Mon expérience de la religion


l'intérieur de la petite église de Calvignac dans le Lot

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5–7 minutes

Bien que n’appartenant pas à la religion catholique, ni à aucune autre, j’ai une expérience de celle-ci. Et c’est bien d’un ressenti d’exclusion et de rejet qu’il s’agit, depuis tout petit. C’est ce qui me revient au moment où le pape achève sa visite en France.

Non baptisé

Du côté paternel, mon oncle et ma tante m’ont emmené à la messe le dimanche. L’église était immense et froide, le bedeau impressionnant donnait ses coups de canne. J’aimais bien l’orgue.

Ma grand-mère maternelle, un peu jésuite sur les bords, lisait « La Vie catholique » qui devint « La vie  » , regardait la messe le dimanche à la télévision et aurait bien aimé que son petit fils devienne Pape. Elle révisa son approche de la religion à l’expérience de sa vie justement. Son mari scientifique regardait la religion avec une distance critique. Ma mère fut une enfant et une adolescente très croyante, engagée dans les guides. Elle aimait bien les camps scouts, l’autonomie qu’ils permettaient, l’amitié entre filles. Puis la philosophie lui fit renoncer à Dieu et à la religion et elle devint par la suite plutôt libertaire.

Nos parents ne nous baptisèrent pas.

Cependant, j’eus à subir l’incompréhension de la grand-mère paternelle, étonnée que je ne prépare pas ma communion.

À l’école, avouer que je n’étais pas baptisé engendra l’incrédulité et les moqueries. J’ai déjà raconté ce moment où Laurent D prenant à partie les copains avait affirmé qu’il était impossible que je ne sois pas baptisé, sinon « tu serais mort » . Comme j’affirmai encore ne pas l’être, on était allé chercher Thierry M, le premier de la classe, qui avait conclu doctement en m’examinant comme une bête de foire, j’avais huit ans : « – Si c’est possible, mais il ira en enfer. » Si je me percevais plutôt bien dans cette singularité, la perspective de l’enfer laissait tout de même peser comme un doute obscur renforcé par la réaction mi-outragée mi-affligée de mes copains de classe.

Enfant de divorcés

Avec Gilles N, nous étions les deux seuls à être enfants de divorcés de la classe. Cela nourrit un certain sentiment de solidarité. Notre maître de cours-moyen, un hussard républicain, veillait à nous protéger de l’opprobre et de ça aussi je lui en reste reconnaissant. Il y avait encore à l’époque – les années soixante – l’expression très claire d’une anormalité qui s’ajoutait à la première.

La femme divorcée était très mal vue. On n’invitait pas une femme divorcée.

Ma grand-mère paternelle voyait dans la divorcée pratiquement l’image d’une dévoyée. On ne nous parla jamais de notre mère chez elle.

Ma grand-mère maternelle considérait que la femme devait se sacrifier, faire des efforts, pardonner à son mari, passer outre et préserver l’intérêt des enfants et de la famille. Mes grands-parents avaient fait d’énormes pressions sur ma mère pour qu’elle ne divorce pas. C’était tout juste si on ne l’avait pas faite passer pour folle.

Il y avait du déshonneur à être dans une famille de divorcés. Gamin je ressentais sourdement cette situation comme « une faute ». Quand ma mère louait une maison, je me souviens de l’attitude suspicieuse des propriétaires.

Le curé et les copains du village

Au collège, en Provence, nous venions de divers villages. Me rendant dans celui où vivaient des copains, j’avais croisé le curé du bourg. C’était un grand gars chauve, vêtu d’une soutane noire crasseuse et qui le pauvre avait un bubon sur la joue, une excroissance qui achevait de le rendre hideux et effrayant.

Le personnage semblait issu d’un autre temps. Ce n’était rien. Mes copains m’avaient raconté leurs mauvais souvenirs avec ce curé aux mains plus que baladeuses. En réalité, cela laissait entendre un univers assez glauque. Sous leur rire, il y avait la peur.

L’une des seules confidences que me fit mon père de sa propre enfance dans une école religieuse, fut d’avoir été tripoté par un abbé, de s’en être ouvert à son père qui lui avait donné une immense baffe pour le faire rentrer dans le rang.

Ce versant sinistre de la religion ne pesait pas sur moi directement, mais il est clair que « tout le monde savait ».

Le quartier

Au lycée j’étais très amoureux de Christine A. Enfin je le pensais. Nous partagions pas mal de choses. Elle militait au sein des jeunesses catholiques et ils animaient des ateliers pour les enfants. Ils proposaient des activités un peu partout dans la ville. J’avais animé des ateliers avec les Francs et Franches camarades (proches du parti communiste à l’époque encore vivant) et j’acceptais de rejoindre le groupe de Christine. On ne me demanda pas d’ailleurs d’allégeance quelconque. Tout ce petit monde était très gentil. Singulièrement, parmi les jeunes gens de « bonne famille » qui étaient là, personne ne voulait aller animer d’atelier dans le quartier de la petite ville. On ne disait pas encore « ZEP » ou quartier prioritaire, mais c’était ça. Alors avec Christine nous nous sommes portés volontaires. J’avais juste obtenu le droit de retirer l’encart religieux du « Pèlerin jeunesse » qui était distribué aux enfants… principalement issus de familles musulmanes. On voyait une Église qui avançait mais avait encore du mal à faire sa mue.

La religion et l’homosexualité

Si je n’étais pas directement concerné par le jugement des religieux, j’ai souvent ressenti l’homophobie des catholiques et des musulmans. Surtout au collège et au lycée même si j’avais découvert avec intérêt que les rares protestants étaient plus tolérants. Certainement parce qu’ils avaient été exclus eux-mêmes.

Cela ne se traduisait pas par des agressions directes mais entretenait un climat d’exclusion, un rejet sourd qui venait souligner une nouvelle « anormalité ».

Pour l’anecdote, j’ai, jeune adulte, correspondu longuement avec un séminariste qui allait partir pour Rome (promis donc à un bel avenir). Il m’écrivait des lettres enflammées. Je me souviens qu’il m’avait écrit rêver de se baigner nus ensemble dans un torrent de Provence. Je lui avais répondu, en lui demandant crûment comment ferait-il si une érection se manifestait : « je prendrai cela pour un cadeau de Dieu » avait-il répondu dans une interprétation un peu libérale du dogme. Est-il devenu évêque ?

Un de mes ex m’a même trompé avec… un vicaire général ! Et j’ai croisé plus d’un prêtre homo !


Toutes ces petites anecdotes me reviennent à l’esprit. Elles rappellent en ces temps où l’on pare la parole papale de toutes les vertus, et elle en a, que la religion reste pour moi un lieu où la superstition continue de prospérer et une institution dont l’influence a pesé négativement sur ma propre vie, même sur un mécréant comme moi.

Je conçois que chacun exprime son point de vue. Dès lors qu’on veut orienter ma conduite et la juger moralement, je ne peux que repousser cela.

Je peux reconnaître les qualités d’une parole papale. Mais le pape est pour moi un type comme un autre élu par des hommes et aucune femme.

L’institution religieuse a pesé dans mon histoire personnelle.

Je lis les philosophes. J’écoute tel ou tel dignitaire, peu importe sa religion. Personne n’a autorité morale sur mes propres choix de vie. Chacune et chacun doit rester libre de ses propres choix.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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