Ne dites pas du mal de vous-même…


Cabanon3

·

5–7 minutes

À côté des vantards et des orgueilleux insupportables, le souci d’humilité conduit parfois à dire du mal de soi. D’autres pensent se prémunir du jugement d’autrui en tombant dans l’autodisqualification. Outre le fait que l’assignation est cruelle, les autres fuiront le risque de voir en vous un miroir : ne dites du mal de personne, mais ne dites pas du mal de vous-même.


J’aime les gens qui doutent, mais pas trop

Anne Sylvestre les a bien chantés :

J'aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer
J'aime les gens qui disent et qui se contredisent et sans se dénoncer
J'aime les gens qui tremblent, que parfois ils ne semblent capables de juger
J'aime les gens qui passent moitié dans leurs godasses et moitié à côté
J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

Les timides qui ne s’imposent pas, celles et ceux qui ne se la ramènent pas et ne chercheront pas à prendre le pouvoir ont toute mon affection et mon respect. La sensibilité est une qualité… À la condition qu’elle ne devienne pas un couteau contre soi.

Car si on peut aimer les fragiles, il ne faut pas les aimer pour la douleur qu’ils s’infligent et pourraient souvent dépasser.

C’est à chacune et chacun de faire son chemin. Il faut aimer les gens qui doutent et les rassurer. Seuls les « vrais cons » (ceux qui possèdent une bonne dose de mauvaise foi et de méchanceté) ne doutent pas. En réalité leur attitude est un masque. Ce sont des gens qui doutent.

Trop douter de soi c’est être toxique contre soi.

Ne te désole pas, ne te compare pas…

Bien souvent l’assurance péremptoire du chefaillon quand elle n’est pas le triste oriflamme de sa bêtise, cache en réalité un abîme de doutes et de peurs. C’est une posture. Le patriarcat en est nourri.

Les fragilités nous font et nous fondent autant que le reste. Ce qui semble une qualité aux yeux des unes ou des autres peut n’être qu’un gros défaut. Pas besoin d’étiquettes cependant.

Parfois celle ou celui qui se disqualifie, a fait siens des critiques, des reproches, du dénigrement idiot venus du dehors. Je pense à ces enfants qui n’ont pas été encouagés et surtout accompagnés.

Je me souviendrais toute ma vie d’un petit garçon de quatre ans en moyenne section. Je me penchais sur sa feuille, il complétait une « fiche » de maths et observant mon regard, il me dit :

— Je m’a trompé, c’est normal chuis nul en maths !

Le voilà qui s’empêchait bien d’apprendre dans sa prophétie autoréalisatrice.

Mais combien s’empêchent ainsi ?

Y compris des adultes.

Combien n’ont-ils pas vu que l’expert arrogant n’est souvent qu’un imposteur qui ose et qu’en réalité,chacune et chacun possède les outils pour juger, comprendre et faire.

La faute au QI et à la méritocratie

Le QI est un leurre qui confond l’inné et l’acquis et surtout fort mal utilisé. La méritocratie qui voudrait laisser croire que l’héritage social et éducatif ne domine pas sur la possibilité de « réussir » est un autre mensonge structurant de la société tout comme l’esprit de compétition est un cancer. C’est la logique de la compétition économique par exemple qui a engendré nombre de guerres et le dérèglement climatique.

Cela ne veut pas dire constatant cela, qu’il faudrait se victimiser pour autant. Il y a des codes à trouver, des solidarités, de l’entraide, de la coopération à valoriser… D’autres schémas à inventer qui ne méritent pas le sacrifice de certains.

Tiens, au lieu de laisser les gens seuls tenter de répondre aux questions qu’ils ne se posent pas toujours en s’appuyant sur l’imbécile « intelligence-artificielle », si les gens apprenaient à s’entraider ? Dès que l’humanité s’entraide, elle résout les problèmes, toujours. Cela veut dire qu’on a un besoin essentiel de chacune et chacun.

— Tu peux m’expliquer comment tu fais ?

Il faut oser dire quand on ne sait pas et oser demander de l’aide.

Celui ou celle qui transmet se sent utile, celle ou celui qui apprend va pouvoir s’émanciper et partager à son tour.

La mise en compétition est un crime. On le voit chaque jour : mannequins qui tombent victimes d’anorexies, champions lâchés par leur corps à vingt-cinq ans, seniors jetés de leur entreprise alors qu’ils pourraient partager leur expérience…

Toutes ces personnes que l’on va bazarder avec mépris au rayon des « assistées » finissent par accepter, intégrer ce dénigrement, le porter, l’illustrer, s’y enfermer.

Chacune et chacun, d’égale dignité pourtant, possède en elle ou en lui ce qui va lui permettre de progresser et de nous faire progresser.

Cela suppose de trouver sa perspective, sa singularité et d’oser essayer. Mais il faut s’en convaincre et qui le perçoit doit travailler à en convaincre la société.

Chacune et chacun peut apporter « sa touche » et notre cheminement consiste à chercher cet apport, cette différence, cette note même infime…

Tu es un être unique

Humaine, humain. Il n’y en a pas deux comme toi. Albert Jacquard disait cela formidablement il y a déjà un moment.

« Ne parlez pas mal de vous-même » dit un proverbe arabe. J’ajouterai, si vous le faites, les gens vous croiront ou penseront se rassurer eux-mêmes à l’énoncé de vos faiblesses.

Inutile de s’exposer inutilement, de tout dire de ses doutes ou de montrer failles et cicatrices dans l’espoir de gagner quoi ? Des excuses ?

Le regard des autres compte

Mais pas pour s’y plier ni s’y conformer.

On a beau prétendre n’avoir rien à faire du regard des autres, ce serait mentir. Mais il ne s’agit pas de s’y plier ou de céder au conformisme. Dès lors que nous ne faisons de mal à personne, que nous respectons les lois communes, nous pouvons nous affirmer tranquillement.

Le regard des autres compte et je suis reconnaissant qu’on fasse attention à moi avec bienveillance pour ne pas m’écraser sur le passage piéton ou me signaler que j’ai une grosse tache sur mon pantalon.

Mais personne n’a autorité pour juger de ce que je suis.

Dire du mal de soi, c’est une erreur : on peut faire des conneries, mais si on le perçoit on peut réparer, refaire, faire mieux. Surtout ça ne sert à rien qu’enfermer et condamner.

On dit même que dire du mal de soi augmente l’hormone du stress, le cortisol.

L’orgueil est idiot, la fierté un risque de faire du sur place, mais l’auto-compassion, l’attention bienveillante à soi aident à nommer le chemin parcouru, les essais… à ne pas se tromper non plus sur l’idée de réussite.

Alors, non, ne dites jamais du mal de vous-même !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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