Et si nous nous ménagions ?


Feuilles

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3–5 minutes

L’époque est rude. L’été nous fait son ultime chanson. L’automne risque de rajouter une touche de mélancolie à la fatigue. Et si nous nous ménagions ? Non pas pour fuir le réel, au contraire, plutôt pour ne pas rajouter du stress à ces tensions que l’incertitude vient nourrir. Peut-être pour faire alliance avec nous-même, avec les autres…


Détester ou avoir du ressentiment consomme de l’énergie

Je lisais un message sur le réseau social que je fréquente (Mastodon) où un interlocuteur proposait de nouvelles raisons de « détester le premier ministre ».

Que je désapprouve ses actes, sa conduite, ses choix politiques et que je n’éprouve aucune affinité élective avec lui, ne m’oblige pas à le détester. C’est obnubilé par la colère que l’on est moins apte à s’affirmer et chercher des alliances pour imposer autre chose. Les personnages toxiques, je m’en éloigne, je cherche ailleurs mais je ne dilapide pas mon énergie pour eux. D’autant que si j’en fais une affaire de personne, une autre viendra ensuite dans un fil sans fin…

Le sentiment d’injustice est légitime. Mais il arrive que le plus humaniste d’entre-nous sombre dans l’admonestation et fasse commerce de cette haine qu’il dénonce. Ce qui ne veut pas dire accepter n’importe quoi, mais prendre ou reprendre la main. Un peu comme cette démarche claire du 18 septembre.

Déjà la fatigue

Ça ne fait pas un mois que la rentrée scolaire a eu lieu. Je croise déjà des personnes, des jeunes, des vieux, des enfants, avec cette fatigue d’avant Toussaint. Une sorte de lassitude, de sentiment désabusé…

Depuis la pandémie, nous n’avons pas repris vraiment l’énergie que nous avions. Quelque chose se ressent chez les enfants, les jeunes et les plus âgés. C’est indicible et douloureux. Je ne suis pas de nature triste. Même les artistes n’ont plus la foi. L’insouciance nous manque.

Y a comme un climat

Même un jour de soleil, nous ne parvenons guère à nous réjouir. La pluie, nous craignons qu’elle ne soit diluvienne. L’Orage admiré autrefois, n’est plus que craint pour ses trombes vengeresses et sa grêle destructrice.

Toute cette incertitude, d’aucuns croient possible d’y résister. Mais inutile de se cabrer. Il faut composer, faire preuve de souplesse, réinventer. Pour ça, il faut de l’énergie.

Se ménager, se chouchouter.

La compétition, la comparaison ne mènent qu’à la frustration. Tout succès est provisoire et ne compte pas pour lui même. La médaille n’est rien. Le chemin seul compte et s’il n’est pas reconnu, il n’est pas indigne dès lors que les valeurs ont été respectées.

Les indicateurs de réussite sont souvent des leurres lorsqu’ils reposent sur des signes ostensibles, l’affichage pour autrui.

Se ménager, ne pas se nier dans ses sentiments et leur ambivalence, veiller à savoir nommer ses valeurs, celles qui permettent de donner une intention à nos projets en refusant de sombrer dans le syndrome de l’imposteur comme dans une sorte d’intégrisme du sur-contrôle.

Sans honte, ni orgueil

Savoir se regarder sans honte, ni orgueil… refuser le laisser-aller mais refuser surtout l’uniforme, la fausse blancheur immaculée… la pseudo-perfection.

C’est compliqué de se débarrasser du syndrome de l’imposteur mais il n’y a pas plus à rouler des mécaniques où se penser issu d’une quelconque méritocratie. Ce qui compte, c’est la cohérence. Agir en cohérence avec ses valeurs, ne pas faire de mal à autrui, ne pas se faire de mal. Se respecter.

Je sais bien que tout ça peut sembler n’être que des poncifs. Mais il faut s’autoriser à s’arrêter, se regarder, faire le point.

S’affirmer dans sa singularité

À titre personnel, j’aurais toujours été tiraillé entre le besoin de me conformer aux attentes sociales notamment et la nécessité absolue de pouvoir m’exprimer et m’incarner dans ma singularité. Aucun snobisme là dedans, mais si je ne me définis pas par cette ligne singulière, je n’existe pas.

L’autodidaxie a été ma chance et ma faiblesse. C’est d’elle qu’est venue ma capacité à tracer mon chemin sans me soucier des conventions. Je n’eus pas de « feuille de route parentale » autre qu’une ligne éthique et des valeurs transmises par ma mère.

Je n’ai guère été encouragé et j’ai avancé avec mes propres ressources. Parfois, il faut poser son sac, regarder sa vie, être dans sa vie et prendre affectueusement des nouvelles de soi. Après, une fois conforté, s’il le faut d’un thé chaud, d’une pâtisserie… après une nuit réparatrice, alors je peux aller dans le monde prendre ma place dans le paysage.

Se ménager

Oui, ménagez-vous, ménageons-nous et il faut que je me ménage à cet instant précis. Car souvent ce qui pourrait paraitre comme une invitation à autrui, est une façon à peine déguisée de se parler à soi même.

Voilà donc mon devoir du soir.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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