Les blagues homophobes, ça suffit !


Homophobie

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4–5 minutes

Directes, plus ou moins salaces, assorties d’un clin d’œil goguenard ou plus perfides, insidieusement glissées dans un sous entendu où l’on sera accusé de prendre la mouche pour rien si l’on s’en offusque : il n’empêche, ras la casquette ! Les blagues homophobes, ça suffit !


« Les tapettes attirent les souris »

C’était « gentil ». Au collège, les gars étaient jaloux de voir que les filles préféraient la présence d’un garçon dont elles sentaient sans se le dire, qu’elles n’avaient « rien à craindre ». La formulation, « fine blague » émise par les petits machos était méprisante pour les filles comme pour « les tapettes ».

Allusions sous la ceinture, gestes obscènes, bruits de bouche, questions intimes en public sous le ton de la blague, mises en scène censées être bon enfant (merci la « Cage aux folles ») … on en entend de toutes sortes. L’homophobie s’accompagne souvent surtout chez les plus jeunes de l’expression de pulsions. Cela traduit les tensions, voir les troubles, qui traversent ceux qui croient s’en protéger par l’agressivité, le déni et l’humour graveleux.

Il faut une certaine résistance et selon les âges ou les époques, chacune, chacun se construit sa protection, son modèle de fonctionnement. Pas toujours facile de s’affirmer ou retourner une situation à son profit surtout en public face à un groupe.

L’humour vise à susciter l’adhésion par le rire. Et le jeune gay qui tentait de passer discrètement sera une proie facile aux quolibets. Les mêmes s’en prendront un peu plus tard à d’autres groupes… C’est connu, c’est vieux comme le monde, mais faudrait avancer.

Les fines allusions

Passé un certain âge et si l’on parvient à s’assumer, la rue, les rencontres directes, la vie sociale ne laissent plus de place aux moqueries, aux blagues… Il suffit d’un regard bien appuyé, d’un « mais que vouliez-vous dire par là ? » pour que le courageux (plus fréquent que la courageuse) rentre dans sa coquille. « Mais je ne disais pas ça pour vous, pardon si vous l’avez mal pris… » L’interlocuteur s’englue tout seul dans ses réponses.

Le numérique et les internets, l’anonymat (ou pseudo anonymat) qui va avec, favorisent la libération de la parole et de la bêtise. Tout le monde le sait. Fines plaisanteries un rien inquisitrices dans les mails ou allusions répétées à la sodomie dans les réponses publiques ou privées à des messages quand un point de vue dérange (sur des sujets qui n’ont rien à voir) : un certain nombre de courageuses et de courageuses s’avancent jusqu’à cette limite où l’allusion sera si délicatement amenée qu’on ne pourra y voir une insulte directe. Un tribunal n’en ferait rien. Tout est dans le ton badin de la suggestion et de la provocation…

Et des gens qui se disent de gauche…

Qu’un vieux réac, une rombière droitarde et autres habitués excellent dans cet art, personne n’est étonné. Ce qui débecte peut-être encore plus c’est de lire aujourd’hui sous la plume de gens persuadés d’être de gauche, ces fines allusions… Les mêmes qui s’amuseront des blagues sur les prépuces au passage (et on revient à la disqualification par le sexe).

C’est tristouille car on attendait de ces gens un peu d’éthique, sinon de hauteur de vue, juste du respect. C’est affligeant, parce que je note, même sur un « gentil » réseau social comme Mastodon, que ça peut surgir dans une réponse publique ou un message privé (encore plus téméraire).

Bien entendu si on a le malheur de réagir, on se fera traiter de vierge effarouchée qui s’offusque d’un rien et ne comprend pas le peuple.

Pour certains l’équation « bourgeois / pédé » reste pas mal ancrée. L’homosexualité resterait une déviance de nantis qui ont du temps « pour ça ». Ça l’est d’autant plus quand dans certains groupes on promeut une approche communautariste. Il faut se le redire. Dans certains groupes religieux notamment, l’homosexualité est un tabou absolu qui engage soit le déni soit la violence. C’est une des (mauvaises) raisons qui fait que nombre de gays se sont « réfugiés » à l’extrême droite dans un paradoxe dont notre société à le secret.

Ces propos que j’évoque plus haut, même badins ou policés en apparence, agissent comme ces papiers révélateurs que l’on trempe dans un liquide pour vérifier s’il y a ou non contamination. Et sur le papier témoin, il ressort bien : « homophobe ».

S’éviter le ressentiment

Je ne veux pas en nourrir de ressentiment. Je constate que la bêtise passe tous les courants. J’ai la couenne dure. Il faut être lucide. D’une certaine façon ça remet les pendules à l’heure et évite toute naïveté.

Et je pense aux loulous plus tendres, à mes ami·e·s trans qui ont fermé leur compte – même sur Mastodon -, à celles et ceux qui n’osent ni répondre, ni réagir… Sur Facebook je me souviens que c’était pire et je n’ose imaginer ce que c’est sur X. À lire ici, un article très intéressant sur ces discours.

Une vidéo de Welcome to the Jungle Media , concise et très claire est à voir avec des pistes de réponse. Elle rappelle les stéréotypes sur lesquels s’appuient ces blagues.

No pasaran ! comme disait l’autre ! Et je crois que là aussi, il y a du vrai boulot !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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