Oui, je m’autocensure. Ce matin j’ai écrit un long article où je parlais d’entre-soi, de politique, d’école… C’était un article plutôt incisif, vif et décoiffant. Puis au moment de le publier dans ce journal. J’ai retenu ma main.
Garder pour soi
C’est l’avantage d’un site ou d’un blog sur les réseaux sociaux. On n’est pas dans l’instant. On peut être plus nuancé et surtout, on peut prendre le temps de se relire et éviter de diffuser un texte où certes je m’étais fait plaisir… mais pour quoi faire ?
Être incisif, critique, corrosif… c’est assez facile. Ça flatte ceux qui pensent comme vous, ça crispe les autres… et puis parfois on se retrouve félicité dans d’étranges conditions par des personnes avec lesquelles on ne serait pas forcément d’accord.
Je refuse qu’on pense à ma place et je ne vois pas non plus pourquoi j’irais penser à la place d’autrui… Le pouvoir ne m’intéresse pas.
Bref, direction poubelle…
Oui, je m’autocensure
Fondamentalement non-violent, je m’autorégule. Civilisé, citoyen, démocrate, tolérant, humaniste… je me retrouve dans la devise républicaine.
Je n’aime pas le pouvoir, je l’ai dit. Je n’aime pas l’idée d’être enfermé dans un groupe, étiqueté…
Je me suis déjà engagé. Avec plus ou moins de succès ou de pertinence. Il y a les valeurs. Plus j’avance plus je pense qu’il faut d’abord tenter de les incarner. Pour soi même.
Sagesse ou prudence ? Je suis de plus en plus rétif à la confidence. D’aucuns croient trouver des clés dans mes écrits de fiction… mais elles n’ouvrent pas forcément les portes qu’ils pensent.
Sous le calme, le feu peut couver. Je le sais pour les autres comme pour moi même. Comme je sais les malentendus, les contresens.
Libérer la parole
Un jour peut-être, dans un écrit libéré des contraintes, j’oserai dire. Mais ce n’est pas simple parce que la musique des mots, les formules… tout ça peut envahir et trahir le ressenti, la sincérité, la pensée.
L’autocensure commence souvent avec ce que l’on n’ose pas vraiment se dire à soi même, ce que l’on porte dans l’ombre, qu’on ne dit à personne, pas même à la personne que l’on aime. Pas même à soi.
Le secret intérieur est une pierre blanche et noire à la fois, selon les heures. Une pierre coupante, tranchante comme un silex.
Peut-être qu’il ne faut jamais toucher cette pierre.
Ou se taire
Se mettre sous les mots des autres, les écrits des autres, rester en retrait …
Ou juste avancer sous la fiction.
Tant de romans m’ont mieux appris la vie que nombre d’humains. J’habite mieux certains romans que la vie et la poésie me contient, me sauve et m’élargit.
Bref, une fois encore j’ai pratiqué l’autocensure. Peut-être cette semaine, vais-je m’en tenir au feuilleton.
Ou prendre des vacances…
Un mot en retour ?