Est-ce que j’agis par moi-même ?


le bois qui vient d'être livré

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5–8 minutes

Hier je demandais si je pense par moi-même. Dans ce que je fais de ma journée, qu’est-ce qui est commandé par des choix conscients ? À quel moment biais cognitifs et habitus viennent-ils me piéger ? Est-ce que j’agis par moi même ? Est-ce qu’il n’y a pas des moments où je m’empêche d’agir ? Comment vivre relié au présent, dans le flow, peut-être en poésie tout en sachant que mille facteurs peuvent interagir et modifier ma vie ?


L’exemple du GPS

J’ai donné au GPS l’instruction de choisir le chemin le plus court et le plus rapide. C’est d’ailleurs parfois contradictoire compte tenu du réseau routier. Nous avons presque 80 km à effectuer sur un chemin qu’il nous faudra refaire plusieurs fois pour les rendez-vous médicaux du chien. Je délègue le soin à la machine de décider du trajet et ce d’autant plus que je suis préoccupé de la santé de l’animal. Nous aurons plusieurs séances.

Hier c’était la deuxième séance. Avec la même consigne, je me suis rendu compte que la machine ne proposait pas exactement le même trajet et plus étonnant encore que le chemin du retour est différent.

Il y a un moment où proche du domicile, je contredis sciemment les instructions du GPS, car je sais que la route qu’il propose est plus courte mais relativement plus dangereuse qu’une autre route au final plus rapide.

Sans GPS j’aurais pu me perdre et perdre du temps. Peut-être aurais-je appris le trajet. En regardant a posteriori une des routes proposées , je me suis dit que la prochaine fois j’allais expérimenter un autre choix.

Mon grand-père qui manipulait les cartes routières, savait dire comment son trajet s’orientait, il le regardait par rapport aux points cardinaux, aux grands axes, aux villes aux alentours ou à traverser. Peut-être bien qu’il y a dans nos vies des moments où nous nous reléguons nous-même au rôle d’exécutant. Cela peut être confortable en apparence.

Manger à sa faim quand on faim

Libéré de certaines contraintes d’emploi du temps, j’ai d’abord beaucoup ritualisé des moments de la vie quotidienne. Le corps a ses exigences, mais elles se conditionnent négativement ou positivement. Le sucre nous piège vite. Notre cerveau cherche des récompenses. Il veut aussi économiser nos efforts.

Rester sur son canapé au chaud est agréable un temps. Se forcer à l’exercice physique ne doit pas être une torture mais la récompense viendra si on sait maintenir une forme de régularité. La société induit que certains comportements sont bons ou mauvais. Les grands-mères poussaient les petits enfants à manger et se resservir. Aujourd’hui les médecins incitent à manger léger et faire de l’exercice.

J’ai besoin d’une nourriture équilibrée mais pas de me gaver et surtout j’ai pris conscience que je pouvais mieux choisir ce que je mettais dans mon assiette, quelle quantité et à quel moment j’allais manger.

Dans ce que je fais, il n’y a pas que la motivation. Il y a la question de savoir si j’ai « besoin » de le faire et si ça va « faire du bien » au sens apporter un plus, élargir ma vie, m’enrichir l’esprit. Et en creux, si ça ne va pas me faire du mal, de façon déraisonnable.

Il n’empêche, pour me délasser, je dois m’autoriser des choses « inutiles », purement ludiques ou même un peu bêtes comme regarder la télévision, à la condition de le faire sciemment. J’ai vécu des années sans télévision et ça ne m’a pas manqué.

J’ai besoin d’apprendre mais de le faire à mon tempo sans pression ni justification. On devrait d’ailleurs valoriser « l’apprentissage gratuit ». Chacune et chacun devrait pouvoir être libre d’apprendre ce qui lui plaît sans la contrainte d’un examen ou d’une validation.

J’ai besoin de créer. Je dois faire des « gammes » pour réussir à faire certaines choses. Je ne peux forcer l’acte créatif en lui-même. Je dis ça alors que je suis contredit par tout un passé de commandes artistiques qui ont donné souvent de très belles choses… au prix d’un engagement plein et entier, au risque du déséquilibre ou de la souffrance.

J’ai besoin de partager : mon activité humaine a besoin de socialisation, de communication mais dans un équilibre entre habitudes sociales et choix personnels. Je m’ennuie dans les fêtes obligées.

J’ai besoin de pouvoir prendre soin de moi ou d’autrui. C’est-à-dire que mes choix, ce que je fais dans une journée doit se faire en conscience attentive des conséquences possibles de mes actes.

Ne pas agir en fonction des attentes des autres ?

Ce serait souvent ne pas prendre soin des autres. Mais il y a un équilibre à trouver entre choix contraints et liberté personnelle. Quand j’étais « marié », je devais me rendre régulièrement dans la belle famille pour des repas, des fêtes, des anniversaires. Passé le moment de découverte, le fossé était tel que je ne me sentais pas à ma place et je m’ennuyais. J’ai pu tisser quelques liens, mais j’y allais surtout pour faire plaisir à la personne avec qui je vivais qui finit par m’avouer que pour elle, c’était aussi un calvaire. On agissait surtout par conformisme. Certes, on pouvait sur place, créer notre façon d’être et tirer parti de l’expérience, mais le moment pesait.

Si dans l’expérience sociale et professionnelle, l’exercice de responsabilités contraint à agir selon certaines modalités, il faut pouvoir sur la partition obligée, trouver sa couleur en cohérence notamment avec ses valeurs. Je n’ai jamais accepté par exemple de mentir en portant des arguments fallacieux. Il y avait parfois une mise en tension entre mes valeurs et la nécessaire loyauté institutionnelle. Cela m’a poussé à quitter mon métier plus tôt que prévu au risque d’incompréhensions.

Même quand j’écris cet article, avec l’intention de réfléchir à un sujet, je me régule, je dirais presque que je m’autocensure, mais j’essaie aussi de me conformer à des représentations culturelles et sociales pour être compris de façon « acceptable ».

Si j’agis ce n’est pas juste sur ma planète personnelle.

Si je me mettais à me révolter (qui est autre chose que s’indigner), je pourrais aussi me laisser commander par l’exaltation de la colère. On dit souvent d’une personne qui a fait des bêtises graves qu’elle n’était plus elle-même… Alors que peut-être elle l’était pleinement. Il faut peut-être pour une part renoncer partiellement à être soi pour pouvoir agir. Agir c’est se transformer, transformer son monde, le monde. À l’arrière plan se pose la question de la trace positive qu’on apportera (une couleur, un regard, une façon d’être)… Cela tient à l’art délicat de cheminer pour donner du sens à sa vie, en se reliant au présent, en étant à ce que l’on fait, en conscience, dans « le flow ».

Dans l’absolu, si je m’écoutais, j’aimerais fuguer et aller vivre librement dans la nature. Mais je ne tiendrais pas longtemps.

On voit des personnes aux maisons très encombrées, qui ont laissé les objets et les souvenirs s’accumuler. A contrario d’autres vivent dans le minimalisme parfait, s’allégeant et offrant des espaces zen à la vue. Dans les deux situations, les actions des personnes qui vivent dans ces espaces peuvent être commandées ou conditionnées au moins partiellement par ces espaces ou ce qu’ils sous tendent culturellement et socialement.

Une affaire d’ergonomie de l’intime vers l’extérieur

La question est de savoir comment je prends ma place dans le paysage. Comment je projette ce que je veux faire mais plus encore comment je m’adapte ou pas à l’imprévu ? Cet auto-stoppeur, je le prends dans l’auto ou pas ?

Peut-être que c’est ça, agir par moi même, c’est choisir de se mettre en chemin, modifier sa route si besoin, se rendre disponible à la rencontre et à l’imprévu sans se laisser manger, savoir dire quelle est mon intention et évaluer si ce que je fais « est bon »…

à suivre


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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