L’air était sec mais frisquet. Pas un chat n’errait dans la bastide où nous allions en quête de quelque nouveauté. Quand soudainement, juste derrière la collégiale, il se détacha tout pimpant de la vitrine, nous adressant son signal joyeux : un cercueil. Oui ! Mais un si joli cercueil bleu ! Quelle merveille pour être heureux ! Quelle jolie vitrine colorée et fleurie ! Quel joli magasin de pompes funèbres qui nous change des tristes boutiques habituelles.
Des cercueils en couleur
Je ne savais pas, je l’avoue qu’il existe des cercueils en couleur. Je ne connaissais que les différentes essences plus ou moins nobles du sapin au chêne qu’on choisit en fonction de ses goûts et de son porte-monnaie… Je savais l’attention portée aux poignées, aux décorations, aux moulures, à la croix qu’on évitera gammée mais qui peut prendre plusieurs formes ou être absente…
Mais des cercueils en couleur.
Si vif ! si pimpant ! Un joli cercueil laqué. On se voit dedans. Vraiment avenant. Ce serait presque triste de l’enterrer. Si la boutique avait été ouverte, j’aurais pu céder à l’achat impulsif, le faire livrer ou l’emporter et l’installer dans le salon. Il aurait été du plus bel effet.
« Bleu ! tu le vois ce bleu ? ! » disait Zouc dans son sketch de la visite du musée.
D’ailleurs j’avais des questions
— Vous le faites en plusieurs coloris ? Existe-t-il en jaune citron, en orange, en rouge ?
— Vous faites des soldes ? (Oui, c’est la période des soldes non ?)
Je me suis demandé si on pouvait l’essayer. Je ne sais pas pourquoi, en l’observant, j’avais le sentiment qu’il était un peu petit pour moi. Comme il est présenté de biais, il est difficile d’évaluer.
Si la boutique avait été ouverte…
Du coup, je me suis allongé dans la rue à même le sol, le long de la vitrine, pour essayer d’évaluer, mais vu d’en bas ce n’était pas très simple de comparer. Ne serait-il pas un peu étroit ? Peut-être le fait-on en plusieurs largeurs ?
J’ai bien aimé les fleurs blanches sur le cercueil. Au pire, je serais juste parti avec la couronne parce que le cercueil, je ne sais pas s’il aurait tenu dans l’auto, même accroché sur le toit avec des sandows.
Et puis je me suis souvenu
Je me suis souvenu que pour moi, ce sera un cercueil en carton puisque j’ai commandé une incinération. Option de base, je rappelle, sans cérémonie, sans inscription, ni fanfreluches et si possible cendres répandues dans un jardin ou la nature. Ne peignez pas le carton, ça ferait des polluants en brûlant dans l’atmosphère. Merci.
Quoiqu’une urne bleue ciel en peinture laquée sur la cheminée, ça mettrait son pimpant. Mais je crois qu’on n’a même plus le droit de garder les cendres de ses aïeux chez soi. Ce qui est idiot. J’avais une amie qui disait que ça faisait un excellent condiment.
Retour
Alors nous sommes rentrés sans cercueil, sans urne, sans peinture. Juste avec un peu de ciel gris et la froidure.
Quand même, en rentrant sur la route, tournaient deux questions dans mon cerveau intrigué :
- le cercueil bleu de la boutique était-il vide ou occupé ? On n’est jamais certain tant qu’on n’a pas ouvert le couvercle. Imaginons que le croque-mort s’y soit installé pour une sieste et qu’on l’ait oublié ? On ne le retrouverait pas avant lundi ou même mardi.
- qui peut décider d’enterrer un aïeul dans un cercueil tout bleu, pour quelle raison particulière ?
Question subsidiaire : est-ce que le bleu fait peur aux vers ?
Un mot en retour ?