L’assertivité pour résister à l’obscurantisme


Feucheminee

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5–8 minutes

Face à l’obscurantisme, je peux apprendre pour résister, je peux créer pour résister. Au delà des actions collectives ou citoyennes,ou parfois juridiques, l’assertivité peut-elle constituer un outil quand l’irrationnel semble tout envahir ? Il faut certainement de la patience, de la souplesse et de la sincérité pour dépasser les approches binaires et oser se confronter à ce qui nous déroute ou nous désespère…


L’homme raciste du métro

J’ai souvent raconté cette anecdote : Elle date un peu mais elle a été pour moi très formatrice. J’étais un matin dans le métro rejoignant mon travail. Il y avait un peu de monde, les gens étaient plutôt calmes et endormis à l’exception d’un bonhomme sur son strapontin qui vitupérait, faisait de grands gestes en tenant des propos racistes les plus ignominieux qui soient contre « les noirs ». Comme personne ne réagissait, il montait de la voix. J’étais accroché à la barre. Et puis soudainement, je ne sais pas d’où ça m’est venu, je suis allé vers lui, assez fermement tout en restant courtois :

  Écoutez monsieur, ça suffit maintenant, ça fait un moment , je suis noir et j’en ai assez d’entendre de pareils propos !

  Oh, pardon, monsieur, je ne savais pas !

Il s’excusa et se renfonça honteux dans son strapontin. Il se tut totalement. Je ne suis évidemment pas noir mais le type plongé dans son monde irrationnel échappait à la réalité. Je ne dis pas qu’il aura perdu son comportement raciste en descendant du métro, mais ma simple façon de lui dire non avait coupé net son élan. Son racisme s’adressait à un « objet » extérieur sans faire le lien avec les personnes désignées.

Le wagon parut soulagé. Parmi les personnes qui ne réagissaient pas, je suis convaincu que nombreux étaient choqués mais n’avaient pas osé agir par peur que des actes violents suivent cette violence verbale. Ce dont ce type avait besoin, c’était que l’on vienne à son contact. Il aurait peut-être même fallu que je puisse venir discuter plus en avant et l’interroger… au fond, il avait besoin de « soin ».

S’affirmer sans s’opposer

Les occasions ne manquent pas de céder à la violence verbale ou physique. Les réseaux sociaux commerciaux ont accru cette libération de la parole. On (se) divise, on conspue, on s’invective, chacun est devenu l’extrémiste de l’autre… Tout se conçoit alors à l’aune du rapport de force. C’est le cancer de la disqualification. Il m’est arrivé comme tout le monde de céder au piège du dénigrement qui est une perte d’énergie et n’engendre que des blocages.

Nous ne sommes pas très nombreux à prôner des démarches non-violentes. Pris dans l’étau du doute et de la peur, on voit même des éducateurs sombrer à leur tour en ne croyant plus au fond à l’éducabilité. Autrefois on avait la peur du loup (les paysans la retrouvent), aujourd’hui on a la peur du « jeune ».

L’assertivité se travaille. Elle devrait s’enseigner et se pratiquer. Elle a évidemment ses limites. Pas facile d’aller convaincre un autocrate de changer d’attitude ! Le pouvoir corrompt facilement les esprits.

Mais nous connaissons tous, par exemple au travail, celle ou celui qui choisira la passivité tandis qu’un autre prendra les armes et voudra imposer sa domination par le verbe, la colère accompagnée ou non de gestes. D’autres pour parvenir à leurs fins seront les rois et reines du sous entendu, de la manipulation… Nous avons tous notre « toxique » de service.

Confiance en soi, confiance en toi

L’épidémie de COVID a renforcé la méfiance. Nous en gardons des séquelles. Pour certains dire bonjour reste difficile. Être assertif c’est savoir « aller au contact ». Parfois, il faut s’obliger un peu.

J’ai confiance en moi, j’ai des valeurs et je conçois que je peux de mon côté avoir des représentations biaisées, être porteur de préjugés… Le tout c’est d’en avoir conscience et de travailler à les faire bouger, de cheminer. Dans tous les cas, j’ai le pouvoir de problématiser, de questionner, de réfléchir et d’argumenter et si je me positionne à la même hauteur qu’autrui, d’aborder les débats, les questions, les problèmes avec l’idée de rechercher une solution. J’ai aussi des besoins dont celui d’être respecté. Je n’aime pas qu’on « me fasse la leçon » et je dois apprendre à dire mes besoins, nommer ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas… sans faire la leçon à mon tour au prétexte d’une « cause » même légitime à défendre.

La reconnaissance d’une dignité partagée, suppose de lutter contre toute condescendance. Elle survient vite. Je la vois souvent par exemple y compris chez des personnes qui par exemple prétendent lutter contre le validisme mais excluent vite sans expliquer ni chercher à comprendre leur interlocutrice ou leur interlocuteur.

L’assertivité pour éprouver ses propres convictions

Nous voyons souvent que la simple réponse, « tu n’as pas le droit de dire ça, c’est interdit par la Loi » ne suffit pas à transformer ou convaincre. Elle pose un interdit. Mais il faut aller plus loin.

Souvent, plutôt que chercher à convaincre, interroger l’autre sur son point de vue et le pourquoi de son propre discours va engager sur le chemin de la clarification, de la recherche d’arguments rationnels. Admettre le ressenti ne veut pas dire céder à un sentiment.

Quand je travaillais, je partais souvent de la reformulation des propos pour inviter l’autre à préciser. Mais je pouvais aussi dire souvent ce qui était acceptable ou inacceptable.

La terre est plate

Les platistes vont faire fi des démonstrations scientifiques et sont capables, aujourd’hui encore d’échafauder de grandes théories pour justifier leur théorie. On peut leur demander des éléments de preuve qui dépasseront leur conviction intime, et cela sera difficile.

Tout point de vue n’est pas vérité mais il faudra aussi souligner que les représentations de la terre, sa position dans l’espace, ont pu évoluer au fil du temps. C’est à dire que la vérité n’est pas close sur elle-même.

Quand j’enseignais l’évolution, il n’était pas rare que des enfants de familles de témoins de Jéhovah m’apportent des exemplaires de leurs revues pour me convaincre que j’étais dans l’erreur. Il fallait discuter dans le respect avec les enfants, souvent à part et ouvrir sur la possibilité qu’ils auraient de se faire leur propre point de vue s’ils menaient des études… Les hussards de la République eurent en leur temps à lutter contre nombre de préjugés. Ils le faisaient certainement en créant des tensions. Il y a un moment où la négociation est difficile à envisager : elle l’est en prenant appui et explicitant ses valeurs ou en affirmant son besoin de dignité et de respect partagé …

Il faut à un moment donné oser affirmer sa propre opinion, ce sur quoi elle est fondée et la dire avec clarté.

L’humanisme, la coopération entre humains

Un des leviers sur lesquels l’assertivité peut s’appuyer, c’est cette idée double : unicité de chaque être humain au delà de ses origines, culture, genre… et appartenance de toutes et tous à la même espèce. Et si cette espèce a su s’implanter, se développer, résoudre d’immenses difficultés, cela aura toujours été par la coopération.

Deuxième point commun à tous les membres de l’humanité, c’est la capacité créatrice, notamment dans le domaine de l’Art, notamment avec la sensibilité poétique qui s’exprime partout dans le monde avec des schémas divers.

L’assertivité peut-être une façon consciente, modeste et résolue en tout cas, de ne pas rester passif et de s’inscrire dans le projet de construire avec autrui, simplement en montrant par son attitude, ses actes que l’on est en conformité avec ses valeurs. Je ne peux reprocher à l’autre d’exclure si je l’exclus. Le devoir de la porte ouverte sans se laisser nier est une nécessité pour nous-mêmes. C’est difficile mais il doit être plus facile de se regarder sans honte dans le miroir…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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