L’heure de renouveler la carte d’identité

Publié le Catégorisé comme changer de vie
Image 4

La date de validité de ma carte d’identité étant expirée avant moi, me voilà dans la démarche gratuite et simplifiée de renouvèlement de la carte.

Il faut faire tirer son portrait selon les normes administratives, réunir les pièces justificatives et se rendre dans une mairie disposant d’un DR ou dispositif de recueil. C’est la modernité. Si si !

On peut en profiter pour y inscrire son changement d’adresse, pour changer d’identité, c’est plus compliqué…

C’est pas obligatoire !

Malgré ce qu’on pense, rien d’obligatoire à disposer de cet objet. Finalement la carte de crédit ou la carte d’assuré social sont plus utilisées…

Cette carte, on me l’a demandée pour voter, un peu pour voyager. Mon passeport dort dans un coin. Depuis le confinement je n’ai pas quitté le pays… si peu voyagé, mon bilan carbone est au top.

Ma tête sur le permis de conduire, je n’oserais même pas la montrer ici. J’avais dix-sept ans. J’étais sérieux et triste. Maintenant je suis décati alors c’est triste mais je suis moins sérieux.

Je l’ai toujours avec moi. De temps en temps je vérifie ma date de naissance, où je suis né. Il est dit que je mesure 1m79. Partout je raconte que je fais 1m80. Je n’ose pas me mesurer de nouveau.

Vincent Breton en 2013

En 2013 j’étais encore pas mal, la gueule pas encore trop fatiguée. Enfin, ça faisait illusion, à ce moment là je sortais d’une sale histoire. J’avais su adopter l’allure neutre qu’il convient. Je portais la cravate.

Le photomaton impitoyable

Vincent Breton

J’ai passé la photo en noir et blanc. Mais en vrai elle est en couleurs. Sur fond bleu pâle. La machine vous propose trois essais pour 8 euros.

Autrefois, il fallait tourner la vis du tabouret sur lequel on était assis. Aujourd’hui la machine se règle et cherche toute seule vos yeux. Il suffit de dire qu’on est d’accord.

Respecter les règles…

La tête doit être nue (pas de chapeau, foulard ou serre-tête par exemple). J’ai retiré mon hijab.

La tête doit être droite et le visage dirigé face à l’objectif : je trouve que je penche un peu de côté. Il faudrait redresser la situation.

Il faut fixer l’objectif : là c’est clair, je ne me dérobe pas. Mûr pour une affiche électorale.

L’expression doit être neutre et la bouche doit être fermée : je ne sais pas si mon expression est totalement neutre. N’y verrait-on pas un rien de cet esprit narquois qui se défie du macronisme ? Un petit côté désabusé et une relative fatigue démontrant un certain manque d’enthousiasme ?

Le visage doit être dégagé : je crois que c’est réussi.

Le port de boucles d’oreilles ou le port d’un piercing sont autorisés dès lors qu’ils permettent de distinguer clairement les traits du visage : je sais pas ce que j’ai fichu de mes pendentifs, ça aurait donné du charme et de l’allant. Un petit anneau dans le nez aurait été un bel hommage aux bovins du coin.

Les yeux doivent être parfaitement visibles et ouverts : malgré l’heure de la sieste, j’ai su rester éveillé. Quelle résistance !

Les cheveux ne doivent pas recouvrir le visage : ouf, de justesse… je viens de me raser.

Une frange peut être acceptée si elle ne recouvre pas les yeux : pour la prochaine fois, la frange, j’y pense…

Les oreilles doivent être dégagées : hélas

Lunettes et montures : j’ai laissé mes lunettes de côté et pour ma monture, impossible de faire entrer mon cheval dans le photomaton. Pourtant une photo à cheval aurait eu un certain effet…

Voilà, j’ai bien souffert si vous saviez, alors comme il faisait soleil, sommes allés par les rues de la sous préfecture, trainer nos guêtres et contempler d’autres portraits…

le poète Pommairols
la résistance
le félibrige Bessou

Gloires locales, le poète Pommairols, très académique et le curé Bessou, débonnaire et dont la fraicheur des vers ne me déplait pas. Je vous ferai découvrir. La dame symbolise la résistance. Elle ne craint pas l’humidité de la rivière qui coule à ses pieds, mais je lui trouve belle allure.

Personne n’a jamais sculpté mon buste. Ce serait chouette de finir dans un square à Salvagnac-Cajarc, dans un coin discret, près de la Salle des Fêtes…

En profiter pour changer d’identité ?

C’est vrai que je pourrais profiter de l’occasion pour changer de nom. Mon patronyme est commun et les liens étant rompus avec cette branche sinistre, la Loi m’autoriserait gratuitement à prendre le nom de ma mère…

Vous connaissez pas le nom de famille de ma mère ? Je crois que ce serait pire ! Vatan. Ça vient du turc et d’un petit village berrichon, ça doit vouloir dire patrie… je crains que ça ne me fasse pas progresser…

Il m’aurait fallu un nom d’artiste que je puisse l’imposer… Ah, ah ! un nom d’artiste !

Le vrai moi

Vincent Breton

Peut-être bien qu’il est là, avec ma gueule d’impertinent. Beau résolument. Qui venait tout juste d’en apprendre assez long sur les grands pour comprendre qu’il ne faudrait pas trop compter sur eux.

Lui, c’est mon enfant intérieur. Mon bavard, le « moulin à paroles » disait ma tante, le revêche, celui qui inventait des injures formidables avec son copain d’enfance (« espèce de salsifis à la graisse de citron !« , le provocateur, celui qui courrait la main dans la gueule du chien, allumait des pétards (pas ceux qu’on fume, des vrais qui pètent et puent) , allait cueillir des framboises dans la sente, jouait aux orphelins ou à l’archéologue… Y a très peu de photos de cette époque.

Mais peut-être qu’en cherchant bien dans les yeux ou la moue, on en retrouve quelque chose de cet impertinent ?

Parce que j’ai vécu. Mais « je n’ai pas changé » comme dit la chanson…

Mais ce n’est pas fini, maintenant, c’est l’heure de constituer le dossier !

Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *