Ce 20 janvier 2025


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5–8 minutes

Il faut prendre du recul avec ses propres émotions. Ce 20 janvier 2025 fut néanmoins un jour douloureux et amer. Je n’ai pas terminé de tenter de le comprendre. Je voudrais ne pas me piéger à des raccourcis. Il y a tant de choses sur lesquelles nous n’avons pas de prise. Il est facile de voir en l’autre le mal. Plus difficile d’intégrer un pluralisme véritablement respectueux de la diversité humaine. Il n’empêche, je vois cette date comme une sorte de basculement inquiétant. Ce fut un jour triste où l’actualité du Monde m’a touché plus que prévu. Notations sur le vif.

Une cérémonie obscène

À la télévision, une commentatrice se demandait en direct si Trump « était vraiment réactionnaire ». Ou juste un peu ?

J’ai regardé une partie de cette cérémonie. J’ai vu des gens qui se disent privilégiés déployant tous les signes ostentatoires de la richesse. La subjectivité du « mauvais goût » est difficile à définir autrement que par le franchissement de cette limite où « c’est trop ». La beauté devient laideur quand la dorure se fait clinquant. Ce qui était amusant dans la mise en scène, c’était cette musique qui me rappelait les fanfares de cirque. On se serait presque attendu à ce que les clowns que l’on voyait défiler devant nous se livrent à quelques galipettes et acrobaties avant de rejoindre leurs places sous les applaudissements.

Ridicule des costumes chamarrés de pacotille, chapeaux outranciers. Petits signes complices entre ex-présidents. Épouses et enfants ramenés à l’avant plan et surtout l’Église, Dieu et la Bible convoqués pour apporter leur caution.

Si je savais bien que la nation américaine n’a rien de laïque, je n’avais pas mesuré à quel point la religion infuse le pouvoir. Voir l’ancien président et le nouveau prier ensemble a certainement réjoui les uns. Je ne voyais là aucune différence pourtant avec les intégristes musulmans invoquant Allah au moment de la prise du pouvoir en Syrie.

Des commentateurs feignaient de croire que l’élection de Trump est démocratique et exempte de tout problème. La présence à l’arrière plan de la figure tutélaire de Musk et de la clique des grosses fortunes venait pourtant nous rappeler le contraire.

Passons sur la présence de différentes figures d’extrême droite, notamment européennes, ce qui était frappant c’était l’absence du peuple. Quand les pauvres réaliseront-ils qu’ils ne sont pas invités à la fête et qu’ils ont voté contre eux-mêmes ?

La haine institutionnalisée

En écoutant le discours du 47 ème président, je me suis senti insulté plusieurs fois. C’est comme ça, trop d’empathie. Je me suis senti migrant, je me suis senti transgenre, je me suis senti étranger…

Bien que la France soit promise aux mêmes dérives, je ne cesse de penser à ces femmes et ces hommes qui ont dû se ressentir rejetés publiquement, l’opprobre érigée en dogme, à tout ce qu’ils subissent déjà et vont subir encore. Avec la posture qu’on lui connaît, cette certitude résolue, le président dévidait son fil totalitaire. Glaçant. Il n’avait pas même besoin d’agiter les bras comme un dictateur des années trente.

Bien sûr la réalité s’opposera à lui et limitera son ambition. Il désignera d’autres ennemis, les clivages augmenteront. Mais le risque est que l’Amérique se raidisse encore réclamant de plus en plus d’ordre. Jusqu’à sa ruine finale…

Les démocrates, droite molle, n’ont fait que faciliter l’accession au pouvoir de Trump. Nous avons les mêmes ici.

Ce que je ne sais pas, c’est comment répondre à tout cela.

Otages

L’émouvant retour des otages. Trois sont revenus en Israël et combien de l’autre côté ? Un traitement médiatique une nouvelle fois déséquilibré si l’on pense que chaque vie en vaut une autre.

L’indécence est partout. Délivrer au compte goutte les otages d’un côté. Menacer de représailles de l’autre.

L’absence de régulation de l’ONU.

Quand j’étais petit, j’avais osé écrire à Pompidou pour lui dire ma colère quand j’avais vu les casques bleus envoyés pour pacifier la région avec des images violentes qui m’avaient touché. Ma mère avait eu un peu peur que j’écrive à l’Élysée. J’avais eu une réponse du directeur de cabinet. Avec un tampon en relief. C’était l’âge, je n’avais pas neuf ans, où je rêvais de devenir « avocat pacifiste ».

Je ne sais pas d’où ça me vient ce besoin de paix, de mettre fin aux disputes, aux guerres. Enfin, si, je sais d’où ça me vient.

Ce que je n’aime pas aujourd’hui, c’est la mise en scène là aussi affligeante. Les médias n’aident guère à réfléchir.

Des choses tristes et dérisoires

J’ai été déçu de voir une cheffe de parti nous expliquer pourquoi finalement elle resterait sur X développant des arguties… La colère me fit réagir d’abord. Puis je me suis calmé. Résister ça ne veut pas dire attendre « courageusement » d’être nombreux pour agir. Il y a bien longtemps que j’ai quitté Twitter et j’ai quitté Méta juste avant que les déclarations de Zuckerberg me confirment la nécessité de partir. Pas un exploit non. Ce n’est pas vraiment un acte de résistance, juste de la cohérence à avoir avec mes valeurs. Je sais bien le conflit entre éthique de conviction et éthique de la responsabilité. C’est à cause de ça que je suis allé voter « malgré tout ». Mais j’aurais préféré qu’elle ne dise rien alors. Son attitude a tellement donné le sentiment qu’elle cédait et pensait encore pertinent d’aller s’exprimer sur un média d’extrême droite. Compromission. Sans compter que si elle pense convertir là bas à l’écologie… Elle se goure.

Sur Diaspora, je suis tombé sur un post relayant un article transphobe venant d’un blogue ouvertement transphobe s’en prenant de façon réductrice et insultante à des personnes transgenres parce qu’elles reprenaient des codes de la féminité renvoyant à « certains poncifs »… Ce qui était frappant et attristant c’est que les personnes qui le mettaient en avant se prétendent de gauche et même d’extrême gauche. En réalité on retrouvait les mêmes postures que les trumpistes sur le wokisme et la liberté d’expression. Je crois que ce qui m’a heurté et attristé, c’est que ces personnes suivaient mes publications et que je les suivais. Un peu comme si j’avais laissé entrer le loup dans la bergerie. Une sorte de trahison de la confiance. Et je refuse d’être tolérant avec l’intolérance.

Ce qui m’a consolé

Ce qui me rendait triste hier c’était cette impression de bascule accrue vers un monde à présent incontrôlable et qui dérive vers le pire.

Il parait qu’en vieillissant, on devient plus « à droite » et conformiste. Chez moi c’est tout le contraire.

Je vois certains amis qui semblent avoir tellement pris de recul qu’ils semblent « s’en foutre ». D’autres qui oubliant l’Histoire voudraient nous faire croire que « chez nous« , ça ne pourrait pas être pareil ou qu’en ayant enterré Le Pen on a enterré l’extrême droite.

Je me suis demandé où je pourrais aller vivre si l’extrême droite arrivait au pouvoir en France…

Et puis, dans le champ d’en face, il y avait le héron. Un héron blanc s’est installé près de la rivière rejoint de temps à autre par un héron cendré. Je pense qu’ils se fichent bien de l’actualité du monde. Si ça se trouve ils n’ont même pas le Wi-Fi… même si l’arrivée de certains pourrait avoir des conséquences pour eux.

Mais ce héron blanc est tout paisible, seul et sage dans son champ. J’espère qu’il va rester quelques temps. Parce que j’ai besoin de lui, de sa grâce, de son calme et de sa poésie.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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