Et puis le soleil est venu éclairer le piano…


piano au soleil

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2–4 minutes

Rien de grave, juste de petits désagréments pour se frotter à la fatigue. Des agaceries, de ces petites déceptions qui ne méritent pas de développement. Des petits bouts de temps chiffonnés dans la déception d’une journée sans gloire. Et puis le soleil est venu éclairer le piano…


Un cadeau inattendu

La journée avait été grise. Le ciel s’était tendu mais pas assez pour que la brise n’amène la pluie ou l’orage. Juste les humeurs de la rivière qui remontait les vapeurs de son haleine jusqu’à nous.

Toutes ces choses futiles qui étaient venues se briser sous les doigts, ces niaiseries administratives, ces formulaires numériques idiots, ces interlocuteurs masqués derrière une lointaine plateforme, tout cela était venu agacer comme une forme d’aigreur. Sur l’impatience, on croit se consoler en prenant un sucre, on accroît la rancœur Je me suis engueulé avec l’ordinateur, lequel m’a fixé imperturbable et n’a jamais cédé. Puisque j’avais tort, alors je me sentais nul. C’est pour des riens qu’on tombe en disgrâce avec soi-même, pas pour des choses importantes. Je me dispute et me disqualifie pour des détails, jusqu’au ridicule le plus éculé.

La conversation

Débonnaires, les animaux savent bien que ça me passera. Ils ont des conversations discrètes à mon sujet. Ils en savent long sur mon compte.

Je n’en prends pas ombrage, mais cela ne renforce ni ma confiance, ni l’estime de moi. Ils me voient et connaissent mes faiblesses. Ils me pardonnent invoquant l’âge, la fatigue, la météo…

Les mouches en revanche s’amusent alors à vouloir m’embrasser sur la bouche. Répugnantes et perverses. Je les laisse d’habitude vivre, mais j’ai retrouvé une bombe insecticide : j’ai failli tirer droit sur mon visage une bouffée de gaz froid et toxique sentant le pyrèthre.

Une journasse

Dans une école de cadres supérieurs, une collègue et néanmoins amie, décrivait ces journées pénibles sous le vocable de « journasse ». Quelque chose de sale et qui se traîne.

Mais j’exagère, je n’ai pas vu le temps passer, je ne m’ennuie jamais. Je me suis juste confronté à ces trucs pénibles qui s’enchaînent forcément parce que la fatigue nuit à la dextérité, que la motricité perd toute finesse, qu’on se trompe et qu’à vouloir se battre avant de comprendre, on se disperse encore dans l ‘auto-dépréciation et l’erreur brouillonne…

Tout de même, il fallut un peu la tirer par les pieds cette « journasse ».

Jusqu’au soleil sur le piano

Entre deux nuages, comme un amical coup de projecteur, un signe. Il commence à être bien vieux ce piano. Il m’a accompagné de Paris aux Hautes-Alpes, de Bretagne en Rouergue.

C’était au temps de Luis qui m’avait poussé à l’acheter. Nous étions si heureux, j’avais cédé à l’enthousiasme. J’étais allé boulevard Beaumarchais chez Paul Beuscher. Le début des années 90. Je me souviens des porteurs de piano avec leur énorme ceinture de cuir à la taille. C’est lourd un piano.

Les derniers déménageurs l’avaient bien emballé, mais un peu secoué dans leurs camions. Il en a fort souffert.

Il est si usé que je songe parfois à m’en séparer et à l’envoyer en maison de retraite et le remplacer par un plus léger, plus véloce, plus moderne… mais peut-être me manquerait-il.

En tout cas, le soleil en le désignant paisiblement ce soir avait des choses à me dire. Quelque chose d’apaisant, de consolateur, porteur d’espoir.

J’en ai inventé à son clavier, des chansons.·


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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