Comment vous voyez-vous dans cinq ans ?


Discussion

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4–6 minutes

C’est la question qui tue. Souvent posée dans les stages de développement personnel ou simplement lors d’un entretien d’embauche, dans une période où l’incertitude et les peurs menacent, elle perturbe, désarçonne. « Comment vous voyez-vous dans cinq ans ?  » Version édulcorée du « quels sont vos objectifs ? ». Avec à l’arrière plan l’idée culpabilisante de progrès personnel et de réussite… qui vient ou pas.


Je ne sais toujours pas ce que je ferai quand je serai grand

Mes premiers élèves, ils se rêvaient pompier-vétérinaire, agent secret ou professeure. Puis, peu à peu, oser formuler l’idée d’un rêve leur devint difficile.

À neuf ans, je m’étais inventé l’idée de devenir « avocat-pacifiste » dans le but de réconcilier les nations en dispute. Rien de moins que ça. J’avais même écrit à Pompidou. C’est dire.

À mon âge, je ne sais toujours pas ce qu’est « devenir grand ». Aucune fuite des responsabilités, mais par dessus-tout, l’idée qu’il ne s’agit pas de suivre une route tracée par les autres, de justement réduire sa vie à une fonction, un métier, une place.

Au moment de mon départ professionnel, j’eus beaucoup de témoignages de personnes qui n’imaginaient pas compte tenu de mon métier, que je puisse écrire des poèmes ou inventer des chansons. Pourtant, cette partie personnelle, fil rouge de ma vie depuis l’enfance, m’identifie ou me caractérise bien plus que mes différents métiers ou fonctions.

C’est peut-être pour préserver instinctivement la sincérité de mes écrits que je n’ai jamais voulu non plus les plier à l’exigence professionnelle avec ses rites conformistes. Une raison simple à cela : je ne veux pas vivre de mes écrits (au sens en tirer de l’argent) parce que ce sont mes écrits qui me font vivre (au sens vital). Je suis écriveur et non écrivain parce que l’écriture me permet de tenir et de marcher.

Si ça se trouve « je ne serai jamais grand ». C’est à dire terminé au sens de se croire un personnage fini, avec son savoir, son éventuel pouvoir. Rien n’est plus désespérant qu’une personne qui se pense « arrivée ».

Trouver l’accord intérieur, sa cohérence

Il ne s’agit pas de chouchouter son habitus en flattant sa flemme et sa procrastination. Mais il s’agit de ne pas se torturer, se forcer au risque de n’être pas soi-même, se mentir pour gagner une place idiote, obtenir quelque chose dans une compétition imbécile. Il s’agit d’écouter nos besoins.

Il y a la question première : est-ce que je me respecte ? Est-ce que je ne renonce pas à être moi-même ? S’il y a parfois du compromis à chercher, il faut savoir s’émanciper et oser prendre le risque. Le fameux courage d’être soi (promu hélas par un pseudo-psychologue dont j’ai dû jeter les livres tant sa vie fut contraire à ce qu’il énonçait).

Bien sûr comme tout le monde, j’ai dû gagner ma croute. Mais pas au prix de mentir ou écraser autrui.

Dans la vie affective, il m’a été nécessaire de reprendre ma liberté quand je me sentais bridé et notamment au contact d’une personne toxique. On part d’abord pour se libérer d’une situation puis ensuite pour le bonheur de se retrouver, de pouvoir être en accord avec soi-même.

Plutôt que de me projeter vers un but ou un objectif figé, ce que je tente, c’est pour parler à la mode, de « désigner » ma vie. C’est à dire de placer en cohérence, mes valeurs, mes actes, mon cheminement… C’est la fameuse quête de « flow » qui nait du bon alignement.

La question n’est pas de renoncer à ses rêves mais de ne pas se tromper de rêve

Nous avons souvent une image fantasmée du rêve. Ces jeunes influenceurs qui rêvent d’être célèbres que veulent-ils ? Je les vois dans une folle course en avant, aspirés par le vide, accumulant les poncifs clinquants de la vulgarité. On dirait un suicide en direct. D’ailleurs ça n’a pas manqué, un célèbre réseau social pour les jeunes est critiqué parce qu’il incite directement au suicide.

La question est d’habiter sa vie. D’habiter son réel. Et de se donner des fenêtres de choix. Essayer. Penser autrement.

Et c’est à chacune et chacun de tracer sa voie, de peindre son propre tableau. Les conseils ne servent à rien. Les lectures oui.

Composer avec les forces dont on dispose

En quittant mes activités professionnelles, si l’esprit est encore là, j’ai bien vu que la force, l’énergie au sens physique du terme, ne sont plus exactement les mêmes bien que je ne sois jamais malade.

Ce qui m’importe c’est de pouvoir choisir. Choisir ce que je vais faire de ma journée ou si j’ai des contraintes, comment vivre ces moments pour en tirer une inspiration, un apprentissage.

C’est une question de disponibilité à cultiver.

Le monde est incertain, je cherche à me montrer disponible à l’incertitude et si j’ai moins de forces, j’ai plus d’expériences.

Dans cinq ans ?

Je serai transformé par ce que j’aurai appris de nouveau. Je serai ce que j’aurai crée de nouveau. Je serai aussi ce que j’aurai pu partager et le fruit des rencontres.

Il faut aussi faire confiance à la surprise et ne jamais se torturer de regrets.

Certes, le monde ne manque pas de sources d’alarmes, d’inquiétudes, de promesses de catastrophes. Justement : pourquoi se confiner dans le convenu ? Puisque tout va mal, profitons en pour changer, être nous-même.

Il y aura le monde et ses histoires, les autres, présents ou absents avec lesquels nous interagissons ou qui nous ont marqué. Pour ma part, je refuse toute compétition, tout pouvoir, toute emprise – que ce soit sur moi ou moi sur autrui. Personne n’appartient à personne et chacune ou chacun d’entre nous est en soi un continent singulier, un espace intime dont l’exploration est infinie. La surprise est en nous.

Tout comme l’incroyable source vitale, cet élan vital, qui traverse le vivant tout entier et nous désigne et nous questionne : alors, la poésie est le prisme qui permet de se laisser traverser par tout cela, sans jamais s’assujettir au moindre dogme réducteur.

Il est bien question de pouvoir continuer d’avancer sans honte ni orgueil. Et si la joie n’est jamais loin de la tristesse, il faut oser aussi aller joyeusement dans nos vies !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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