Dispute de poètes

Publié le Catégorisé comme sur le vif Étiqueté
la pluie
« Rain Raining » par Negative Space/ CC0 1.0

Pour préparer le printemps, ça commence par une dispute. Une dispute de poètes ! Une palanquée de femmes et d’hommes de lettres reprochent au Printemps des poètes de s’être donné pour parrain le médiatique écrivain Sylvain Tesson. Toute la presse en parle aujourd’hui. Je ne sais pas si la poésie va y gagner…

Le printemps des poètes

Né en 99, à l’initiative de l’immortel Jack, le printemps des poètes a surtout été marqué par Jean Pierre Siméon qui avait su lui donner un véritable souffle. Lors du printemps des poètes, je me souviens, nous nous amusions bien par exemple avec des « Brigades Poétiques » qui surgissaient déclamer de la poésie dans les classes… quelle douce violence !

Préparé en amont, accompagné, ce moment donnait du souffle à la poésie dans les écoles ou les collèges, on assistait à des évènements souvent créatifs… cela bruissait un peu autour.

Puis comment dire ? Les relais ont sûrement manqué. La place de la poésie dans les écoles, les librairies ou la Société est devenue portion congrue. On ne peut pas dire que le Printemps des poètes était très médiatisé ces dernières années…

Quand je travaillais dans le monde de l’Éducation, je peinais à enthousiasmer les foules. J’ai souvent dit ma tristesse de voir qu’on apprenait souvent moins de dix poésies par an dans les classes de primaire alors que j’en donnais au moins une par semaine aux élèves, sans compter le moteur formidable d’écriture et d’expression qu’elle constitue. J’ai tenté ici même de donner à voir ce que la poésie à lire, à dire ou à écrire peut nous apporter…

Pour revenir au Printemps des poètes, avouons-le sans méchanceté, qui se souvient des parrains des éditions 2022 ou 2023 ? Sans vouloir les vexer, pas moi.

Banaliser ou victimiser ?

Voilà qu’une pétition a surgi hurlant au scandale. Entendons-nous, je n’ai guère d’affinités pour le personnage très médiatique et j’ai oublié ce que j’ai lu de lui. La désignation d’un parrain quelque soit l’association, la cause… prête toujours à discussion. Il ne s’agit pas de désigner le meilleur des poètes de l’année mais une personne en capacité d’enthousiasmer, notamment la jeunesse. Une personne libre, qui soit capable d’enrôler joyeusement les unes et les autres, de faire lire et écrire de la poésie… car c’est de cela qu’il s’agit.

Le fonctionnement du printemps des poètes me reste opaque. C’est surtout « le terrain » à mon humble avis qui fait vivre ou pas l’événement… Il n’est pas prévu d’élection pour désigner le parrain… et qui dans ce cas voterait ?

Oui, un certain nombre d’intellectuels qui bénéficient de l’audience médiatique, peuvent céder à la mode du ressentiment ou à la nostalgie recuite… mais sauf à nous trouver des écrits ou des positions ne respectant pas la Loi, j’aurais tendance à juger « le parrain » sur ses actes et son engagement…

Ce que je crains, c’est que la pétition ne donne en réalité qu’un bon prétexte aux politiques de droite et d’extrême droite pour venir hurler contre ces « intolérants de gauchistes » en victimisant un auteur qui n’en méritait peut-être pas tant.

De la poésie en toute saison !

Il eut été plus malin me semble-t-il, d’allumer de joyeux contre-feux, de lancer des contre propositions ou contre manifestations, de créer des événements, de faire preuve d’inventivité, de prendre activement le parti de la poésie en se libérant de la contrainte et du risque de poésie officielle qu’accompagne toujours ce genre de manifestation.

La poésie en toute saison ! La poésie à tout moment !

Grâce ! c’est parait-il le mot de l’année… Le parti a été pris de suivre l’alphabet d’année en année. Faisons grincer la grâce ! Soyons garces et prônons la grasse matinée poétique ! Mettons un peu d’humour dans nos arbalètes et dézinguons les guindés à coup de calembours, de métaphores lumineuses, de crachas ensoleillés d’insolence…

Mais gardons-nous des sermons, des postures outragées, de servir la soupe aux Tartuffes convenus qui s’en délecteront et n’attendent que cela.

Beaucoup de méchants et d’imbéciles ont déjà répondu aux pétitionnaires mais à part nous diviser les uns et les autres, où est la défense de la poésie là dedans ?

Au lieu de conspuer, inventons autre chose si cela nous déplait ! Ou posons les questions… mais n’opposons pas un entre-soi à un autre entre-soi !

la lectrice
Vincent Breton

Par Vincent Breton

Vincent Breton auteur ou écriveur de ce blogue, a exercé différentes fonctions au sein de l'école publique française. Il publie également de la fiction, de la poésie ou partage même des chansons !

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