Créer pour résister


Drapeau

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4–6 minutes

Penser autrement, inventer, créer pour résister aux idées toutes faites, au conformisme, au totalitarisme voilà un chemin de liberté ! Créer n’est pas l’apanage des artistes qui s’afficheraient engagés. L’invention, la métaphore subtile, l’allusion savent aider d’abord à tenir puis à retrouver le courage de contester l’insupportable et dans la guerre culturelle face à l’obscurantisme, savoir être plus malin que lui. Chacune, chacun peut à sa mesure oser et goûter à la jubilation de l’émancipation par la création.


On te coupera les mains

C’est ce que ses geôliers et tortionnaires avaient promis au pianiste Estrella en Argentine. Et les prisons ne manquent pas d’artistes, d’écrivains, de poètes emprisonnés… Depuis toujours. Preuve que l’Art ce n’est pas rien ou simple divertissement décoratif.

La censure, la mise à l’index ont souvent frappé les artistes.

Mais comme le rappelle Isabela Valencia : « la version originale de Tartuffe n’a été montrée qu’en privé avant d’être interdite (DeJean 54). La deuxième version de Tartuffe créée par Molière a également été censurée et jamais présentée en public. La troisième version de Tartuffe, la version vue par le public français, a été seulement permise parce que les censeurs français ont collaboré avec Molière. » La seule version de Dom Juan encore imprimée en France est la version qui a été autorisée par les censeurs lorsque l’œuvre a été produite pour la première fois (60). La version censurée de Dom Juan est mieux connue sur le nom Le Festin de Pierre. Molière n’a jamais approuvé les versions de Dom Juan que le grand public a vues, et à la fin cette pièce est moins son œuvre que c’est à nouveau une collaboration entre lui et les censeurs français. » Il y aurait de quoi déprimer, pourtant elle conclut : « Même avec la lourde censure du 17ème siècle, l’Ancien Régime ne pouvait pas empêcher les œuvres de Molière et d’autres d’atteindre la population française, conduisant à la diffusion d’idées qui a finalement mené à la chute de la monarchie.

C’est comme si la pensée libre forcément, tôt ou tard, allait pouvoir s’évader, se glisser, trouver l’interstice par lequel passer et l’oreille pour la recevoir. Ce qui se chuchote, ce qui se passe de main en main sous le manteau prend soudain de la valeur et accroche les esprits. C’est la force de la subversion.

Si la peur et le ressentiment nourrissent l’imbécile goût pour l’ordre et la répression, il semble que l’aspiration à la liberté, à penser librement soit chez chacune et chacun de nous. Il y a de la joie animale à s’échapper, à se sauver, à prendre le chemin des écoliers…

Certes, il peut y aura le risque, celui de rencontrer la limite acceptable pour les autres, pour le pouvoir… « Les gens n’aime pas qu’on prenne une autre route qu’eux » (Brassens).

La norme pour normaliser

Les métiers qui nourrissent le plus d’asservissement sont ceux où il est difficile d’inventer, de créer d’autres façons de faire. « C’est la procédure » entend-on dire par l’employé qui saurait très bien comment mieux agir, plus vite et avec efficacité sans elle. Il n’ose pas s’en extraire. La bureaucratie fut une bonne idée pour organiser la paperasse mais elle s’enferma elle-même. L’hôtesse de caisse peut dans une certaine mesure oser jouer de son relationnel, de son humour mais c’est plus difficile encore pour celui qui découpe de la viande à la chaine. Le bon enseignant est celui qui fait apprendre le programme en y apportant sa couleur, son regard, le clin d’œil, sa singularité… Sa censure est l’évaluation normative qui vise à nier les individus à les réduire à des chiffres. On peut avoir des conventions, des codes, des règles. Ils sont souvent nécessaires. La création est juste là pour nous rappeler qu’on pourrait penser autrement, ne pas rester engoncés, figés… La norme ne sait pas s’adapter à l’incertitude.

Il est des personnes qui passent leur existence à appauvrir leur possible, leur vie, en veillant à se conformer aux attentes supposées de la société. Ce sont des morts vivants quand ils ne deviennent pas des collaborateurs zélés du pouvoir dans ce qu’il a de pire en croyant mettre leur bonheur dans la privation de la liberté d’autrui comme s’ils tenaient à ce que les autres aient une vie aussi triste que la leur.

On a inventé le Paradis pour attendre la récompense et la liberté, justifier les sacrifices mais surtout pour éviter d’oser sortir du chemin prévu.

Créer c’est prendre la place de Dieu. Alors il faudra des contre-pouvoirs aussi à la création· mais la création prouve qu’on est en vie (« Écrire pour ne pas mourir » disait Anne Sylvestre citée dès la page d’accueil de ce site.)

La puissance de la création

Elle ne s’invite pas toujours comme un acte militant. Elle agit immédiatement pour transformer le regard. Elle déplace, elle bouscule. Le jazz n’est pas qu’une musique, pas qu’un genre musical. C’est une façon de concevoir le monde, les rapports entre les musiques, les artistes et le public.

Toute personne qui ose s’adonner à la création pleinement, qu’elle soit artistique, philosophique, artisanale ou insérée dans le quotidien le plus banal mesure à la fois combien elle relie au présent, donne du sens à ce que nous faisons et sommes, engage au partage et au lien, transforme.

Qu’ai-je crée aujourd’hui ?

Au fond, sans avoir fait la révolution, chacune, chacun, devrait pouvoir s’interroger : qu’ai-je crée aujourd’hui ? à quel moment ai-je pu apporter même modestement ma contribution au genre humain… ? Contribution positive s’entend. Tuer son prochain, élaborer des plans de destruction c’est juste morbide et destructeur.

Résister à l’obscurantisme, à sa vision fermée et mortifère, c’est savoir créer, inventer, apporter son regard, son inventivité et transformer le monde. Créer « pour que le monde change ».


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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