Non au sport ! Vive la mise en mouvement !


Presence CC0 1.0 Universal Pablo Stanley

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5–7 minutes

Depuis l’enfance, le sport et moi n’avons jamais été en amitié. Il y a là des raisons familiales, culturelles et sociales. Le sport tel qu’on l’entend avec ses normes et ses performances fut facteur d’exclusion. La vie m’a souvent trouvé des excuses. Pas complètement sédentaire, aimant le mouvement, le moment est venu sans violence ni culpabilisation de réactiver les choses. On démarre en douceur. Ce sera le thème de la semaine qui parlera peut-être à d’autres vivant des situations semblables.


La balance, les petites douleurs, les muscles qui se débinent

Je suis en très bonne santé. Jamais malade, jamais chez le médecin. Je ne bois pas, je ne fume pas. Pas de drogue, pas de médicaments. Je ne mange pas de viande… Mais l’âge use quand même la machine. Je peux comme tout le monde éprouver là une douleur dans le dos, une autre fois si j’ai taillé mes haies, dans le bras. Il est possible que l’arthrose titille l’articulation de mes auriculaires… Je vois bien que je n’ai pas la même force qu’il y a dix ans. J’ai perdu des muscles et de la dextérité.

Depuis quelques mois, avec la maladie de Galou , les promenades étaient plus courtes, sur un rythme moins vif. Son départ a apporté du stress et la balance que je ne consulte pas tous les matins le dit aussi. Je reste dans « la norme » mais je n’ai pas envie de me laisser aller.

L’hiver, la pluie, le gel… tout ça ne m’a pas encouragé.

Ne comptez pas sur moi pour faire appel à un coach, ni fréquenter ces salles qui sentent la transpiration. D’ailleurs, je n’en vois pas à proximité. Et puis ici entre la maison, le jardin et la nature, j’ai la plus belle salle d’activité physique qui soit. Mais cette semaine, je vais relancer la machine, me mettre en mouvement et j’en ferai le récit ici.

Une histoire compliquée avec le sport

Pas de sportif dans la famille. Jamais personne ne m’a incité à m’inscrire à un club de sport. Aucune culture sportive…

Cela n’a pas empêché qu’on me « mette à l’eau » très tôt. Et j’avais trois ans quand on me jeta dans la piscine comme un jeune chiot. J’ai nagé. Au même âge, je courrais dans le jardin, la main dans la gueule du chien. Je conduisais mon auto à pédales. Je bougeais. J’étais fluet.

Mais à part ma mère dans la piscine, je n’ai jamais vu mes parents pratiquer la moindre activité sportive. Je crois qu’elle pratiqua un peu le yoga mais hors de notre présence.

À l’école ce n’était pas mieux : ma première activité physique dut attendre le cours moyen. Là vous avions un maître formidable qui nous initia au hand-ball ou nous fit grimper à la corde. Ou plutôt tenta de le faire… Mon souci, c’est que grand pour mon âge, j’avais tout de même pratiquement deux ans de moins que la plupart de mes copains de classe. Ils étaient beaucoup plus forts et résistants que moi.

Dans le secondaire, ce fut pire. Je reviendrai là dessus. Je n’avais aucun code. Je n’éprouvais aucune passion pour le football comme les copains. Je n’aimais guère les combats de coqs et fus assez vite l’objet de harcèlement. Au lycée, je parvins à sécher pas mal de cours sans que jamais le prof ne s’en aperçoive ou ne le fasse remonter. Je fus même dispensé d’épreuves sportives au bac en jouant à peine la comédie.

À l’école normale d’instituteurs, on me redonna le goût du sport. J’aimais les activités créatives qu’on nous proposait. Je me projetais comme futur enseignant et il se trouve que plus tard j’ai toujours veillé à assurer l’éducation physique à tous les niveaux. Je me suis découvert une passion pour la danse lors d’un module où j’obtins même un 15 sur 20… chose inouïe pour moi !

Si j’ai été en mouvement par mon métier, si j’ai aimé aller nager, on ne peut pas dire que par la suite j’ai jamais pratiqué le sport. Mon entourage n’a d’ailleurs jamais été stimulant…

L’ennuyeux spectacle du sport

Lors de la coupe du Monde en 98, je me suis extrait de l’hystérie collective en me rendant au cinéma. J’étais consterné par le spectacle affligeant du délire auquel j’assistais. Je vois encore les pompiers torse nu, à moitié ivres, hissés sur le toit de leurs camions, sirènes hurlantes et tournant dans les rues du dixième autour de la caserne. Les gens se réjouissaient et je m’affligeais de ce mélange de nationalisme, de glorification de la compétition et du fric. Tout en moi se révulsait en observant cette foule alcoolisée et dingue du haut de mon balcon. Pour moi ça n’avait rien à voir avec le sport en tant que tel, la plupart des personnes ne pratiquant d’ailleurs le sport que sur leur canapé devant leur télévision.

Je m’ennuie profondément devant le spectacle d’un match de tennis, de foot ou la moindre compétition. Je peux admirer les athlètes, plus dans leur geste que dans leur performance mais je conteste l’idée de souffrance et je vois avec tristesse les accidents, les carrières brisées, les perdants rejetés ou oubliés.

Le jeu, la joie du mouvement

Si j’exècre, pour des raisons finalement politiques, cette idée d’un sport au service du nationalisme et du fric, j’ai toujours aimé voir la joie notamment des enfants, à bouger, jouer…

Joie de ces jeux collectifs qui invitent à l’entraide, où l’on ne joue pas pour exclure mais gagner ensemble. Joie des expérimentations athlétiques, de la mise en mouvement : l’expression corporelle proche du théâtre, la danse (quand elle ne cède pas aux excès en torturant celles et ceux qui la pratiquent).

J’aime aussi ces explorations dans la nature, les escalades, les franchissements, les glissades sur la neige ou la glace quand on évite la mise en danger. Nager, sauter, grimper…

Je dirais que j’aime le sport quand il mêle le jeu sans jamais exclure le plus faible et quand il relie l’humain à son environnement. J’aime aussi l’activité physique quand elle nous aide à mieux comprendre notre propre corps, à le réinvestir, quand nous pouvons mieux nous relier à nous mêmes.

L’activité physique est plaisante à mes yeux si elle permet du plaisir, non celui d’éliminer l’autre, mais pour soi, avec les autres, dans son environnement.

Je commence !

Donc cette semaine je vais essayer de poursuivre mes réflexions et accompagner ici mon retour à une activité physique plus structurée.

Je commence ce matin par une première mise en mouvement, en musique douce, trente minutes pour faire jouer les articulations sans forcer, travailler les équilibres… une façon de m’y remettre comme je le sens.

À demain… peut-être !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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