Vivons heureux en poésie !


·

3–5 minutes

C’est la devise du site : « vivons heureux en poésie ! » Au-delà du slogan, de la présentation formelle, je veux pour la lectrice et le lecteur comme pour moi-même, revenir un instant sur ce que j’entends par là. Ce que l’on peut en faire pour sa propre existence…

Entre Desproges et Guillevic

C’est l’autre jour que j’ai réalisé que « Vivons heureux en poésie » venait à la fois du « Vivons heureux en attendant la mort » de Desproges paru au Seuil en 1983 et du « Vivre en poésie » de Guillevic.

Autodérision de Desproges jouant avec la menace de la mort mais qui dès la page 11 nous rappelle souffrir d’une maladie incurable, qui s’appelle « la vie ». Guillevic va lui oser toucher l’éternité en vivant avec intensité le présent, questionnant le grain de sable, il nous engage à la reconquête du réel.

« Vivre tout évènement quotidien dans les coordonnées de l’éternité, c’est pour moi la poésie » (Vivre en Poésie).

Affirmer « Vivons heureux en poésie ! » ce n’est pas nier le tragique. C’est une révolution intime. C’est choisir d’être ce que l’on espère.

Être dans le flow de ses sens

Il faut s’accorder le temps d’ouvrir ses sens.

En m’installant à la campagne, après une petite ville où malgré tout les passages des autos et l’activité humaine bruissaient autour de moi, j’ai redécouvert ce que j’ai d’abord nommé le silence, ou le calme.

Puis, quelques semaines plus tard, j’ai mesuré qu’en réalité mille nuances de sonorités habitaient le lieu. Des cloches du village aux chiens qui s’énervent, de la musique d’une maison au frôlement des bêtes dans les futaies, le crissement des insectes dans la haie ou le mouvement d’un troupeau, tout emplit l’atmosphère et me réinvestit dans une dimension peut-être négligée…

De cette disponibilité meilleure au monde et à soi, nait alors la conscience plus développée de la vanité d’activités qui parasitent l’essentiel, de la vacuité des rumeurs et des disputes.

Ce n’est pas que le monde ne changera pas sans courage mais qu’il faudra s’accorder sur ce qui doit nous conduire.

La Paix, avec sa nécessaire majuscule est un long travail. Elle ne peut se construire sans humanisme. Il n’y a pas d’humanisme sans générosité.

Grâce à la poésie !

Sensation d’abord, elle ose nous placer autrement dans le paysage. Le temps du poème n’est pas du temps perdu. Il n’est ni prière, ni méditation et pourtant peut nous aider à lâcher prise, à laisser l’énervement du siècle et des fausses urgences.

Le poème ou la conscience poétique, me dit humain, vivant, témoin de la vie, nourri de la vie et m’invite à me faire protecteur de la vie, être bienveillant, simplement humain, à ma mesure…

Grâce à la poésie, je visite autrement le Monde, je marche dans le chemin avec patience et curiosité…

Émancipation

Oser dire, « vivons heureux en poésie ! », c’est s’émanciper aussi de la culpabilisation, du conformisme, des relations toxiques. Il ne s’agit pas d’être différent par l’anecdote, mais il s’agit d’être soi. C’est-à-dire de s’affirmer tranquillement, dans sa singularité, sans dépendre de l’assentiment d’autrui.

Ce n’est pas sans questions, sans erreurs ou plutôt sans essais. Car ce qui compte c’est d’oser et essayer. Si tu n’oses pas t’élancer pour chanter, tu ne connaîtras pas les possibilités de ta voix, si tu ne plonges pas, tu ne connaîtras pas la joie de l’eau…

J’ai près de moi une guitare qui dort et dont je dois commencer à apprendre les accords. J’irai essayer au risque de l’autodidaxie sûrement, peut-être saurais-je écouter les conseils d’un maître patient, mais ce qui compte c’est l’essai.

Dans les écoles, dans la vie, on devrait donner aux personnes la possibilité d’essayer, de refaire, d’apprendre sans risquer d’être jugé…

Le malheur et la plainte

Le malheur, la plainte, le renoncement, le ressassement, l’anathème, le ressentiment, la guerre, ne sont pas des obligations, des punitions…

Si la vanité des compétitions nous empêche parfois d’être solidaires, si nous cédons au venin mortifère, la fraternité, l’attente de l’autre savent aussi nous mener et nous récompensent autrement … Nous en avons conscience, bizarrement nous chipotons, nous n’osons pas le dire ni le faire.

Bien sûr il faut savoir écouter la fatigue, les limites du corps… ce n’est pas toujours simple lorsque certains vivent sous le joug de contraintes. L’insupportable doit changer, justement au nom des valeurs, de la force poétique qui se place du côté de la vie… mais souvent nous figeons les choses, nous raidissons les contraintes en cédant au conformisme ou à la peur.

Combien cherchent-ils une compagnie par simple peur d’être seuls ou pour répondre aux attentes supposées de la société ?

Ce matin la nature tout autour est dans un joli brouillard. Un peu de blanc reste encore sur l’herbe que des oiseaux picorent.

Alors, le jardin prend un tout autre visage et propose au regard une lecture renouvelée.

Ici, je vais réapprendre la chanson des saisons.

à suivre !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


VOUS POURRIEZ AIMER AUSSI

dernières publications

Les commentaires

Commentez, ou publiez une réponse sur votre blog (avec un lien vers cet article) ou sur le Fediverse (Mastodon, etc.) : elle apparaîtra ici.

Un mot en retour ?

Vous souhaitez citer cet article sur votre site ? Indiquez simplement votre lien ici.