plus tôt possible. « Vous n’êtes pas sévère mais vous êtes exigeant » avait dit Rodolphe, un de mes élèves devenu éducateur m’a-t-il dit à l’époque « parce qu’il voulait faire comme moi« .

Je ne le disais pas, mais je mettais de l’intention dans ce que je faisais même si sur nombre de sujets j’ai pu me laisser manger par les emplois du temps, le confort des habitudes ou me laisser influencer par mes rencontres.

Quand bien plus tard, je perdis dans des circonstances aussi brutales que dramatiques la personne que j’aimais, il était parfaitement impossible de chercher ou donner un sens à ce que je vivais. Je faisais pour ne pas mourir. Tout le monde ne dispose pas de la possibilité d’avoir une intention pleine sur ce qu’il ou elle fait surtout quand les accidents de la vie sont trop durs. Ce que je veux dire ici, c’est que celle ou celui qui ne parvient pas à prendre ou garder toujours la main sur le cours de sa vie, ne doit pas se sentir à côté de la plaque. Il y a des choses qu’on fait sans réfléchir, des choses parfois inutiles mais qui aident à tenir avant de passer à la phase suivante…

Puis vient le moment où l’on souhaite à la fois s’alléger du superficiel et mieux investir ce qui compte au regard de ses valeurs. Ce n’est pas égoïste car si l’on est plus et mieux présent à ce que l’on fait, on sera plus présent y compris pour les autres. Quand j’étais inspecteur, les cocktails où les notables bavassaient des méchancetés les uns sur les autres m’ennuyaient. J’y faisais des apparitions discrètes et brèves. En revanche, je passais le temps qu’il fallait dans les entretiens professionnels en ne me limitant pas aux contrôles de conformité mais en passant beaucoup de temps à demander aux personnes que je rencontrais d’élucider leur pratique pour moi-même mais en réalité surtout pour elles mêmes. L’idée au fond c’était toujours la même : « quelle est votre intention quand vous réalisez ce geste professionnel ? comment la motivez-vous ?  » Et l’on découvrait souvent que les objectifs de l’enseignant n’étaient pas partagés avec ceux des enfants…

« Tu es libre maintenant ! » C’est ce que l’on m’a dit. Je n’aime guère le mot de « retraité ». Mes journées sont trop courtes pour faire tout ce que j’aimerais et elles ne se réduisent pas à enchaîner mes « loisirs » préférés. En revanche, j’ai certainement plus de latitude pour interroger mes choix. Être plus encore présent à ce que je fais c’est comme une hygiène de vie à entretenir…

La révolution du confinement

Le confinement est venu questionner les rôles dans la société. Tour à tour en solidarité avec les uns, indifférents aux autres, nous avons mieux vu dans notre vie ce qui était important ou au contraire encombrant.

Le rapport au temps a changé, l’utilisation accrue du numérique a mêlé soudainement sphère privée et sphère publique. Ainsi Isis la chatte est-elle apparue soudainement à l’écran en pleine réunion de directeurs… et cela a transformé indubitablement les échanges…

Rapport au temps, à l’espace, à l’essentiel, à notre rôle… tout a été questionné. D’autres événements personnels s’ajoutaient pour moi à ces événements leur donnant une intensité plus forte encore.

N’étant pas croyant, n’appartenant à une communauté, un groupe politique tout en étant soucieux de m’exprimer et partager, l’écrit a été pour moi un espace me permettant d’avancer, nourrir la réflexion et de mieux cerner mes propres intentions, c’est à dire de mieux « habiter la vie ». J’en suis venu à « Vivre en poésie » de Guillevic puis à « habiter poétiquement le monde  » de Friedrich Hölderlin jusqu’à oser ce qui est devenu le « slogan » de ce site :  » Vivons heureux en poésie ».

Vivons heureux en poésie !

Voilà donc l’intention qui oriente ma vie. À la fois une direction et un chemin. On peut dire que c’est le choix d’un style de vie, d’une posture, d’une éthique.

Adopter un style de vie poétique ?

Il faut oser prendre le parti de la poésie. Cela ne veut pas dire enjoliver, ou regarder la vie de façon naïve mais se connecter au réel et au présent pour en chercher la réalité sensible. Elle s’exprime du tout petit au très grand, le mystère d’une pierre, le regard d’un enfant, le souffle vital qui traverse la plante comme l’animal… C’est savoir observer, se rendre disponible aux rencontres que l’on fait dans le temps et l’espace.
Pour m’aider, j’oriente mon quotidien grâce à ma « boussole de vie » et ses quatre piliers pour réussir sa journée :
• Apprendre quelque chose de nouveau
• Créer
• Partager
• Prendre soin (de soi ou d’autrui)

Plutôt que chercher un sens à notre vie, nous pouvons préférer lui donner du sens en agissant par choix plutôt que par conformisme.
C’est une invitation à vivre de façon consciente, créative et bienveillante, en cultivant un regard poétique sur l’existence – une philosophie de vie qui allie pragmatisme et sensibilité … où l’on accepte de se laisser traverser par les émotions pour qu’elles ne nous submergent pas surtout dans un monde d’une violence inouïe comme aujourd’hui.

Être heureux ?

Il serait presque indécent de prétendre vouloir ou pouvoir être heureux aujourd’hui. chaque matin apporte son lot d’horreurs et de quoi nous sentir honteux d’appartenir à l’espèce humaine… Mais nous sommes humains comme les pire d’entre nous !

Vouloir être heureux, avoir cette intention résolue, c’est préférer chercher un état de plénitude active et consciente plutôt qu’un simple bien-être passif. Cela n’a rien à voir avec ces petites récompenses dont le cerveau est friand : celles du sucre, de l’applaudimètre, des biens matériels de la société de consommation. À cet égard, la simplicité, l’allègement, la sobriété, loin d’être des marqueurs d’austérité, permettent d’aborder le réel en limitant les filtres.

Une attention au réel :

« C’est veiller à se relier au présent pour le vivre pleinement ». Il s’agit d’être véritablement là, attentif à ce qui nous entoure et nous traverse.

Une recherche d’équilibre au quotidien :

Comme il s’agit de bien s’alimenter ou d’avoir une activité régulière pour se sentir bien, la fameuse boussole évoquée plus haut suggère que le bonheur naît d’un équilibre entre ces quatre dimensions – apprendre, créer, partager et prendre soin. C’est une démarche qui se construit jour après jour par des actes conscients.

Rester sincère et authentique :

Mon intention doit être sincère et authentique . Avant de transformer le Monde, il faut tenter d’être ce que nous attendons d’autrui , agir par choix plutôt que par devoir ou conformisme. On est heureux quand nos valeurs et nos actes sont alignés.

L’engagement humaniste :

Loin des individualistes et réactionnaires de tout poil qui voudraient mettre les humains en compétition, développer des approches eugénistes ou hiérarchiser les humains entre eux, vivre heureux en poésie, c’est être convaincu que tout humain, tout être vivant est digne d’être là, compte pleinement. En ce sens, « vivre en poésie » c’est accueillir l’autre et s’intéresser à l’autre dont la rencontre peut toujours enseigner, élargir, augmenter… Vivre heureux en poésie, c’est s’avoir nous affirmer sans opposer les uns aux autres (le langage doit avoir ce rôle et en cela il nous distingue du monde animal), c’est savoir nous accompagner mutuellement en prenant soin des uns et des autres. C’est un bonheur relationnel qui naît de la connexion bienveillante avec les autres.

Savoir s’émerveiller :

Vivre avec intentionnalité, c’est écoutant son enfant intérieur, agir chaque jour pour cultiver la curiosité, voir dans le quotidien tout ce qui nous permet de nous étonner, de nous émerveiller… Le fil fragile de la toile de l’araignée dans le soleil, une fleur qui pousse entre deux dalles de béton, une sonate au violon, le crissement singulier des pneus sur un pont, une parole de sagesse, le goût du pain, le témoignage d’une personne qui nous aide à comprendre le monde, un poème…

Il s’agit d’ habiter pleinement sa vie avec conscience, créativité et bienveillance – de chercher un bonheur actif plutôt que subi. Ce n’est pas une démarche qui espère mais c’est une démarche en action, même modeste.

Au quotidien

Entre rituels choisis non sous le diktat de l’habitude ou du conformisme mais par ce qu’ils apportent de structurant, d’enrichissement et de stabilisation (des connaissances, de la santé, d’une expertise…) et temps d’exploration, d’élargissement, d’interactions… si l’on ne va pas tout soumettre à la question comme s’il fallait tout justifier en permanence, il est gratifiant de pouvoir se dire ce que l’on a fait dans sa journée, pourquoi on l’a fait et comment on a su « prendre la main », choisir ce que l’on faisait et comment, prendre sa place dans le paysage… sans forcément faire du bruit, mais être là, en cohérence, dans le flow… c’est cela agir avec intention, faire « chanter » sa vie…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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