Le fascisme contemporain s’appuie sur les médias, les technologies et l’argent pour brouiller la pensée et noyer la vérité. Animé par le ressentiment il lui faut des ennemis. Face à la guerre et aux menaces qui fusent, réfuter l’égoïsme semble une utopie naïve. Mais la première résistance passe par notre capacité à nous affirmer en humanistes sans nous laisser définir par autrui. Pas contre, mais pour…il faut d’abord oser nous affirmer en humanistes.
Deux pièges
Plutôt que de chercher un sens préexistant, il nous faut donner un sens à notre vie.
Le premier piège, ayant renversé Dieu ou pensé le faire, serait de croire que nous pourrions devenir des Dieux. Des hommes immortels, des hommes augmentés grâce à la science.
Le deuxième piège serait de nous fondre de façon indistincte avec les animaux, le vivant, dans une sorte d’animalisme.
Si nous voulons sauver la planète, à moins de céder à la tentation suicidaire, ce serait bien de le faire avec nous.
La responsabilité de l’homme est telle qu’il tient dans sa main la capacité de tout détruire comme celle d’aménager le réel. Revenir en arrière à un supposé « état initial » équilibré est d’autant plus impossible que l’incertitude et le changement sont consubstantiels à ce que nous connaissons de l’Univers.
Ce ne sont ni les fourmis, ni les chiens, ni les kangourous a priori qui changeront le monde. Mais l’équilibre entre les espèces dépend de nous.
Nous avons le langage. Un langage construit, élaboré qui nous permet de penser, de nous penser, de nous critiquer, de nous opposer ou de faire alliance.
Des nuances, des variables mais des valeurs communes possibles
Dans le spectre de celles et ceux qui pourraient se présenter comme « humanistes » ou « progressistes », les approches et les positions, héritées de courants de pensée parfois antagonistes nous montrent de la diversité, des ambiguïtés… Mais c’est tant mieux. Il n’y a pas de « pureté » en la matière.
Je dis cela parce qu’on voit bien l’énergie dépensée souvent à ergoter, à se disputer.
Cela donne l’impression de pompiers qui polémiqueraient sur la couleur de leur uniforme au lieu d’éteindre l’incendie.
Il ne faut pas être grand analyste pour observer à travers le monde comment de Trump à Poutine en passant par Le Pen, Bolsonaro et tant d’autres une alliance objective vise à achever de détruire la démocratie, attiser les tensions et pour l’intérêt de quelques uns, en sacrifier beaucoup. Munsk est persuadé le moment venu que lui et les siens pourront s’échapper sur une autre planète. C’est le même cynisme suicidaire que nous avons déjà vu à l’œuvre à maintes reprises. Nous savons très bien ce qu’il peut se passer mais tout faisons tout comme si nous attendions des preuves que c’est « vraiment mal ».
Le vrai courage consiste pourtant à créer une autre dynamique.
Le progrès n’est pas linéaire mais comme la liberté, il doit nous animer
Lorsque les femmes ont milité pour obtenir le droit à l’avortement, si le soulagement est venu une fois la Loi votée, on vite vu qu’il n’était pas question de baisser les bras. La question des moyens, de la prévention, de la conviction… Rien n’est encore pleinement résolu. Une certaine naïveté fut de feindre que le progrès serait irréversible. On a pensé préserver l’acquis par l’inscription dans la Constitution… mais il ne faudrait pas pour autant s’endormir.
L’humanisme ne consiste pas à simplement énoncer des principes sans toujours les définir, mais il engage à s’ancrer au réel et agir quotidiennement sans se laisser bercer par le confort apparent notamment dans les sociétés occidentales.
L’école obligatoire et gratuite c’est bien. Mais il faut qu’elle soit réellement accessible à toutes et tous et que l’équité permette de compenser vraiment les inégalités. L’école publique s’est construite sans remettre en question les équilibres sociaux dans les quartiers. Elle ne peut réparer seule ce qui est brisé ailleurs.
Parce que nous nous sommes contenté d’énoncer des principes sans aller jusqu’au bout, la déception a mis du petit bois au feu du ressentiment. L’extrême droite en profite. C’est l’une des raisons qui fait que son travail consiste à attiser les tensions.
Réaffirmer l’égale dignité de toutes et tous
Je veux reconnaître en l’autre la dignité du semblable. On dirait un prêche à la messe dominicale. Chacune et chacun est unique et nous appartenons toutes et tous à la même espèce humaine. Chaque humain doit pouvoir construire sa vie comme il l’entend en respectant les choix d’autrui. Chacune, chacun doit pouvoir avoir la maîtrise de son destin d’une part en respectant l’autre et d’autre part en coopérant puisque c’est le seul moyen de survivre et se développer. La seule autorité qui vaille est l’autorité fonctionnelle. Pas celle d’un individu sur un autre, mais celle portée au nom de la Société et révocable si elle déroge au respect de la dignité.
Par exemple, comme citoyen je délègue à la police la possibilité de mettre fin à des actes délictueux. Mais je ne lui délègue pas le droit de déroger au respect dû à chacun, y compris au salaud. Je dois protéger le salaud de lui-même et de ce qu’il pourrait faire à autrui en créant une distance qui va permettre d’agir avec justice. La justice doit prendre en compte le réel de la victime et celui du coupable. Et chaque situation référée à la Loi reste pourtant unique.
On pourrait transposer au système économique…
Tout cela doit se dire et ce n’est pas à l’humaniste de se justifier mais il faut placer celles et ceux qui refuseraient ces valeurs face à leurs responsabilités.
Regardez ce parti politique qui s’en prend à l’arbitre alors que c’est lui qui a mal joué sur le terrain. Il faut refuser cette façon de nier ses propres fautes. Il faut inverser la logique : ce n’est pas aux humanistes de se justifier mais à celles et ceux qui bafouent les droits humains. C’est bête à dire, mais quelle timidité !
L’humanisme n’est pas fait de truismes creux
Ceux qui ont inventé en leur temps le pédagogisme pour lutter contre les professeurs qui refusaient le déterminisme social ou plus tard le wokisme pour moquer celles et ceux qui luttent contre les injustices, nous rappellent que le langage peut s’avérer une arme de disqualification et un piège souvent efficace.
Divisés, les humanistes se sont souvent laissés définir par leurs adversaires. Ce faisant ils se sont placés dans une posture d’autojustification et ont mis sous le tapis leurs projets et leurs ambitions.
Les voilà tentant de défendre les conquis sociaux sans oser proposer autre chose. Ils cèdent à la peur.
Il est vrai que certains par candeur ou fatigue, ont tenu les principes humanistes et démocratiques pour acquis et surtout ont renoncé à les incarner pour eux-mêmes. Les classes populaires ont été bien souvent abandonnées et restent traitées avec condescendance par des donneurs de leçon.
Il me semble qu’une véritable démarche humaniste c’est d’être ce que l’on attend d’autrui en faisant avec toutes et tous, en allant, en proposant, en associant…
La démocratie ce n’est pas simplement demander un vote, c’est partager le pouvoir et les responsabilités.
Apprendre, créer, partager, prendre soin…
Je décline souvent ma propre antienne. J’ai mes influences.
L’émancipation par le savoir est le moteur premier. Chacune et chacun doit pouvoir créer sa vie avec le soutien de la Société, en exerçant ses choix. Dire cela est déjà révolutionnaire ! Le partage ou la coopération nous sont indispensables. Plutôt que de penser à sa carrière en termes d’enrichissement, penser son métier en termes de rôle social, de ce qu’on peut partager de ses compétences et apporter aux autres est autrement gratifiant (si la société en fait un retour positif et respectueux). Prendre soin de soi, des autres, de son environnement est forcément plus vertueux qu’exclure, chasser, mépriser…
Mais comme nous sommes timides !
Certes l’Utopie peut enfermer tout comme la naïveté. On a vu de grands projets pour l’humanité qui ont mal tourné car ils étaient des plans figés refusant le réel, l’incertitude et le respect absolu de la dignité d’autrui…
Ce n’est pas pour ça qu’il faudrait renoncer.
Ce n’est pas parce qu’il y a des délinquants que nous devons placer toute la Société sous surveillance. En revanche nous devons enseigner et pratiquer la bienveillance (bien veiller, c’est être attentif à autrui…dès le début.)
On relève la tête
Sans honte ni orgueil, sans nous penser détentrices ou détenteurs d’une vérité figée, osons relever la tête maintenant. Ça suffit ! Il vient un moment où il faut changer de paradigme, appeler un chat un chat et surtout savoir repérer et désigner les antidémocrates, les néo-fascistes. Ils sont reconnaissables à leur cynisme, à cette vulgarité qui n’est pas simplement cette capacité à s’exprimer avec outrance mais à flatter le pire en l’homme.
Je dis cela parce que sans confiance en nos valeurs, sans désir de les partager, les autres n’attendront pas. La démonstration grandeur nature que nous donne le gouvernement américain n’a pas besoin d’être développée…
Adelante ! No pasaran !

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