Hier était pour moi une date difficile. Il y a vingt ans une personne que j’aime est morte. Cette mort terrible dans ses circonstances peut me faire dire qu’il y a un avant et un après dans ma propre vie. J’ai tenté d’écrire, mais je me suis trouvé en dessous des mots. Il y a des choses qu’on ne peut écrire ou alors qu’indirectement, par la fiction.
Accepter que la résilience n’est pas toujours là ni possible
Il y a cet adage « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. » Mais non.
La résilience, mise à toutes les sauces parfois obscènes du développement personnel est devenue presque une injonction normative : on tombe, on se relève et pour un peu on devrait faire la fête à l’épreuve qui nous a permis de grandir, de nous transformer.
Et non. Cette perte, irréparable, restera comme une pierre noire avec ses questions.
Vivre avec
On apprend à vivre avec. Oui, il faut que ça tienne dans un apprentissage, une adaptation.
Il faut cohabiter avec la douleur. Elle peut partiellement éclairer le futur mais elle reste, elle restera.
Je ne peux consoler autrui avec une histoire où je n’ai pas les moyens de me consoler. Je peux juste mieux comprendre, mieux partager la douleur d’autrui.
Il n’y a aucune chance à vivre des malheurs dans sa vie.
Il n’y a pas d’oubli et pas toujours de pardon possible.
Il faut vivre avec et trouver les moyens de marcher, mais on ne peut pas mettre de la joie dans certains souvenirs qui seront là, pour toujours.
La plainte
Il y a une forme de racolage dans la plainte auquel je me refuse. Je déteste les cellules psychologiques parce qu’elles viennent « après » et sont le plus souvent des aveux d’échec de la Société et puis de toute façon, une fois la personne « traitée », médicalisée, on passe au sujet suivant. C’est un traitement assez indigne et méprisant.
Chouiner n’est pas réparer, il y a des empathies de façade.
La véritable empathie cherche à agir contre l’injustice. Je comprends mieux pourquoi la responsable d’une cellule de crise m’avait reproché « d’avoir trop d’empathie ». Pauvre personne formatée par le système, pour elle ce qui comptait c’était le « protocole ».
Les douleurs n’entrent pas dans le protocole.
Il y a des choses qu’on a le droit de garder par devers soi et peut-être le devoir quand il s’agit de respecter la mémoire d’une personne.
Indécence
J’ai tenté d’écrire à propos de la personne disparue. Et mes mots me semblaient juste indécents. Parce qu’il y a des choses qui ne peuvent se dire avec justesse, parce qu’on ne saura jamais.
Je n’ai pas de croyance en une résurrection, en une communication après la mort et ne dispose d’aucune sorte de béquille ou de subterfuge. Des photos, quelques objets, cette bague, et c’est tout. Ce ne sont pas des reliques. J’en suis parfois encombré.
La fiction
Je vois que souvent, les choses les plus importantes je les ai mises dans des écrits de fiction. La plupart du temps, je suis le seul ou presque à savoir. C’est partagé comme on donne un décodeur pour des situations approchantes ou semblables. Ça ne peut pas dire grand chose de l’intime.
Parfois, je préfère me taire que d’être compris de travers.
Marcher
Alors, il faut accepter, faire avec et marcher. Je crois en la marche, on marche avec soi, ses pensées, mais on explore et on rencontre. C’est cela qui compte et libère du malheur, la possibilité renouvelée de la rencontre et de l’aventure humaine qu’elle offre.

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