Dès lors qu’un pouvoir totalitaire veut développer son emprise, il s’en prend à l’école et aux contenus d’enseignement. Tordre la vérité, réduire l’esprit critique, nier la science a toujours été le propre de l’obscurantisme. Apprendre, développer sa curiosité, est une liberté hautement subversive puisque qu’apprendre aide à s’émanciper de son destin. Une forme de résistance donc.
Apprendre toujours
Ma boussole s’articule autour de ses quatre pôles : apprendre, créer, partager, prendre soin…
Apprendre, c’est le besoin permanent de comprendre, d’essayer, d’exercer ma curiosité. Le petit enfant manifeste très tôt ce désir. Je ne connais pas d’enfant qui résiste au plaisir de jouer, de prendre le livre qu’on lui donne ne serait-ce que pour en tourner les pages, animé de curiosité. Apprendre agit comme un moteur. Sans apprentissage, pas de transformation possible, pas de possibilité de résoudre des problèmes.
Apprendre c’est tenter de se libérer de ses croyances pour regarder le monde autrement. Il n’y a pas d’apprentissage sans conséquence sociale. On l’a vu autrefois avec l’écriture puis l’imprimerie. On le perçoit aujourd’hui avec l’arrivée d’un outil aussi déroutant que « l’intelligence artificielle ».
C’est par la connaissance que nous avons appris que la Terre n’est pas au centre du monde et que l’Homme (en tant qu’espèce) n’est pas l’espèce supérieure mais l’espèce responsable de la plupart des transformations de la planète.
Apprendre est pour moi une nécessité quotidienne. C’est ce que je cherche chaque jour. Apprendre au moins une petite chose, quitte à me départir d’une connaissance devenue alors erronée avec la remise en question que cela suppose.
Tordre le cou à la vérité
Quand le président américain veut retirer un certain nombre d’éléments de la connaissance des musées, quand il licencie une responsable d’un organisme qui présente des résultats statistiques lui déplaisant, il démontre à quel point le savoir est subversif pour un pouvoir totalitaire.
La difficulté face au mensonge quand il devient institutionnel, soutenu par les médias et le pouvoir économique, tient dans le sentiment de ne pas se battre à armes égales. Le débat semble impossible. C’est d’autant plus difficile quand les arguments sont binaires, quand la violence est dans les mots et incite à l’affrontement pour empêcher de penser.
Occuper le terrain
Il fut un temps où les militants du parti communiste français – bien que trompés sur le communisme soviétique notamment- veillaient à favoriser l’accès à la connaissance, à la littérature y compris au sein des classes populaires. Il y avait des bibliothèques chez nombre de militants ouvriers. On voyait la même chose dans le monde paysan ou au sein de mouvements de jeunesse (Jeunesse Ouvrière Chrétienne, Francs et Franches camarades… certains mouvements scouts…). Quand Jean Vilar développa son Théâtre National Populaire, malgré les critiques de l’élite, il sut rencontrer son public.
Gérard Chauveau parlait autrefois de la nécessité de pratiquer le « bombardement culturel » auprès des élèves des quartiers défavorisés. Cette haute vision voulait redonner de l’ambition aux contenus dispensés et l’on pourrait s’en inspirer aujourd’hui encore pour tout le système éducatif. On peut faire accéder à la connaissance sans être ennuyeux ni simplifications excessives. Je n’oublierai jamais la passion avec laquelle les élèves de CM2 de la rue de Tanger (en zone d’éducation prioritaire difficile à Paris) s’étaient emparés des écrits de Victor Hugo. « Gavroche c’est nous ! » s’étaient-ils exclamé et ils avaient appris par cœur avec soif des poèmes entiers.
Commencer par soi et partager
Une sorte d’hygiène personnelle doit nous inciter à apprendre tout au long de notre vie. Tant qu’on peut, il faut s’y employer. On n’apprend pas pour obtenir un diplôme. On apprend pour rester connecté·e aux évolutions du monde, mieux en comprendre les difficultés, ne pas se laisser faire et agir selon ses moyens et ses convictions. On apprend aussi pour le plaisir de l’émerveillement. Apprendre permet de mesurer la beauté de la vie et de ses manifestations… apprendre permet de mieux aimer la vie !
La question du partage des connaissances est fondamentale. Celles et ceux qui publient sous licence « creative commons » ont cette volonté de démocratisation du savoir. Les enseignants le savent chaque matin… mais plus largement, chaque citoyen qui détient un peu de savoir devrait faire œuvre utile en osant le partager.
Nous vivons moins aujourd’hui de transmissions traditionnelles en situation, la vidéo YouTube s’est substituée à l’observation du grand-père dans l’atelier, mais nombre de personnes qui « savent » des choses et les retiennent pour elles devraient oser le faire mieux.
Apprendre, enseigner… partager… c’est déjà résister !

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