On va faire simple !

Publié le Catégorisé comme changer de vie
Chateau

Quand j’entends ça, je me méfie un peu. On va faire simple ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? D’abord c’est compliqué de faire simple. Ou alors, il faudrait savoir faire preuve de simplexité. Sans complexe. Mais j’en vois qui m’invitent à leur table « ce sera très simple« . Alors la simplicité devient un luxe quand je constate ce qu’ils mettent parfois dessus… Suis-je assez explicite ?

Lâche prise !

On te l’a déjà dit, l’exhaustivité et le contrôle systématiques sont des pièges, des fabriques à stress. C’est comme l’évaluationite à l’école.

Quand j’ai commencé à devenir inspecteur, nous construisions de formidables tableaux de bord pour piloter le moindre fait et geste des écoles, des élèves et des maîtres avec foultitude d’indicateurs. Parfois 70 ou 90… Pourtant, pas besoin d’IRM pour savoir si des enfants progressaient dans une classe. Pas besoin de questionnaires à tiroirs, d’inventaires, de pourcentages… Ça ne voulait pas dire laisser (ne rien) faire – ce qui ne se produisait pas – mais ça voulait dire qu’on ne mettait pas notre énergie au bon endroit et qu’on se dispersait à conseiller au lieu d’accompagner.

Autre exemple : pour tenir ce site, je veille autant que possible à respecter un certain nombre de règles sur la forme et le fond. Il faut qu’il soit léger, s’adapte à tous les navigateurs et respecte les principes du SEO, c’est à dire soit optimisé pour les moteurs de recherche. Ces fameux moteurs de recherche qui tuent la curiosité. Du coup, avec la naïveté du béotien on se retrouve à équiper son site d’extensions ou plugins qu’il faut parfois payer… On renseigne un tableau de bord, on ajuste toute une série de paramètres fins, on contrôle, on se relie à Google, on se soumet avec cette « usine à gaz » à toute une série de règles précises et détaillées… tout ça pour réaliser qu’avec ou sans, ça n’a pas changé grand chose, que c’est le contenu qui prévaut et l’écho chez les amis. Fin du game. Je suis revenu à beaucoup plus simple.

Faire simple c’est savoir retrouver ce dont on a besoin, ce que l’on veut en termes de propositions et dans quel cadre de valeurs.

Faire simple, c’est avoir une voiture fiable, qui roule sans vous secouer mais pas forcément équipée de mille gadgets qu’on utilisera rarement.

C’est comme mon lave-vaisselle : j’utilise toujours grosso modo le même programme ! Il y en a 7 ou 8…

Faire simple c’est se demander chaque matin si on agit par choix ou par devoir ?

Aparté pour le premier ministre

« Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi » (constitution de 46). Lui ne s’est référé qu’à la première partie… pour égratigner les grévistes.

Mais devoir pour qui ? Car le travail forcé c’est l’esclavage. Et tout est dans le sens du mot « travailler ». Car nombre d’artistes disent ne pas avoir le sentiment de travailler et de s’amuser. Devraient-ils être envoyés en camp de travail ?

Alors, dans le droit d’obtenir un emploi, ce serait même le droit de pouvoir y exprimer sa personnalité, de le créer ou de le récréer pour s’y épanouir. D’ailleurs camarade premier ministre, le travailleur qui fait grève ce n’est pas pour ne pas aller travailler c’est pour le faire dans de meilleures conditions pour mieux faire ce qu’il doit en fonction de valeurs . Lesquelles se négocient.

Mais au fait, premier ministre, c’est un travail ?

avatar de Vincent

Méfie toi du bon sens

Je dis ça dans les aphorismes. Le bon sens veut aller droit au but en effectuant des raccourcis et confond simplicité et simplisme.

Faire simple c’est savoir désigner l’épure de sa vie, la tenir au plus près de l’instant présent, se projeter sans se verrouiller d’objectifs mortifères.. c’est ne pas se compliquer la vie en faisant la chasse aux petits saboteurs que nous nourrissons nous-mêmes un peu comme des parasites, des bestioles qui rigolent de nous… mais savoir itou qu’il n’y a pas besoin de s’épiler pour les trouver. Si on est simple, raccord avec sa philosophie de vie, ces parasites tomberont tout seuls assez vite…

Entre une activité qui m’apporte et m’enrichit et une qui m’occupe juste pour me faire perdre mon temps, j’ai vite choisi… et si je regarde une série policière idiote, c’est sciemment pour m’endormir dessus. Sans culpabiliser pour autant.

Faire simple c’est ne pas dramatiser mais c’est ne pas se disperser en guerres inutiles, en débats où l’on brillera peut-être sans jamais convaincre l’adversaire…

Contrer le complotiste en lui opposant une source même tangible c’est le renforcer dans sa conviction paranoïaque. C’est son principe de fonctionnement. Il trouvera toujours deux ou trois amis pour le soutenir. Alors que juste l’ignorer sera au final lui rendre service. Et s’économiser. Faut juste lui démontrer par nos actes et notre propre vie qu’il est bien bête avec sa peur et ses mensonges…

Faire simple ?

Mais c’est vrai qu’on ne nous a pas habitué à ça. Quand c’est trop simple, il y a anguille sous roche. On n’aime pas celui qui a fait vite et léger et pourtant… était-il mieux de gaver le lecteur ou l’auditoire avec des développements à rallonge ?

Souvent nous nous torturons tout seuls, comme des grands, en réalité juste pour nous empêcher de changer.

Car nous résistons à avancer vers l’inconnu, nous voulons baliser, appliquer le principe de précaution. La norme un temps protège, rassure… puis verrouille l’initiative, la créativité.

Ce qui compte c’est ce qui bouge en moi et que je peux repérer. Non pas changer pour changer, mais qui va apporter du mieux et du bien, oxygéner et ouvrir l’esprit.

Faire simple, c’est se rapprocher de soi-même. Non pas sans contrôler son surmoi, la question n’est pas de s’épancher mais d’être vrai avec soi-même, de ne pas se mentir, de ne pas agir pour plaire, par conformisme, ni pour déplaire… ce qui est une autre forme de conformisme.

Je veux faire simple pour être en paix avec moi même.

Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

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