Choisir, il n’y a rien de plus intime, de plus personnel. C’est une chance que de pouvoir choisir. Parfois on fait le pari que ce que l’on trouvera sera meilleur que ce que l’on abandonnera. Ou que le choix lui-même nous transformera. Le risque nous fait peur et notre instinct appelle à la prudence. Comment être aligné-e dans ses choix ? Parce que nous voyons que cet alignement sera décisif non seulement dans le choix lui-même mais pour ce qui suivra. C’est de cet alignement que peut naître un mouvement, une dynamique utile et constructive.
Méfie toi de tes rêves !
Très souvent, je lis qu’il faut avoir de l’ambition, se laisser porter par ses rêves et même avoir de grands rêves pour ne pas se laisser piéger par des pensées limitantes.
Je vois surtout se profiler à l’horizon la palanquée d’arnaqueurs en tout genre : coachs qui manipulent des concepts sans les creuser, académies de pacotille où l’on vous fait la promesse en trois mois de devenir « un grand écrivain » (contre la somme modique de quatre mille euros) ou un talent de la mode, ou une merveilleuse influenceuse qui gagnera des millions…
Certes Hugo voulait devenir « Chateaubriand ou rien« . Il était adolescent. Il était autodidacte et s’il a su tirer parti de ce qu’il lisait et vivait, son talent s’est fait par son travail. Son écriture était en cohérence avec ses pensées, ses émotions, sa vie. Mais quand il rêvait d’être Chateaubriand, il écrivait déjà, il était en marche dans l’écriture et ne pouvait s’empêcher d’écrire.
On ne se réveille pas un matin en se disant que l’on rêve d’être écrivain, pompier, aviateur ou je ne sais… On a développé de premières affinités, fait certaines rencontres, essayé et l’on a été « pris » dans la joie de ce « flow ». On est absorbé par ce qui nous mobilise. Le succès vient après. Ou pas. Ce n’est pas ça qui compte.
Des rêves modestes ne sont pas indignes si on s’y réalise avec bonheur.
Lorsqu’ils sont trop extérieurs à nous mêmes, nos rêves peuvent devenir des leurres nourrissant nos frustrations futures. D’ailleurs nombre de nos rêves ont été fabriqués : attentes de nos parents (projetant sur nous leurs propres rêves et frustrations), mythe de la méritocratie ou du succès par l’argent entretenu par une société fondée sur la compétition.
Un rêve ne sert à rien s’il nous asservit.
Il ne s’agit pas de rêver d’être ceci ou cela, mais de vivre en cohérence avec ce que l’on est.
Et puis franchement, je n’ai jamais rêvé de devenir un jour inspecteur des écoles de la République. Je n’ai jamais pensé à ça quand j’étais jeune et ça ne s’est pas inscrit dans un plan de carrière. J’ai choisi un jour ce métier parce que je pensais pouvoir être utile, partager des valeurs, vivre des expériences nouvelles et partager certaines compétences, en valoriser ou en faire émerger d’autres chez les personnes que je rencontrais… J’ai rendu mon tablier lorsque j’ai compris qu’un sinistre ministre me demandait d’apporter mon crédit, ma caution, mon engagement aux mensonges qu’il diffusait sans vergogne. Personne ne le comprit à l’époque… mais ce n’est pas très grave puisque j’ai pu être cohérent avec moi même. Il fallait que je reste cohérent avec mes valeurs pour être bien.
Se respecter
L’indignation m’a conduit à faire des choix. L’engagement est un mouvement qui traduit la mise en actes de ce que je pense et dis. Je m’applique à moi même autant que possible ce que j’attends d’autrui par souci éthique. Je refuse de me laisser acheter. Je veille à ne pas avoir l’esprit de chapelle. Si je peux admirer, je n’ai pas de maître. Je n’agis pas pour me faire aimer ou plaire (ni pour déplaire) mais en cohérence avec mes valeurs. Cela me contraint à une certaine singularité, à oser dire par exemple à des amis politiques qu’ils agissent de travers ou à refuser le dictat d’un éditeur. Au moins, je ne me serai pas renié.
Quand j’ai quitté récemment les réseaux sociaux toxiques ce n’était pas seulement par indignation, c’était aussi par souci de me préserver, de prendre soin de moi. Presque une question de gestion de l’énergie mentale. D’ailleurs, suis-je plus efficace en tentant de convertir une personne imbibée de ressentiment dans des débats qui ressemblent à des combats de coqs ou en agissant dans mon environnement avec bienveillance, présence ? La réponse est facile.
Dans un monde incertain et conflictuel, il me semble qu‘agir en cohérence, c’est à dire en alignant ce que l’on pense, dit, avec ce que l’on fait, se voit pour soi et pour autrui. Les gens qui sont alignés, ont quelque chose de « lumineux ». On ne l’est pas tous les matins, c’est un cheminement. Une façon de donner du sens à sa vie plutôt que de chercher un sens externe à son destin.
Il ne s’agit pas de s’enfermer dans un stoïcisme qui renoncerait à changer le monde, mais à ne pas dilapider son énergie, à lâcher prise pour choisir à bon escient ce qui nous correspond à un certain moment de notre vie, dans un cheminement.
Se montrer disponible
On a beaucoup critiqué la reproduction sociale. Le fils du boulanger reprenait le métier de son père. Se limitait-il à la tradition ? La sécurité apparente du geste reproduit peut sécuriser mais à la longue, s’il n’y a pas examen et attention à ce geste et des conditions dans lesquelles il s’exerce, l’ennui vient tout affadir. Savoir faire n’est pas seulement savoir reproduire.Le génie créatif des humains viendra enrichir un procédé, une façon de « travailler la pâte »… encore faut-il que le boulanger se montre réceptif et disponible…
Encore faut-il que le fils du médecin puisse exercer ce métier sans être jugé si cela l’attire…
Pouvoir choisir, savoir choisir, c’est une disposition d’esprit. Il faut se connaître un peu dans ses faiblesses comme dans ses réussites, savoir un peu qui on est et s’assumer tranquillement.
Choisir doit être pour soi, en prenant soin de soi. C’est s’écouter, se comprendre, s’accompagner. Il peut y avoir de la fatigue s’il y a trop de dissonances entre ce que l’on « doit » faire et ce que l’on est.
D’une certaine manière, se montrer disponible aux opportunités, c’est se débarrasser de ce qui encombre, empêche de penser ou d’être puis accueillir la possibilité du choix de façon positive et constructive non pas dans une vision angélique de l’espoir ou du paradis, mais plutôt comme la recherche d’un outil pour avancer non vers un but, mais sur ce chemin de cohérence…
Avec la petite lampe de l’intuition qui viendra dire, « ah, non, ça c’est pas pour moi ! «
L’alignement ouvre des perspectives
« Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille »disait un ancien président de la République. Si nous vivons des situations d’inconfort, de souffrance, si nous nous malmenons, nous ferons des choix de fuite. Les incidents et les accidents s’accumuleront.
À contrario, il y a une certaine façon d’aller « chercher sa chance » que j’ai pu observer ou vivre. Un choix dynamique qui naît de cet alignement. On voit devant et une opportunité en amène une autre.
Je rencontre l’un qui me parle de l’autre qui me montre autre chose et je chemine.
Les choix que nous faisons alors – si nous sommes « alignés », peu importe leur nature, bénéficient de cette dynamique… mais cela veut dire qu’un choix ouvre vers d’autres choix et ainsi de suite… C’est même en cela qu’on reconnaît un « bon » choix, c’est à dire, en ce qu’il en permettra d’autres plus tard, comme une étape sur le chemin.
On choisit ce qui nous permet de mieux nous réaliser dans nos valeurs.
Mais alors comment être aligné dans ses choix ?
Il me semble qu’il faut écouter son intuition. Je ne sais pas très bien définir ce « sens ». Pourtant, lorsque je me suis senti mal à l’aise avec l’une ou l’autre, sans préjuger mais par exemple en raison de postures toxiques, lorsque ce que j’avais à choisir n’allait pas me correspondre, si j’avais le sentiment de devoir jouer trop un rôle, alors, il fallait être attentif au signal. L’intuition peut-être aussi positive, sans se laisser piéger au « coup de foudre » idiot. Nous sentons la « belle rencontre ». L’intuition nous protège mais elle ose nous inviter à nous dépasser.
Il faut se connaître et agir en sincérité avec ses valeurs, ce que l’on est. Il s’agit de ne pas se renier, de ne pas se mentir.
Certaines personnes se mettent en couple pour ne pas rester seules… et font alors des concessions qui risquent de coûter à terme.
Dans la recherche de cet alignement, il faut pouvoir mener un dialogue avec soi même. Je dois interroger habitus et habitudes :
- est-ce que j’agis par devoir ou par choix ?
- ce que je fais est-il utile à servir mon style de vie, mes valeurs ? Si je fais une activité seulement délassante, je dois savoir pourquoi… Il y a une différence entre se détendre devant une série choisie et rester sur son canapé de longues heures en enfilant des heures d’images…
- ce que je fais me fait-il du bien ? et de faire du bien ?
- ce choix va-t-il m’apporter un plus ? m’enrichir spirituellement ?
Forcément, je dois connaître mes propres valeurs. Il ne s’agit pas de s’imposer une doxa insupportable. L’intégrisme c’est l’absence de choix. Mais chacune et chacun devrait pouvoir se dire quelles sont ses valeurs profondes.
Pas des valeurs imposées de l’extérieur, mais des valeurs construites, pensées, réfléchies… qui peuvent justement évoluer.
Cela peut passer par la capacité à confronter ses actes quotidiens à ses valeurs : si je fais tel ou tel achat, est-ce conforme à mes valeurs ? si je dialogue sur un réseau social, est-ce que je le fais en respectant mes valeurs ?
Est-ce qu’il n’y a pas des choses que je m’interdis parce que je n’ai pas confiance en moi, je parce que je me verrais comme un imposteur ou que ce n’est pas mon univers ?
Il n’y a pas à se torturer. Ce n’est pas une question de faute, ni même d’erreur. (Un élève de 8 ans m’avait dit un jour, « si on a le droit de se tromper, à quoi ça sert de faire juste ? » J’avais répondu que nous pouvions tous progresser et que nous pouvions tous essayer et que la chance à l’école, c’est que nous pouvions tous essayer sans risque).
Être adulte ce n’est pas sauter dans le vide, c’est prendre des risques « calculés » , oser et savoir réajuster sans cesse, sans culpabiliser.
Corps, cœur, esprit… alignés pour que le choix « serve » mes valeurs…
Un mot en retour ?