Garder ce qui met en joie

Publié le Catégorisé comme changer de vie
la maison de saint-Cado

En ce moment je suis dans ce double mouvement. Je trie parmi les objets de la maison, les livres, ceux qui partiront avec moi. D’autres deviendront cadeaux, seront recyclés ou transformés mais ne me suivront plus qu’ils soient usés ou m’attristent… Je veux seulement garder ce qui met en joie.

Et puis, flairant déjà le départ, je fais mine de rien, collecte d’images, pas forcément matérielles avant d’aller bientôt vers de nouveaux horizons.

Oser jeter les images tristes

Longtemps, cette photo atroce de ma mère, je n’avais pas osé la détruire. Elle y apparaissait malade, pas du tout à son avantage. Une autre de mon grand-père, saisi au bord de l’indécence de la souffrance qui affleurait. Je craignais en les supprimant donner l’impression de vouloir effacer les personnes…

Je sais. Je n’oublierai pas. Mais j’ai compris au fond que c’était leur rendre hommage que de ne pas conserver une image qu’eux-mêmes n’aimeraient pas voir.

J’ai fait de même avec toute une série d’images me concernant. Là, je suis un peu sévère mais je ne tiens pas à ce qu’on se gausse à ma mort, j’ai ma fierté !

Il y a des objets qui en en s’usant ne deviennent pas qu’inutiles ou encombrants, ils pèsent, ils enferment inutilement dans la décrépitude. Ils renvoient à la tristesse de moments qui ne méritent pas qu’on les ravive. A quoi bon ? Je les ai vécus, j’ai déjà donné…

Alors, oui, si un objet me rend triste, on se sépare. Chacun sa route, ce sera mieux ! Sans rancune !

Réparer ce qui doit

A contrario, loin de les condamner parce qu’abimés, j’ai sauvé quelques livres qui méritent parce que je les aime à l’intime, d’être réparés avec soin, conservés parce qu’ils comptent encore, que j’ai besoin d’eux et du plaisir à les relire.

Il ya ce livre de contes fabuleux, que je lisais petit avec l’histoire de ce jeune prince qui mettait sur sa langue une fine poudre d’or lui permettant d’exaucer ses rêves. Il lui suffisait de dire « Mutabor » et il devenait ce qu’il voulait… en faisant parfois de mauvais choix et se confrontant à la colère de son génie !

Des années après j’ai compris à quel point ce conte avait influencé ma vie avec la question du « choix » et accessoirement, je crois que j’étais déjà petit, très amoureux du prince Nadir aux traits si délicats.

Vous ne croyez pas que je vais jeter ce merveilleux album ? Mais il est abimé, je vais acheter de quoi le réparer ainsi que quelques autres…

Sauver les uns… se séparer des autres.

On a toujours des scrupules c’est vrai… Je crois que j’ai réussi à me séparer d’environ 300 à 400 livres. Ce qui est amusant, c’est que ça ne se voit pas tant que ça dans la bibliothèque où il reste « du monde ».

On remue les eaux troubles

Avec tout ça, à plonger dans les armoires, les placards, les archives, à trier, déplacer, ranger… on remue mine de rien les eaux troubles. Pour l’instant je ne parviens pas vraiment à écrire de la poésie par exemple. Il va falloir attendre un peu que la vase des souvenirs redescende.

Quel chemin, quelles aventures, quelles rencontres !

Mais je veux faire comme si j’en avais encore autant devant. Je dois alléger pour le voyage et les rencontres futures.

Le lourd passé, j’en ferai littérature, je le transformerai à merci.

Mais on fait collecte de souvenirs pour la nostalgie de demain.

Parfois quand je retourne dans certains lieux, je me dis que c’est peut-être une des dernières fois. Puisque je reprendrai la route, qu’il faut un ailleurs pour une nouvelle histoire.

Alors certains paysages en rajoutent et savent se muer en carte postale. Je peux photographier mais surtout je hume, je m’emplis de l’instant présent, je goute, j’aime…

Je ne quitte pas ces paysages parce que je ne les aimerais plus, je suis animé par le moteur de la découverte, l’envie et le besoin de nouvelles rencontres, parce que le moment est venu de nouvelles aventures…

Galou au jardin

Je ne devrais pas, c’est un mauvais travers. Parfois je regarde le chien qui vieillit. Avec la petite peur que lui aussi doive partir comme tant d’autres… Je voudrais bien savoir à quoi il pense. Il fait le patient avec sa balle mais je sais qu’il reviendra tout à l’heure réclamer que nous allions jouer.

Il ne faut pas céder au sentimentalisme vain, mais profiter au contraire de nos fêtes présentes. La chatte ne s’y trompe pas qui ne le lâche guère d’une semelle…

Bientôt, dans pas longtemps, je vais me préoccuper d’un nouveau lieu de vie. Je commence à avoir ma petite idée mais il va falloir affiner, chercher…

Je ne sais pas si le vieux piano sera du voyage. Mais c’est une autre histoire…

Oui, en tout cas, je veux garder ce qui me met en joie.

Par Vincent Breton

après avoir travaillé dans l'enseignement, je consacre une bonne part de mon temps à l'écriture. Je m''intéresse à l'idée de changer ma vie grâce à la poésie. J'écris un journal, de la fiction, de la poésie et des chansons.

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