Issu du recueil « Les Yeux d’Elsa », je relisais ce matin le poème d’Aragon : « Il y a des choses que je ne dis à personne ». Certains y ont vu l’impossibilité d’un « coming out ». Mais peut-être ne faut-il pas en rester à cette approche. Le poème est fort et chacune, chacun y trouvera son secret impossible à dire.
Vous trouverez le poème
Le texte n’est pas libre de droit. Vous trouverez le poème en ligne (mais en général ce sont des copies non autorisées) ou mieux en librairie.
Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c’est
Que moi
Le malheur le malheur c’est
Que moi ces choses je les sais
[·.] Louis Aragon in "Le Fou d'Elsa"
On verra que le texte semble parfois contradictoire : faut-il tenir les mots ? Les dire ? Ils ne feraient de mal à personne·. sauf à celui qui souffre de les retenir.
Tenir les mots en soi est douloureux mais le droit au secret est nécessaire. J'aime cette ambivalence entre les choses qu'on ne peut prendre le risque de dire, la douleur intime de les garder, le droit au secret, le vers ultime qui réclame de "nous taire en nous"·.
Le poème à droit à son mystère.
Chanté ?
Si Aragon fut énormément chanté (Ferré bien sûr, Hélène Martin ! Ferrat et tant d’autres…), je n’ai pas trouvé de version chantée de ce texte.
Alors je m’y suis mis me laissant directement porter par la structure hautement mélodique du poème. Il coule avec une modernité et une fausse simplicité…
Donc, j’ose ma version.
Secrets tenus
Si lorsqu’il cache un crime le secret doit être levé, il me semble que l’exigence de transparence nous met à mal. Nous finissons par manquer de mystère pour nous mêmes à force de vouloir tout exposer ou mettre en scène de nos vies.
Ce que ne dit pas non plus Aragon dans son texte, et la solitude alors y pèse tout son poids, c’est la possibilité de réserver sa parole à la personne confidente. Alors, il faut de la confiance.

Un mot en retour ?