Comment fais-tu pour choisir ?


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7–11 minutes

C’était à propos des réseaux sociaux que j’ai quittés la semaine dernière. Un ami me demandait : « Comment fais-tu pour choisir ?  » Il disait manquer d’informations, craindre de se tromper. Car il y avait pour lui à la fois la question de quitter certains réseaux et celle d’en choisir (ou pas) d’autres. Un double risque. Sur ce site, comme dans ma vie, je ne veux pas donner de conseils. Souvent d’ailleurs ce journal a accueilli mes questions en cours. Il y a une rubrique « changer de vie » qui en témoigne. J’aime bien de temps en temps venir me questionner. C’est vrai, comment ai-je fait tout au long de ma vie et encore aujourd’hui pour choisir ? Je me dis d’ailleurs que je n’ai pas fini de choisir au risque de l’incertitude. Choisir ? Ce sera le thème de la semaine !

Sommes-nous la somme de nos choix ?

Dans une journée banale, sans avoir forcément à prendre de grandes décisions, nous faisons un grand nombre de choix. Certains peuvent être imposés ou orientés par nos besoins physiologiques, d’autres marqués par l’habitude, d’autres orientés par l’expérience. Certains sont peut-être faits par conformisme ou d’autres pour respecter des conventions sociales, un règlement ou un code. D’autres encore peuvent être des choix de conviction, éthiques ou pour mener un projet. Même au moment d’un projet, il peut y avoir le choix d’impulsion, le « coup de cœur » ou le choix longuement réfléchi et travaillé…

Le matin, c’est Isis la chatte qui décide de nous réveiller. Quand je dis le matin, c’est souvent avant l’aube. Je râle mais je n’emploie pas de moyens drastiques ou coercitifs pour l’en empêcher ! À la fois parce que je l’aime trop pour ne pas être laxiste avec elle, mais en réalité, parce qu‘elle m’aide à me lever tôt et que j’aime ça !

Petits et grands choix

L’ordre dans lequel je vais faire les choses le matin, le choix de la tasse ou de ce que je vais manger au petit déjeuner… Ce sont ces petits gestes anodins comme autant de choix implicites qui pourtant balisent ma journée.

Les habitudes, les rituels s’imposent… et pourtant, il m’arrive à l’occasion de tel ou tel événement de réfléchir à certaines décisions : petit- déjeuner au lit ou au salon ? sur la table de la cuisine ou au bureau en lisant les premières nouvelles ?

Je pourrais même aller plus loin : pourquoi je choisis cette tasse plutôt qu’une autre ?

En réalité c’est une vraie question.

Il m’est arrivé de vouloir du renouveau : modifier ce que je mange, acheter de nouvelles tasses…

S’il y a du monde à la maison, d’autres rituels vont se mettre en place.

Certains choix sont liés à l’ergonomie, à la gestion du temps, aux activités qui suivront…

Heureusement, je ne fais pas la liste de tous les paramètres et de toutes les tâches supposant des opérations…

On sait que certaines personnes ont des besoins spécifiques et découpent les tâches à effectuer en micro-tâches limitant la prise de décision. D’autres ont des journées si structurées qu’il n’y a guère d’imprévu et qu’ils savent d’avance ce qu’ils auront à effectuer avec des procédures, des tâches exécutives… Il faut savoir faire…

On connaît les « mangeurs monotones » qui mangent la même chose pour ne pas avoir à choisir. Ma grand-mère paternelle avait des menus immuables tout au long de sa vie pour chaque repas. Le jeudi soir c’était des spaghettis au fromage… Quel ennui pour sa famille. D’autres ont choisi d’adopter chaque jour le même look. Le style minimaliste est une façon de choisir un espace allégé où l’on fait le choix de réduire le nombre d’objets. Je tends souvent à faire des courses le lundi… et je vais faire des choix, des compromis lorsque je vais remplir mon panier. Ce qui semble être une aide, rendre la vie plus facile, peut s’avérer n’être que facilités aux conséquences néfastes. Celles et ceux qui souffrent d’addiction ne peuvent plus choisir. Ou seulement quand la souffrance sera si grande qu’il leur faudra entreprendre une démarche volontaire pour rompre avec l’addiction et trouver alors autre chose pour combler l’espace libéré…

Certains habitudes en apparence peu graves sont venues insidieusement s’imposer, presque malgré nous, et méritent d’être questionnées : je me suis rendu compte qu’il y avait une émission de télévision que j’avais pris l’habitude de regarder en entier alors qu’elle ne me passionnait plus, loin de là, je regardais par facilité, négligence presque… alors j’ai commencé par délaisser la seconde partie qui m’ennuyait puis à ne plus la regarder qu’épisodiquement pour l’abandonner au profit d’activités plus enrichissantes.

En pédagogie, on sait que l’une des difficultés des enseignants réside dans leur capacité à structurer leur enseignement sans céder aux aspects néfastes de l’habitus.

À différents moments de ma vie j’ai fait des choix parfois assez forts : changer de métier ou de fonction (6 fois) , changer de région (5 fois depuis que je suis adulte) , déménager (vraiment souvent selon les périodes), quitter une personne… Dans la plupart des cas ce qui a été le plus délicat c’était de se lancer, mais une fois en route, plus de craintes ! Cela ne veut pas dire non plus que je « change pour changer ». Il y a quelque soit le lieu ou la fonction, une sorte de ligne, quelque chose qui me définit et s’exprime transcendant le reste… On change « pour » une recherche de cohérence.

Mes amis ou ma famille ont vite compris que mes choix m’appartenaient ou en tout cas que je me passais de leur avis. Je n’aime guère que l’on choisisse pour moi ! Et encore moins que l’on veuille m’influencer ! Choisir c’est souvent pour moi ne pas risquer de regretter de ne pas avoir agi et surtout me mettre en mouvement vers « l’aventure » ou en tout cas quelque chose qui puisse m’enrichir, élargir un point de vue, me transformer… (dans ce paradoxe où je veux transformer ma vie pour comprendre vraiment qui je suis et progresser « positivement » vers moi, je change pour me relier et ne pas faire honte à mon « enfant intérieur »).

Choisir, c’est faire son histoire pour se trouver. C’est une expression de liberté même si je sais que parfois des contraintes la limitent.

Je ne crois pas cependant être la seule résultante figée de mes choix, car je peux encore modifier la donne. Je me refuse à la prédestination, aux étiquettes et je veux savoir m’émanciper toujours y compris de mes propres représentations ou d’interdits idiots que je m’impose. Pour autant, je sais qu’il est inutile de se stresser, se torturer quand on ne réussit pas à mettre en œuvre une décision. C’est que peut-être ce n’était juste pas le bon moment.

Ce n’est pas une compétition, c’est une construction.

Choisir c’est renoncer ?

À 17 ans, j’ai renoncé à la proposition d’un directeur de troupe de théâtre de venir travailler avec lui pour préférer prudemment passer un concours de la fonction publique. Cette décision était due à la volonté de garantir mon émancipation financière et de pouvoir épauler ma mère. C’était un choix « raisonnable ». Rimbaud disait pourtant « qu’on n’est pas sérieux quand on 17 ans »… J’étais terriblement sage. Mais c’était une façon de surmonter des épreuves.

De ce renoncement, surtout parce qu’on m’avait fait une proposition intéressante, j’ai conçu d’abord une certaine amertume. Puis j’ai compris que les regrets ne servaient à rien. D’ailleurs ce projet de théâtre, sympathique et qui me plaisait car un professionnel me faisait confiance, n’était en réalité pas mon projet profond. Ce n’était pas moi qui était allé voir l’homme de théâtre mais le contraire. C’était son idée avant d’être la mienne. Ma motivation aurait trop été animée par les attentes de cet homme et alors j’aurais peut-être renoncé à une part de moi-même. J’aurais été acteur mais pas metteur en scène de ma vie ! J’ai mené une carrière au final singulière mais très riche que j’ai interrompue quand j’ai compris que je ne pouvais plus être fidèle à mes valeurs. Encore choisir. Cela engendra d’autres malentendus. J’ai rebondi grâce à l’action. Autrement dit, le renoncement serait idiot s’il me limitait à la simple privation et ne me permettait pas d’explorer d’autres chemins. Dans la balance entre ce que je perdais et ce que j’ai gagné à chaque fois, j’ai toujours été heureux de ne pas rester statique.

J’ai saisi les opportunités sans être opportuniste, sans cirer les pompes à personne, me nier ou m’asservir.

Chacun de mes choix s’est fait selon le contexte où je me trouvais en restant toujours un choix ouvert sur une suite. Je n’ai jamais eu d’ambition de carrière et je déteste le pouvoir. La question était de savoir si mon choix allait me permettre d’être utile, d’apporter aux autres tout en enrichissant mon expérience.

Quand j’ai choisi de quitter la Bretagne pour l’Aveyron, je l’ai fait pour tout un ensemble de raisons intimes, personnelles et liées à mon ancienne activité professionnelle. Je savais bien que je laisserais derrière des personnes qui ne comprendraient pas toujours. Mais je savais aussi que c’était le bon moment. Il y a là une part laissée à l’intuition, à la volonté d’aller chercher sa chance. Choisir, y compris de tourner la page, de changer… c’est oser l’aventure et penser à la rencontre (nouvel espace, nouvelles personnes…).

Vieillir

Comme on nait sans l’avoir demandé, on vieillit. On peut mettre un peu de crème, faire du sport, manger sainement, on vieillit. La mort est là, se rapproche non pas de son entourage mais de soi-même. Inéluctable. Mes directives anticipées sont écrites. Comme pour la conjurer j’adore parler de ma mort. C’est pourtant la mort qui a peur de la vie, pas le contraire !

« La vie et la mort cheminent ensemble, la mort n’a qu’une peur c’est que la vie la dévore » Colette Magny chantait ça quelque part.

Choisir, c’est peut-être refuser de mourir, que ce soit par l’abstention, le silence, le laisser aller, l’immobilisme.

Souvent la question que je me pose est de savoir comment identifier le moment, juste avant de ne plus pouvoir choisir ? Par exemple si je devenais incapable de décider de ma vie ou si je dépendais du choix d’autrui. Le choix ce serait : stop ou encore ? Il est difficile de se dire qu’il existe ce risque de ne plus pouvoir choisir de se mettre dans la main d’autrui. C’est la raison pour laquelle je refuse toute réanimation ou prolongation artificielle, ce « maintien en vie » y compris à l’état de légume (ce n’est pas très gentil pour les légumes).

à suivre !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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