Le printemps des poètes et son thème de la Liberté semblent presque incongrus au moment où les guerres se propagent. Alors le poème est juste là pour aider à tenir et se souvenir de l’enfant dont les grands journaux du Monde parlent si peu.
Tu me demandes de chanter la liberté
Tu me demandes de chanter la Liberté quand je n’entends que le bruit des bombes.
Aucune mort jamais ne me réjouit, fût-elle celle du tortionnaire,
Le temps se dilate dans la douleur, ce cri, cette bouche immonde,
Qu’avons-nous fait de notre dignité, ce sang inutile versé sur la pierre
Ces cadavres jonchant la terre brûlée et qu’on laisse sans tombe ?
Fallait-il ces massacres pour masquer toute vérité ?
Quel bonheur ont ces rois régnant sur des peuples morts ?
Ô mes questions au goût de cendre restent dans la gorge encor
La Liberté comme une insulte, vois l’espoir dévasté !
Et pourtant le printemps glisse invisible et naît de la boue
Quelque chose a vibré, dans la vase, dans les arbres
Un nid que l’on tisse, une fleur qui s’ouvre, un môme qui joue
L’insecte qui vibrionne ne fait pas de son dard un sabre
Il pardonne, il vit, il cherche où construire son nid
L’insecte, l’oiseau, la fleur et l’homme qui s’enfuit
Tout cela balbutie dans les eaux rouges du printemps
J’entends gémir l’enfant, couché au cœur du champ.

Un mot en retour ?