Je n’écris pas pour dire aux autres ce qu’iels devraient penser


Jeune fille

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5–8 minutes

Je déteste qu’on me fasse la leçon. Logiquement je dois sans cesse éviter le piège qui consisterait à la faire aux autres. Je marche, j’explore, j’essaie, je partage. Le respect de la liberté de l’autre c’est précieux. Cela passe aussi par la défense de ma propre liberté ou de ma dignité. On n’échappe pas aux influences. Je veux construire mon discernement et mes choix à l’aune de valeurs à vivre et non d’un drapeau à porter. Les convictions sont là pour débroussailler le chemin, pas pour ériger un mur dogmatique. Je me méfie des certitudes si elles empêchent de penser et je crains qu’on ne puisse changer le monde sans changer soi-même.


Le jeu du « Qui dit quoi  » ?

Il y a plusieurs années j’avais fait jouer au jeu du « Qui dit quoi ?  » : prenez des citations d’hommes politiques, découpez les sur des étiquettes, mélangez le tout et proposez le jeu qui consiste à en retrouver l’autrice ou l’auteur. On peut même demander à celles et ceux qui jouent s’ils approuvent ou non le propos. Eh bien, surtout en cette époque de brouillage idéologique, pas toujours simple d’associer le bon auteur et les erreurs sont vite nombreuses.

Pourtant, avec les mêmes citations relayées sur les réseaux sociaux, on voit bien qui conspue, qui félicite. C’est à dire que nous avons tendance à approuver un propos venant d’une personne que nous estimons alors que nous pourrons aller jusqu’à le dénigrer s’il vient par exemple d’un adversaire politique.

Le biais de confirmation

Sans aller jusqu’à la mauvaise foi, notre cerveau n’aime pas d’emblée se trouver remis en cause dans ses croyances initiales. Certains sauts cognitifs sont de véritables révolutions qui nous déstabilisent. Tout le monde n’a pas envie (ni la capacité) de sortir de sa zone de confort ou de sa « zone proximale de développement » comme disait mon pote Vygotski.

Sur un certain nombre de sujets nous avons des difficultés à admettre qu’une vision binaire ne suffit pas. Mais il arrive aussi que « la complexité » soit invoquée comme un dogme : « c’est complexe, ne changeons rien. « 

L’anathème et le ressentiment nous empêchent de penser

Dès lors que nous réagissons non en fonction des actes d’une personne mais de ce qu’elle est en fonction de son âge, son sexe, sa position sociale, son origine etc. nous commençons à fabriquer de l’exclusion : la sienne en la réduisant et l’empêchant d’évoluer comme dans une prophétie autoréalisatrice, mais aussi la nôtre puis celle de la société puisque nous allons trouver mille raisons de nous faire la guerre et surtout ne pas nous remettre en question.

Je n’ai pas besoin d’adopter les codes du supposé adversaire pour me défendre de ses turpitudes. Au contraire, je me grandirais en allant chercher d’autres stratégies.

Il est vrai que certains vont tout faire pour nous « énerver » dans une approche toxique destinée à nous attraper.

Les réseaux sociaux sont champions là dessus et ça marche fort : ça crie, ça fait du bruit. Même Mastodon n’échappe pas aux réflexes tribaux. Conspuer dans l’entre-soi peut un temps donner l’illusion de faire corps dans une communauté mais les dérives peuvent vite naître. Surtout, est-ce que ça fait avancer ?

Ni prescrire, ni corriger, ni prosélytisme

Quand je suis allé critiquer les choix de mon député en matière de site web, – il n’a pas répondu à ce jour- j’étais juste au bord de cette limite d’un acte militant. J’aurais peut-être dû plus le questionner que le mettre face à ses manquements. J’ai partagé au delà de l’échange en sa direction mais pour l’instant, ça n’a pas eu d’effet.

Quand je pose ici le fait qu’aucun article de ce site n’est écrit avec l’intelligence artificielle, je m’y tiens aisément. C’est en cohérence avec mes valeurs et je ne verrais pas l’intérêt de déléguer l’écriture de ces pages (pas plus à une machine qu’un humain). J’admets en revanche demander certains « bouts de code » ou snippets à l’IA dans le but de réduire le nombre d’extensions ou plugins. J’utilise des outils probablement imparfaits pour protéger les créations de ce site de l’aspiration non contrôlée des créations mais je laisse l’IA découvrir les pages du journal dans une vision purement stratégique de façon à ne pas invisibiliser le site.

Je n’utilise aucun outil des géants du Web, mais ce site est configuré pour être découvrable par les moteurs de recherche.

Ce que je tente, ce que je partage ici, c’est une démarche qui s’appuie au moins sur ma propre expérience. Je ne voudrais pas « être contre par principe » mais « contre parce que j’ai essayé ou compris » ou « contre certains aspects ». Ma réflexion est en quelque sorte sur cette ligne de crête dans une sorte de négociation active avec le réel tel que je le perçois. Et j’accepte bien volontiers que d’autres personnes développent leur propre vision.

Je protestais l’autre jour contre le fait que le ramassage des ordures ici est dorénavant à 1.5km. Mais maintenant je me dis que l’objectif est d’aller vers une réduction drastique des déchets et que je passe d’une poubelle par semaine comme aujourd’hui à une tous les quinze jours. Je peux raconter et partager mes expériences, mais je ne vais pas aller compter les poubelles du voisin ! De même c’est très bien de réduire mes déchets, mais à terme, ça supprimera aussi des emplois si on ne les a pas orientés vers d’autres missions.

L’exigence a besoin du doute

Il n’est pas de rationalité qui puisse se passer du questionnement, du doute. Une vérité peut émerger mais elle doit pouvoir être questionnée régulièrement à l’aune des nouvelles découvertes.

Quand j’étais jeune, on nous disait que nous augmentions notre capital de neurones jusqu’à l’âge de 20 ans puis qu’il ne ferait que décliner ensuite. Quel bonheur de découvrir avec les évolutions de la science que nous pouvions même vieux continuer de développer nos connexions neuronales !

Écrire pour apprendre

Je n’écris pas pour rechercher une validation, un accord, un assentiment mais d’abord pour essayer de réfléchir moi même. Une lectrice peut se reconnaître là, un lecteur partager ou non mon approche, ce n’est pas le sujet.

Chacune, chacun va construire son jugement propre, c’est sa propriété, son choix, sa liberté. Je ne suis pas certain que cela me regarde.

Quand je découvre un texte, j’aime y trouver une question, une idée, une information comme une sorte de nutriment pour ma propre pensée. Je vais peut-être digérer les choses à ma façon. Il se peut que sur certaines causes je m’allie dans un objectif défini. Ça ne vaudra pas chèque en blanc pour tout. Je n’ai pas non plus forcément à rendre compte de tout, à me positionner sur tout.

Certains engagements sont des affichages qui peuvent nous être plus ou moins « sympathiques », dans lesquels on peut plus ou moins se reconnaître… mais si cela ne change rien de nos projets, nos façons d’être et d’agir… ça risque d’engendrer de la frustration.

Et puis, si l’on écrit ou parle, il faut aussi accepter qu’on ne sera pas forcément « compris » comme on l’imaginait au départ.

Et par une sorte de contre-pied bizarre, me vient soudain à l’esprit le poème de Jean Tardieu

La môme néant
- Quoi qu'a dit ?
- A dit rin.
- Quoi qu'a fait ?
- A fait rin.
- A quoi qu'a pense ?
- A pense à rin.
Pourquoi qu'a dit rin ?
Pourquoi qu'a fait rin ?
Pourquoi qu'a pense à rin ?
- A' xiste pas.
Jean Tardieu

Découvrez la savoureuse version donnée en 1962 par Jean Tardieu lui-même qui nous rappelle que parfois pour secouer un peu notre cerveau, l’humour est salvateur !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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