La porte – poème

Publié le Catégorisé comme La Vayssière
une large porte

Hommage à cette porte croisée un beau dimanche et comme à tant d’autres que nombre de villages recèlent ici…

La porte

Celui qui bâtit la porte
Et le chambranle et le linteau
Celui qui fixa les planches des panneaux
Celui qui cloua, et cloua encore, posa les montants de ferrage, les gonds, la serrure,

Un seul homme ou des compagnons ?

Et celui qui l’attacha, qui alla chercher la chaine, le cadenas,
Celui qui répara, renforça, et encore et encore une fois,
Contre le temps qui passe et la pluie qui lave
Rien de qui vint ne s'efface…

Ceux qui l’ouvrirent et la refermèrent,
Ceux qui peut-être la poussèrent, la claquèrent,
La tirèrent vers eux ou la forcèrent en avant,
Par habitude ou par surprise, avec force ou fatigue

Toutes ces mains à la clé,
Tous ces pieds pour pousser,
Ces gorges pour renâcler,
Ces voix pour appeler,
Es-tu là ?

Tous ceux qui sont passés et qui savent pourquoi,
Ces poings qui ont cogné, un coup, ou deux, ou trois
Rythmant leur chanson énervée,
Tambourinant de joie

Il y a ceux qui se souviennent, lorgnent la porte en amitié,
Ceux qui se méprennent et la contemplent avec dédain

Cette pauvre vieille porte qui ne mène plus à rien,
Qui va s’effondrer un jour avant la chaine qui la retient
Ces herbes folles qu’on n’enlève plus devant son seuil
Et ce soleil qu’on ne prend plus devant elle, comme autrefois

Qui s’appuyait doucement sur son bois chaud ?
Qui s’embrassait en passant, juste avant de couler dans l’ombre ?
Quel chat furtif se glissa au passage ?

La porte sait tout cela, qui la bâtit, la répara, tenta de la faire tenir

Car c’est le rôle d’une porte, protéger, garder au secret
Sans porte pas de maison, sans maison pas de fille ni de garçon
Et pas d’amour, pas de moisson, pas de raison

Je n’ai pas osé regarder par le trou béant de la serrure,
Les serrures sont les sexes des portes
Y mettre l’œil reste mal vu,
Les serrures sont les dents des portes,
Elles mordent les voleurs
Elles claquent le soir aux imposteurs,
Ou bien, elles s’entrouvrent avec grâce
Avec délicatesse
Pour laisser passer les blanches mains des enfants beaux comme des courants d’air
Été, comme hiver

Celui qui bâtit cette porte, je cherche son prénom sur la pierre
Aurait-il été autre que mon ami ?
jeu d'ombre et de luimière sur cette porte haute

encore ?

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Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

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