Quand le corps invite à renouer avec l’enfant intérieur


Ellecourt

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4–6 minutes

Chacune et chacun d’entre-nous a sa propre histoire avec son corps. En partageant ici ma démarche de remise en mouvement, je ne mesurais pas qu’il ne s’agissait pas seulement de reprendre une activité physique plus régulière. Il s’agit en réalité de renouer, de se déployer et de se planter en équilibre non pour se fixer mais pour sécuriser la marche, le cheminement.


L’enfant osait, l’adolescent s’est interdit, l’adulte a ignoré

Je ne veux pas idéaliser l’enfance ni céder à la tentation régressive. Mon enfance fut loin d’être rose. Pourtant, le petit garçon que j’étais osait. J’ai beaucoup couru que ce soit avec le chien, avec mon copain François. Nous avons joué, nagé, sauté, dansé, pédalé. Il y eut des chutes. Je me relevais. J’ai eu la chance d’avoir des jardins, de pouvoir sauter dans des piscines et qu’on me laisse assez libre. Les égratignures, ce n’était rien. J’étais commandé par les sensations, le plaisir, la curiosité.

Avec les copains, à l’école, il y eut la joie des sports collectifs. Il s’agissait de coopérer, faire équipe. Tout cela était bien loin du sport spectacle ou de la compétition.

Quand il n’y avait pas école, nous allions explorer là un sentier, ailleurs une falaise… Nous n’avions pas peur de marcher, il fallait apprendre à ne pas se perdre.

Si je n’y pense pas tous les jours, l’adolescence me confronta à des difficultés dont je ne soupçonnais pas à quel point elles ont influencé ma vie. C’est un lieu commun, le corps garde en mémoire ce que la parole n’a pu dire : tensions, rétractations… C’est la puissance des interdits silencieux, invisibles.

L’enfant intérieur, s’est symboliquement réfugié dans le ventre, cet abdomen qui manque de muscles. On peut être enceint de soi même, surtout quand on est orphelin ! C’est à dire qu’on ne se déploie plus, on s’empêche. Alors la plante des pieds indiciblement se rétracte et ce lieu à la fois d’équilibre et de mise en marche, se fragilise. On devient prudent et si l’on est trop prudent, on ne s’engage pas. Si on se raidit, la chute risque d’être plus sévère.

Se planter pour retrouver l’équilibre

Combien de fois un enfant tombe-t-il pour apprendre à marcher ? Combien connaissons-nous d’adultes morts des conséquences d’une mauvaise chute ? Parce qu’ils n’ont pas appris à tomber et se sont raidis.

Môme, j’ai beaucoup marché pieds nus. J’adore toujours cette sensation. Il faut accepter que ça pique parfois, la dureté des graviers…

Je sais tenir en équilibre sur un pied, autant que je veux dirait-on… sauf les yeux fermés. La plante des pieds demande à se déployer pour permettre la marche. Non à se planter comme un piquet risquant de se briser au moindre coup de vent. La canne empêche souvent tout comme le déambulateur.

Souplesse du corps, souplesse de l’esprit…

Des retrouvailles avec l’enfant intérieur plutôt qu’avec la mécanique du corps objet

Si l’on peut travailler à faire progresser ses capacités sans forcément se comparer, pour être présent à ce que je fais quand je pratique une activité physique, je cherche ce qui est juste et bon sans brutaliser mon corps. C’est la question de l’effort juste et progressif. La persévérance ne se peut que dans la régularité, le degré bien choisi – ni trop facile, ni trop dur-, jusqu’à ce que le cerveau enregistre que « ça fait du bien » et inscrive tout seul l’activité à l’emploi du temps… Bonjour la dopamine !

Les marchands, les coachs de YouTube qui assènent souvent des vérités peu vérifiées, ne nous connaissent ni dans notre histoire personnelle, ni dans la complexité de notre corps.

Oui, j’inscris mes activités dans une régularité : le même moment, la même durée. Ce que je vais expérimenter va varier en intensité et modalités en fonction de ce que je ressens, de mes envies, de la diversité que je recherche.

J’ai vu l’intérêt aussi d’être à ce que je fais c’est à dire d’être présent pleinement à l’exercice mené plutôt que de penser déjà au suivant…

Si des émotions sont là, on ne va pas les nier … ça peut être de la joie comme une évocation plus triste… L’activité physique engage des réminiscences. Je me suis souvenu de mes années d’étudiant où je dansais et notamment des moments où une prof assez incroyable m’entraînait en me révélant à ma propre créativité. Alors oui, il faut que ces moments d’activité physique, laissent leur place à la créativité et non à la simple exécution mécanique.

On n’est pas là pour se faire souffrir par le corps en le soumettant à des exercices qui se traduiraient par des douleurs excessives.

On agit pour s’entretenir, avancer, trouver ce qui est bon pour soi et permet un progrès durable.

Il ne s’agit pas de vouloir tout interpréter à l’excès mais de reconnaître ce qui parfois était masqué à soi-même par un subterfuge. Le corps est assez doué.

Encore une histoire de cheminement

Réappropriation, cheminement. Toute chose comparable, c’est un peu comme lorsqu’il s’agit d’écrire pour mettre son cerveau en action. Ce qui est intéressant, ce n’est pas le but, comme toujours c’est le chemin, ce qu’on va expérimenter, débroussailler.

Certes, le temps agit sur la mécanique. Il serait niais de le nier. Pourtant, quand les circonstances le permettent, ne pas se refuser ce bonheur là, est déjà une jolie perspective.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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